REPORTAGE Pendant une semaine,
Bangui devient le cœur battant de la culture centrafricaine. Entre performances artistiques, transmission des traditions et engagement social, le
Tî-Ï Festival 2026 s’impose comme bien plus qu’un événement festif : une véritable scène de fierté pour tout un pays. Publié le : 10/04/2026 - 17:42 5 min Temps de lecture Le
Tî-Ï Festival 2026 à
Bangui, en Centrafrique. ©
Rolf Steve Domia-Leu /
RFI Du 4 au 11 avril 2026, la capitale centrafricaine vibre au rythme de la cinquième édition du Tî-Ï Festival. Placé sous le thème évocateur « Quand l’art fait renaître un peuple », ce rendez-vous s’affirme comme l’un des événements culturels majeurs du pays. Malgré des contraintes financières persistantes, artistes, artisans, conteurs et citoyens s’y retrouvent autour d’un objectif commun : faire de l’art un levier de cohésion, de paix et de vivre-ensemble. Un village culturel au cœur de
Bangui À l’angle Est du
Complexe sportif Barthélémy Boganda, le plus grand stade du pays, le festival déploie un espace à la fois spectaculaire et profondément enraciné dans les traditions locales. Dès l’entrée, le visiteur pénètre dans un véritable village culturel éphémère, où chaque recoin raconte une histoire. Entre percussions, chants et couleurs des tenues traditionnelles, l’immersion est immédiate. Au centre du site, un podium aux normes internationales fait office de point névralgique. Concerts, chorégraphies, performances théâtrales et prises de parole s’y succèdent avec fluidité. Cette scène reflète l’ambition du festival : offrir aux artistes centrafricains une visibilité digne des grandes scènes, sans renier leur identité. Du côté des musiciens, l’enthousiasme est palpable, à l’image de
Lunik, jeune rappeur révélé sur les réseaux sociaux : « La promotrice
Idylle Mamba m’a découvert sur TikTok, après la reprise d’un titre du groupe
Formidable Musiki, une formation emblématique des années 1980 et 1990. Cette reprise a rencontré un grand succès. C’est ainsi que l’équipe du Tî-Ï Festival m’a contacté. C’est la première fois que je monte sur une scène de cette envergure. Pour moi, c’est une immense fierté de valoriser mon talent. » Une vue du
Tî-Ï Festival 2026 à
Bangui. ©
Rolf Steve Domia-Leu /
RFI Chaque soir, les artistes enchaînent les prestations en mêlant sonorités traditionnelles et influences contemporaines.
Brady Ydk, rappeur engagé, témoigne après sa performance : « Je fais de la musique pour sensibiliser et éveiller les consciences. Le podium du Tî-Ï Festival représente pour moi un puissant espace d’expression. À travers mes performances, j’ai pu transmettre des messages importants, et j’en suis fier. » À mesure que la nuit tombe, l’ambiance devient électrique. Le public, nombreux et enthousiaste, chante et danse au rythme des prestations. Strong Girl, figure montante de la scène urbaine, souligne cette évolution : « Quand je vois ce public, je comprends que notre culture est vivante, qu’elle résiste et qu’elle nous rassemble. Avant, beaucoup préféraient écouter des artistes nigérians, ivoiriens ou congolais. Aujourd’hui, les mentalités changent, et cela fait chaud au cœur. » La diversité artistique constitue l’une des grandes forces du festival. Des orchestres emblématiques aux jeunes talents, tous les styles musicaux y trouvent leur place. Cette richesse attire un public varié, venu célébrer la créativité centrafricaine dans toute sa diversité. Artisanat, gastronomie et savoir-faire au rendez-vous Autour de la scène centrale, des stands mettent en valeur l’artisanat, les textiles, les objets d’art et les spécialités culinaires locales. Ces espaces deviennent des lieux d’échange et de transmission, où visiteurs et exposants partagent savoir-faire et expériences. Ulrich Feïzouré, spectateur, se dit impressionné : « Je ne m’attendais pas à une telle ambiance ! Dès mon arrivée, j’ai été impressionné par la diversité et l’originalité. J’ai particulièrement apprécié la prestation de mon artiste préféré, Petit Été. Depuis la sortie de son album, je n’avais jamais eu l’occasion de le voir en live. Grâce au festival, c’est chose faite. C’est un moment inoubliable. » Au-delà de son caractère festif, le Tî-Ï Festival se positionne comme un espace de cohésion sociale. Les échanges entre artistes, organisateurs et public renforcent le sentiment d’appartenance et valorisent une culture commune. Un festival né en exil, consolidé au pays Créé en 2017 au Cameroun, le Tî-Ï Festival est né d’une volonté de promouvoir les talents centrafricains en période de crise. La première édition s’était tenue à Douala avant une interruption. « Après la première édition en 2017, nous avons dû marquer une pause à cause de la situation dans le pays. Nous avons repris en 2022 en Centrafrique. Aujourd’hui, nous en sommes à la cinquième édition, et c’est une grande fierté de voir le festival évoluer », explique la promotrice
Idylle Mamba. Initialement prévue en février, l’édition 2026 a été reportée du 4 au 11 avril en raison de difficultés financières, révélatrices des défis du secteur culturel. « Le financement reste notre principal défi. Chaque année, c’est un véritable combat. Nous remercions nos partenaires, notamment la MINUSCA, ONU Femmes, l’UNICEF, le PNUD, l’UNFPA et l’UNESCO. Nous appelons également l’État centrafricain à mettre en place un fonds dédié à l’organisation de ce festival chaque année », plaide-t-elle. Au-delà de la culture, le festival génère des retombées économiques importantes, en créant des emplois et en soutenant artistes et artisans. Malgré les obstacles, les organisateurs gardent une vision ambitieuse : ouvrir davantage le festival à l’international et faire rayonner la culture centrafricaine au-delà des frontières. À
Bangui, le Tî-Ï Festival s’impose ainsi comme un symbole fort de résilience, de créativité et d’espoir, porté par une jeunesse déterminée à faire entendre sa voix. Site internet du Tî-Ï Festival / Facebook / Instagram Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail