Reportage Face aux maladies tropicales transmises par le moustique tigre, comme le chikungunya et la dengue, les chercheurs du
Cirad et de l’
IRD ont mis en place une technique de l’insecte stérile boostée, efficace pour lutter contre ces insectes. En un an, on enregistre une baisse de 40% de ces populations sur les zones ciblées. Publié le : 07/04/2026 - 05:44 4 min Temps de lecture Les moustiques, élevés à l’insectarium de l’
IRD, sont endormis et acheminés dans les labos du
Cirad pour être stérilisés. © RFI / Lola Fourmy De notre correspondante à
La Réunion, Rangés dans des petites boîtes, des milliers de moustiques s’apprêtent à être stérilisés via la technique des rayons X. « Il y en a beaucoup, sourit
Mathieu Whiteside, technicien en biologie médicale à l’
IRD de
La Réunion. 193 000
Aedes albopictus, des moustiques tigres. » Comme chaque semaine, un balai bien rodé se met alors en place. Les moustiques, élevés à l’insectarium de l’
IRD, sont endormis et acheminés dans les labos du
Cirad pour être stérilisés. Là, une course contre la montre se met en place.
Jérémy Bouyer, directeur de recherche et coordinateur du projet
OPTIS côté
Cirad, récupère les insectes et les transporte à
Saint-Joseph. C’est dans cette zone expérimentale de la commune du sud de l’île - où 74% de la population échantillonnée a déjà contracté la dengue ou le chikungunya – que les lâchers s’opèrent chaque semaine par voie terrestre et par drone depuis août 2025. « Ces drones permettent d’atteindre des zones qu’on ne pourrait pas atteindre par voie terrestre », précise
Jérémy Bouyer, qui a mis en place et breveté un boîtier permettant de relâcher les moustiques de manière continue et maitrisée tout au long du survol. Une technique efficace et source d'espoirs « L’idée est de les élever, de ne garder que les mâles, de les stériliser, de les relâcher dans la nature. Les mâles vont aller s’accoupler avec les femelles sauvages, et les femelles sauvages vont pondre des œufs, qui ne vont jamais éclore », explique
Cécile Brengues, coordinatrice du projet
OPTIS pour l’
IRD, à noter que seules les femelles adultes piquent l’homme. Mais les scientifiques de l’
IRD et du
Cirad sont allés plus loin : grâce à des années de recherches, ils ont mis en place la technique de l’insecte stérile (TIS) boostée. Après leur stérilisation, les mâles sont trempés dans un larvicide, le pyriproxyfène, qui joue un rôle majeur et permet d’atteindre aussi les gîtes des moustiques. « Avec la technique de l’insecte stérile classique, on induit de la stérilité, mais si on arrête, en trois ou quatre semaines, la population de moustiques se rétablit, détaille
Jérémy Bouyer. Or là, avec cette méthode, comme on traite les gîtes, on a un effet rémanent de plusieurs mois. Ce qui fait que si on traite au bon moment de la saison des moustiques - juste trois ou quatre mois par an - on pourra complètement bloquer les épidémies pour l’année entière. » Et la technique commence à porter ses fruits. Les premiers lâchers réalisés depuis août 2025 sur 60 hectares ont entrainé une baisse de 35 à 55% des populations en fonction des zones. Depuis mars, la technique est étendue à 175 hectares et l’ambition est d’atteindre une réduction de 80% des moustiques tigre dans cette zone d’ici un an. Autre point majeur, pour l’heure : les études montrent que la technique n’a aucun impact sur les autres espèces non-cibles du dispositif. Une technique bientôt généralisée à
La Réunion ? Les équipes réunionnaises apparaissent comme des pionnières en matière de recherche sur la TIS ; les premières ébauches datent ici de 2009, avant même celles de , désormais exemplaire en la matière. Le projet
OPTIS a lui réellement démarré en 2021, et s’apprête désormais à changer d’échelle. « On est dans la phase de lutte maximale au niveau surface, mais on doit encore faire une enquête sérologique à la fin des douze mois de lâchers dans la zone pour essayer de mesurer l’impact sur la transmission de la dengue et du chikungunya sur la zone », développe
Jérémy Bouyer. Un effet que l’on espère positif puisque dans cette région du sud de
La Réunion, « 63% de la population humaine échantillonnée dans la zone d’étude avait contracté le chikungunya, soit au cours de l’épidémie de 2005-2006 ou celle plus récente de 2024-2025, et 11% la dengue », précise le
Cirad. Les prochaines étapes sont donc cruciales, la généralisation de la technique va être confiée à une start-up qui prévoit la construction d’une usine de production de mâles stériles à
Saint-Joseph ainsi qu’une gestion automatisée, notamment par IA, des lâchers. Il n’en reste pas moins que la population doit continuer de se prémunir et lutter notamment contre les méga-gîtes, ces piscines ou voitures abandonnées qui constituent des nids géants contre lesquels il est plus difficile de lutter. Demeure aussi la question du coût que les communes réunionnaises seront prêtes à assumer pour généraliser cette technique, estimé à 500 euros par hectare et par an, dans les zones les plus concernées par les épidémies. Pour l'heure,
OPTIS est financée par la région Réunion et le Feder. Priorité santéMoustique : l’animal le plus dangereux au monde Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail