Le 8 avril 2026 à 10h24
Centrale nucléaire du Bugey, à
Saint Vulbas, dans le département de l’
Ain. ERIC / stock.adobe.com Le recul des émissions en
France marque un net recul par rapport aux baisses observées en 2022 et 2023, où le rythme était deux à quatre fois plus rapide. Passer la publicité Passer la publicité La réduction des gaz à effet de serre de la
France s'est limitée à 1,5% en 2025, largement en dessous du rythme nécessaire à l'atteinte des objectifs climatiques du pays, selon les chiffres actualisés du
Citepa, publiés mercredi 8 avril. Cette décélération des progrès en matière de lutte contre le changement climatique s'inscrit dans une tendance plus générale parmi plusieurs pays riches, alors que la planète continue à tutoyer les records en matière de chaleur et que la volonté politique en matière d'écologie marque le pas dans plusieurs pays. Le recul des émissions en
France marque un net recul par rapport aux baisses observées en 2022 et 2023, où le rythme était deux à quatre fois plus rapide. «La tendance à la baisse des émissions se maintient, bien qu'à un rythme ralenti», indique le
Citepa dans un communiqué, précisant qu'un tel rythme «reste insuffisant» pour l'atteinte des objectifs de la feuille de route climatique de la
France (SNBC-3). Présentée en décembre et toujours en attente de publication officielle, cette nouvelle stratégie climatique ambitionne une baisse des émissions d'environ 4% par an pour la période 2024-2028, en vue d'atteindre la neutralité carbone en 2050. En
France, «les reculs sur les politiques publiques de transition écologique se paient cash avec des émissions de gaz à effet de serre qui ont baissé trois fois moins vite que les objectifs climatiques nationaux en 2024 et 2025», souligne
Anne Bringault, directrice des Programmes du Réseau Action Climat (RAC), qui rassemble les principales organisations de défense de l'environnement. Passer la publicité La responsable juge «déplorable» le bilan «des gouvernements successifs depuis 2024» et appelle à une «réaction forte» des pouvoirs publics. Pour 2025, le
Citepa, organisme de référence chargé du suivi des émissions de la
France, estime que le total national des émissions, hors puits de carbone, a atteint 364 millions de tonnes équivalent CO2, soit - 1,5% par rapport à 2024. Une précédente estimation, basée sur des données prévisionnelles et publiée en janvier, faisait état d'un recul de 1,6% l'an dernier, après une baisse de 1,8% en 2024. «Nombreux efforts» attendus dans le transport Alors que la guerre au Moyen-Orient a remis dans les esprits la question de la dépendance aux énergies fossiles et l'importance d'une transition énergétique, la
France comme d'autres pays développés, peine, après avoir enclenché sa décarbonation, à s'attaquer à des secteurs plus sensibles ou coûteux comme les transports ou les raffineries. L'an dernier, l'industrie de l'énergie a vu ses émissions repartir légèrement à la hausse après les replis de 2023 et 2024. Ces «réductions importantes (...) étaient fortement associées à l'évolution du mix énergétique pour la production d'électricité. Le mix étant désormais très décarboné, les gains potentiels s'amoindrissent pour le secteur», explique le
Citepa. En parallèle, la reprise des activités de raffinage, particulièrement marquée au quatrième trimestre, a fait augmenter les émissions de ce secteur de 10% sur l'année. Le recul des gaz à effet de serre dans les transports n'est que de 1,4% en 2025, alors qu'il représente à lui seul 34% des émissions. «De nombreux efforts sont attendus dans ce secteur», rappelle le
Citepa. Le secteur qui contribue le plus à la baisse des émissions françaises est celui de l'industrie manufacturière, dont les émissions reculent de 3,5% sous l'effet du repli de certaines activités particulièrement émettrices, comme la métallurgie et le ciment, et de la diminution de la consommation de combustibles fossiles. Le ralentissement français fait écho aux chiffres publiés récemment par l'Allemagne, dont la baisse des émissions a stagné l'an dernier, le ministère allemand de l'Environnement jugeant «trop lents» les progrès réalisés. Aux États-Unis, les émissions sont même reparties à la hausse (+2,4%) en 2025 après deux années de baisse, entraînées par un hiver particulièrement rude et l'essor de l'intelligence artificielle, selon un rapport publié le 13 janvier par le centre de réflexion et d'analyse Rhodium Group. En 2025, la baisse des émissions de gaz à effet de serre est restée «insuffisante» pour atteindre les objectifs S'ABONNER Subir le réchauffement climatique coûte bien plus cher que limiter les émissions de gaz à effet de serre DÉCRYPTAGE - Les émissions passées ont déjà entraîné de nombreuses pertes économiques sur la planète, et leur coût sera encore décuplé d’ici la fin du siècle, calculent des chercheurs dans Nature. D’ici 2050, la climatisation mondiale pourrait émettre autant de CO2 qu’un pays comme les États-Unis Si l’air conditionné protège les populations contre les chaleurs extrêmes, il contribue aussi de manière de plus en plus significative au réchauffement. D’anciens bouleversements climatiques ne semblent pas liés aux variations du CO2 Deux changements majeurs du climat au cours des trois derniers millions d’années n’auraient pas été directement influencés par le gaz à effet de serre, suggèrent deux études fondées sur l’analyse de carottes de glace anciennes en Antarctique. Climat : une nouvelle stratégie française « ambitieuse » mais difficile à mettre en œuvre Le Haut Conseil pour le climat publie jeudi son avis sur la cohérence du projet de stratégie nationale bas carbone, qui doit être définitivement adopté au printemps. Il réclame au gouvernement une « feuille de route précise de sortie des énergies fossiles » en
France. Les lacs tourbeux du bassin du Congo libèrent du carbone vieux de plusieurs millénaires Deux lacs de la République démocratique du Congo libèrent du carbone qui était emprisonné depuis des milliers d’années dans les tourbières environnantes, ce qui pourrait constituer une menace pour la stabilité climatique. Pourquoi les taux de méthane dans l’atmosphère ont explosé au début des années 2020 DÉCRYPTAGE - Une telle hausse, jamais observée jusque-là, n’est pas seulement due à une augmentation des émissions de ce puissant gaz à effet de serre, mais aussi à un effet indirect des confinements liés au Covid-19. Réchauffement climatique : la
France présente un budget carbone « réaliste » pour les années à venir DÉCRYPTAGE - Dix ans après l’accord de Paris, le gouvernement a publié vendredi la stratégie actualisée de la
France pour devenir neutre en carbone en 2050. Climat : à Belém, la lancinante question d’une réforme des COP FOCUS - Trente ans après le début des COP et dix ans après l’accord de Paris, les participants s’interrogent de plus en plus sur le format de ces rendez-vous annuels. Climat : la Chine annonce (enfin) un plan de réduction de ses émissions de CO2 DÉCRYPTAGE - En parallèle du sommet de l’ONU à New York, le président chinois, Xi Jinping, s’est engagé à ce que son pays réduise ses émissions nettes de gaz à effet de serre de 7 % à 10 % d’ici à 2035. Mauna Loa, la plus ancienne vigie mondiale du climat, menacée par les coupes budgétaires de Trump RÉCIT - Un document que vient de présenter l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) prévoit la fin du financement du célèbre observatoire hawaïen, qui mesure depuis 1958 la concentration de CO2 dans l’atmosphère.