Nouveau formulaire d'arrêt de travail sécurisé mis en œuvre le 1er juillet 2025. - Photo par FRED TANNEAU / AFPAlors qu'il envisageait des économies ciblées sur les arrêts de travail de longue durée, le gouvernement prévoit finalement, selon plusieurs sources syndicales, d'annoncer 680.000 contrôles dans les entreprises aux plus forts taux d'absentéisme, lors d'une conférence de presse prévue jeudi 9 avril dans l'après-midi.Les rumeurs s'affolaient et les associations de patients craignaient le pire. Finalement, le plan d'économies du gouvernement sur les arrêts de travail, qui doit être présenté jeudi 9 avril dans l'après-midi, ne devrait pas être aussi sévère que redouté... pour l'instant.Selon plusieurs sources syndicales reçues mardi par les cabinets des ministres du Travail,
Jean-Pierre Farandou, et de la Santé,
Stéphanie Rist, le gouvernement ciblera en priorité les entreprises dites "atypiques", qui présentent les plus forts taux d'absentéisme par rapport à la moyenne de leur secteur d'activité. Ainsi, 680.000 contrôles devraient être menés dans ces structures, selon des informations transmises à
BFM Business.Reste à savoir sur quelle période. "L’échéance fait débat, ils ont parlé sous un à deux ans", précise-t-on. "Les syndicats les pressent d’agir", insiste-t-on alors que le taux d'absentéisme bat des records dans le secteur privé.Quels secteurs sont les "mauvais élèves"?"Une plateforme devrait être mise à disposition des entreprises pour qu'elles prennent connaissance de leur taux d'absentéisme par rapport à la moyenne du secteur", précise une source à la
CFDT. "Il est aussi question d'améliorer l'attractivité de la médecine du travail mais nous n'avons pas eu plus de détails à ce sujet", ajoute-t-elle.Différents baromètres documentent le niveau de l'absentéisme dans les secteurs privés. D'après celui d'
Axa, dévoilé fin mars, il atteint une nouvelle fois des records, à 4,8% en 2025, contre 4,5% en 2024. La hausse est même de 50% depuis l'ère pré-pandémie en 2019 (3,2%). Selon
WTW, les secteurs les plus touchés sont la santé humaine et l'action sociale, l'hébergement et la restauration, le transport et l'entreposage.12 milliards d'indemnités journalières en 2025Si le gouvernement n'a pas davantage précisé les modalités des contrôles qui devraient, semble-t-il, être opérés par l'
Assurance Maladie, les syndicats restent prudents."Ce qui nous a paru assez difficilement acceptable, c'est que dans les dispositifs ou les annonces faites hier, c'est une fois encore les salariés qui sont pointés comme abusifs des arrêts de travail", souffle un cadre de la
CFDT."Encore une fois, on aborde la question des indemnités journalières par la porte budgétaire, là où nous, à la
CFDT, on dit que c'est d'abord un sujet du travail, de sécurité, de santé au travail, de dialogue social, que c'est aussi une question démographique puisque la population vieillit", insiste-t-on.Arrêts maladies: n’est-on pas un peu dans l’hypocrisie?3:19Ces sujets seront qui plus est "au coeur de la prochaine conférence TER (travail emploi retraites, NDLR)", ajoute-t-on. Celle-ci devrait avoir lieu le 22 mai. "L'objet est justement de comprendre les causes des arrêts de travail et d'imaginer les leviers d'action. C'est donc dommage que le gouvernement n'attende pas le résultat de ces réflexions", soupire-t-on.Les syndicats se méfient d'autant plus que les cabinets de
Jean-Pierre Farandou et
Stéphanie Rist ont évoqué devant eux la question du "nomadisme médical", c'est-à-dire lorsqu'un patient enchaîne plusieurs consultations avec différents médecins jusqu'à obtenir un arrêt de travail."Cela donne vraiment l'impression que leur priorité est de cibler d'abord les abus des salariés et de les contrôler, plutôt que d'agir sur les causes réelles des arrêts, comme le mal-être au travail ou des conditions de travail dégradées", déplore-t-on.Pas d'allongement de la carence?Souvent évoquée parmi les pistes privilégiées du gouvernement, l'allongement de la carence des arrêts de travail, c'est-à-dire la période non prise en charge par la Sécu, qui pourrait se faire à la charge des employeurs, "n'a pas du tout été abordé" lors de la réunion avec les cinq organisations syndicales représentatives mardi.Il en est de même pour les indemnités journalières, dont le plafond a déjà été abaissé l'année dernière, passant de 1,8 à 1,4 Smic."Le gouvernement renvoie à une discussion à la conférence sociale pour ce sujet. Et une mission a été lancée sur la répartition du financement entre l'
Assurance Maladie obligatoire et les complémentaires santé. C'est plutôt à l'issue de ces réflexions que pourraient revenir les carences ou les baisses des indemnités journalières", confie-t-on.