Un homme en train de voler une bouteille d'alcool, image d'illustration - Photo par OLIVER BERG / DPA / dpa Picture-Alliance via AFPLe licenciement d’un employé de
Waitrose pour avoir tenté d’empêcher un vol à l’étalage a provoqué une vive polémique au Royaume-Uni, opposant défense de la sécurité des salariés et soutien public massif à cet employé jugé exemplaire.C'est un licenciement qui suscite une vive indignation outre-Manche. L’affaire, révélée par
The Guardian, met la chaîne de supermarchés britannique
Waitrose (sorte de
Monoprix anglais) dans l'embarras notamment en raison des circonstances entourant le renvoi de
Walker Smith, un employé expérimenté de 54 ans.Ce dernier a interpellé la semaine dernière un individu qui tentait de voler des œufs de Pâques dans un magasin londonien, déclenchant un débat plus large sur les politiques de sécurité dans la grande distribution.
Waitrose subit une pression croissante pour réintégrer cet employé qui avait 17 ans d'ancienneté. Car les faits interpellent.
Walker Smith aurait en effet éviter un vol à l'étalage. Ce dimanche, dans le Guardian, l'employé licencié a expliqué les circonstances. Alors qu'il était en service, un client du magasin l'a alerté au sujet d'un individu qui remplissait en douce un sac avec des œufs en chocolat Lindt. Le vendeur reconnaît immédiatement le voleur à l'étalage qui est un récidiviste."Honteux"Il explique alors avoir saisi le sac avant que le voleur le lui arrache des mains à son tour. Une brève lutte s'en est suivie, avant que le sac ne se déchire et que les articles ne tombent au sol.Smith explique que l'un des lapins s'est brisé en morceaux et en avoir jeté un "par frustration" en direction des chariots de supermarché, insistant sur le fait qu'il n'avait pas visé le voleur à l'étalage lorsque ce dernier a pris la fuite.Le vendeur a déclaré avoir présenté ses excuses à son supérieur pour son rôle dans l'incident, ayant reçu auparavant pour instruction de ne pas approcher les personnes soupçonnées de vol à l'étalage."J’ai vu ça se produire à chaque heure de chaque jour pendant les cinq dernières années. Il y a de tout, des toxicomanes aux adolescents qui volent des babioles ou qui sortent avec des bouteilles de vin. On n’a pas le droit de faire quoi que ce soit", déclare-t-il au Guardian.Mais c'est l'attitude du vendeur qui n'a pas été du goût de son employeur. Deux jours après l'incident, il a reçu sa convocation pour un licenciement.Après la publication d'un premier article, l'enseigne a essuyé un tollé général sur les réseaux sociaux. Une collecte de fonds a été lancée en son nom et a depuis permis de récolter plus de 4.000 livres, l'organisateur affirmant qu'il avait "simplement essayé de faire ce qui était juste et noble".L'affaire a pris de l'ampleur ce lundi. Des hommes politiques et des commentateurs se sont joints au concert de voix qui demandent depuis ce week-end à
Waitrose de reconsidérer sa décision.Un des leaders du parti conservateur et ministre de l'Intérieur du cabinet fantôme, Chris Philp, a appelé
Waitrose à réintégrer Smith, accusant le supermarché d'agir de manière "honteuse".Dans une lettre adressée au directeur général de
Waitrose, Tom Denyard, l'élu conservateur déclare que "la sécurité du personnel doit être la priorité absolue. Mais licencier un employé de longue date dans ces circonstances envoie un message totalement erroné. Cela pénalise ceux qui agissent, tandis que les contrevenants restent impunis.""Lui accorder une augmentation"Iain Dale, animateur radio très connu en Angleterre, a déclaré dans son émission sur LBC être "personnellement concerné par cette affaire, car j’étais propriétaire d’une librairie et j’ai eu quelques clients qui volaient à l’étalage.""Si un membre de mon personnel avait maîtrisé un voleur à l’étalage comme il l’a fait, j’aurais voulu lui accorder une augmentation de salaire, et non le licencier.""Mais voilà le genre de situation absurde à laquelle on assiste aujourd'hui: des magasins qui interdisent à leurs employés d'intervenir auprès des voleurs à l'étalage… À quoi pense
Waitrose? Cet homme travaillait chez eux depuis 17 ans. Pour moi, c'est un héros, mais pour eux, il ne représente rien."Sur X et d'autres plateformes, les appels au boycott de la chaîne de magasins se multiplient."Vous avez besoin de plus d'employés comme
Walker Smith, pas moins, écrit Mark Thompson, un entrepreneur. Je boycotte
Waitrose jusqu'à ce que vous le réintégriez, que vous changiez de politique et que vous présentiez des excuses sincères."Cet incident survient dans un contexte de recrudescence des vols à l'étalage, les infractions ayant augmenté de 5% au cours de l'année se terminant en septembre 2025, selon les derniers chiffres du gouvernement.
Waitrose a fini par sortir de sa réserve estimant que l'employé licencié avait pris un risque physique trop grand et non conforme en s'attaquant au voleur à l'étalage."La sécurité de nos salariés et de nos clients est primordiale pour nous, et nous avons mis en place des politiques pour les protéger tous deux, écrit le groupe de distribution. Nous avons eu des incidents où nos collègues ont été hospitalisés lors d'interventions contre des voleurs à l'étalage. Heureusement, ils s'en sont toujours remis, mais ce ne sera pas toujours le cas."
Waitrose assure que la "lutte contre le vol à l’étalage comporte un grave danger de mort" et la société refuse "de mettre la vie de quiconque en danger"."En tant qu’employeur responsable, nous ne voulons jamais nous retrouver dans la situation d’annoncer à des familles une tragédie parce que quelqu’un a tenté d’empêcher un vol. Rien de ce que nous vendons ne justifie de risquer des vies."