Ben Roberts-Smith, le soldat le plus décoré de l’histoire en Australie, a été inculpé mardi 7 avril à
Sydney pour « crimes de guerre », a annoncé la police. L’homme de 47 ans, ancien membre des forces spéciales du pays, est accusé de cinq meurtres de civils lorsqu’il était déployé en
Afghanistan. Une inculpation qui intervient après qu’il a échoué à faire condamner pour diffamation les journaux qui avaient les premiers dénoncé ses agissements, et qui pourrait le voir passer le reste de ses jours en prison. Publié le : 08/04/2026 - 11:39Modifié le : 08/04/2026 - 11:40 3 min Temps de lecture
Ben Roberts-Smith arrive devant la Cour fédérale de
Sydney, en Australie, le 9 juin 2021. © Rick Rycroft / AP Déjà reconnu coupable de « crimes de guerre » par la justice civile en 2023,
Ben Roberts-Smith est désormais poursuivi au pénal, rapporte notre correspondant à
Sydney, Grégory Plesse. Celui que l’on considérait autrefois comme un héros de guerre en Australie est accusé de cinq crimes de guerre, qu'il aurait commis ou commandités, entre avril 2009 et octobre 2012 dans la province afghane d'
Uruzgan (centre).« Les victimes ne participaient pas aux hostilités au moment de leur meurtre présumé en
Afghanistan », a déclaré la commissaire de la police fédérale,
Krissy Barrett. Selon elle, « les victimes ont été abattues par l'accusé ou par des subordonnés agissant sous ses ordres ».Une accusation qui ternit d’autant plus une réputation déjà entachée. En 2018, une série d'articles de presse a pour la première fois associé le soldat au meurtre de prisonniers afghans non armés par des soldats australiens, ce qu'il a nié. Il avait par la suite perdu les procès en diffamation intentés contre les médias qui l'accusaient.Ces médias ont notamment accusé le soldat d'avoir poussé un civil afghan non armé du haut d'une falaise et d'avoir ordonné à ses subordonnés de l'abattre. Ils lui ont aussi reproché d'avoir pris part au mitraillage d'un homme portant une prothèse de jambe avant d'utiliser cette prothèse comme récipient pour boire avec ses camarades.L’investigation a pris cinq années, s’expliquant par la difficulté à recueillir des preuves en
Afghanistan, explique
Ross Barnett, directeur du bureau spécial chargé de l’enquête. « Contrairement à une enquête classique menée en Australie, le défi pour nos enquêteurs est que nous n’avons pas accès à la scène de crime. Donc, pas de photos, pas de plan des lieux, pas de prise de mesures, pas de récupération des munitions ou d’analyse des traces de sang. Tous ces éléments matériels qu’on recueillerait normalement sur une scène de crime », indique-t-il. D'autres poursuites pourraient être engagées, car en 2020, l'armée elle-même avait reconnu qu'au moins 39 meurtres de civils avaient été commis en
Afghanistan par les forces spéciales, révélant ainsi des allégations d'exécutions sommaires, de concours du plus grand nombre de victimes et de tortures perpétrés par les forces australiennes.L'Australie a déployé un total de 39 000 soldats en
Afghanistan en l'espace de deux décennies, dans le cadre d'opérations conduites par les États-Unis et l'Otan contre les talibans et d'autres organisations. Les troupes australiennes se sont officiellement retirées du pays fin 2013.