Réunies en Congrès, les deux chambres du Parlement camerounais ont adopté samedi 4 avril la loi révisant la Constitution pour instaurer un poste de vice-président, faisant de lui le successeur constitutionnel du chef de l’État, un suppléant chargé automatiquement de terminer le mandat du chef de l’État en cas de décès, démission ou empêchement définitif de ce dernier. Un tournant majeur qui laisse les Camerounais avec beaucoup de questions, mais clarifie aussi, selon les observateurs quelque soit leur bord politique, les contours des préoccupations au sommet de l’État. Publié le : 07/04/2026 - 12:53 3 min Temps de lecture Le président camerounais
Paul Biya, le dirigeant le plus âgé du monde, à 92 ans, assiste à la cérémonie d'investiture pour son huitième mandat au bâtiment de l'
Cameroun" class="entity-link entity-organization" data-entity-id="101706" data-entity-type="organization">Assemblée nationale du
Cameroun à Yaoundé, au
Cameroun, le 6 novembre 2025. © REUTERS Au
Cameroun, l'après-Biya n'est plus tabou, tout comme l'hypothèse que le président n'aille pas au bout du septennat qu'il vient d'entamer. Alors qu'en 2024, le ministre de l’Administration territoriale,
Paul Atanga Nji, interdisait les débats sur la santé de
Paul Biya, aujourd'hui, le politologue pro-pouvoir
Mathias Eric Owona Nguini parle d'une réforme-réponse à la controverse de la présidentielle d’octobre ((2025)) sur le «réalisme» d'un huitième mandat pour un chef d'Etat âgé de 93 ans : «À travers ce projet, le président
Paul Biya et son ordre gouvernant répondent à des préoccupations qui ont concerné aussi bien les Camerounais que les étrangers sur la nécessité d'avoir un cadre constitutionnel prévisible qui puisse assurer la stabilité et la continuité de l'Etat, au cas où le président
Paul Biya ne pourrait plus exercer ses fonctions de président de la République.» La perspective d’élections repoussée Selon la nouvelle Constitution, le vice-président, en cas de vacance du pouvoir, prêterait serment et deviendrait automatiquement chef de l'État jusqu'à la fin du mandat en cours, donc jusqu'en 2032, sans avoir à organiser dans un délai restreint une élection présidentielle. Cette révision de la loi fondamentale,
Paul Biya ne l’avait formellement annoncée ni durant sa campagne, ni le jour de son investiture. Il n’en avait pas non plus fait mention dans ces derniers discours, parlant le 31 décembre seulement d’un « nouveau gouvernement » à venir « dans les prochains jours ». Pourtant, il n’y a là, rien de réellement surprenant, selon
Hilaire Kamga, secrétaire permanent de la plate-forme de la société civile pour la démocratie au
Cameroun, pour qui, cette démarche confirme seulement que les dirigeants au pouvoir veulent éviter au maximum la compétition électorale : « Ils ont réglé un problème par rapport à leur visée qui consiste à créer des conditions pour la perpétuation du pouvoir, pour que le même régime reste, mais on est dans une navigation à vue, la gestion au cas par cas, en attendant de voir comment le RDPC (le parti présidentiel) s'organise pour garder le contrôle du pays, malgré la situation gravissime des revendications qui sont ça et là ». Les législatives, déjà décalées d'un an, sont repoussées à 2027. Un nouveau report des municipales est rendu possible par la modification du code électoral levant toute limite de délai à la prorogation du mandat des conseillers municipaux. Selon la révision constitutionnelle, dans ce contexte,
Paul Biya, seul, pourra donc désigner son suppléant. L’enjeu de la succession Au-delà du débat sur le caractère anti-démocratique de l’agencement, pour l'économiste Dieudonné Essomba, il est intéressant de noter à quelles zones grises de la gouvernance, cette réforme tente de répondre : « Depuis que le président
Paul Biya est devenu moins présent, il y a eu un très grand nombre de flottements, la fameuse séquence des hautes instructions prises au nom du chef de l'État sans que les gens croient trop à ces mesures là. Enfin, concernant la succession, nous avons un système extrêment tendu, dans lequel la succession risque de prendre un caractère volcanique, le poste de vice-président peut potentiellement attenuer cette violence potentielle ». Autres défis selon Dieudonné Essomba, auquel un vice président, selon son profil, pourra peut être répondre : la crise économique et l'éventualité d'un plan d'austérité, ainsi que le conflit qui dure depuis 8 ans dans les deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. À lire aussiCameroun: le projet de créer un poste de vice-président désigné par le chef de l’État suscite des critiques Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail