Il a été oublié et s'est éteint dans le dénuement. Pourtant, un siècle après son séjour français, l'importance de l'héritage intellectuel du poète jamaïcain
Claude McKay pour la pensée émancipatrice noire ressurgit. Le romancier
Claude McKay en 1941 (CARL VAN VECHTEN PAPERS /JAMES WELDON JOHNSON COLLECTION/BEINECKE RARE BOOK AND MANUSCRIPT LIBRARY) La
France a été pour beaucoup d'artistes afro-descendants, notamment venus d'Amérique, un pays qui rime avec liberté. Cela n'aura jamais été aussi vrai que pour
Claude McKay qui y a séjourné entre 1923 et 1928. À Marseille, il écrit ses plus grands romans.
Matthieu Verdeil fait découvrir l'exceptionnel parcours de l'artiste jamaïcain dans
Claude McKay, errances d'un poète révolté qui sera diffusé dans "La Case du siècle" sur
France 5, dimanche 12 avril à 22h40, puis sur
France.tv. Poète, romancier, journaliste, activiste et acteur durant quelques minutes, McKay a été une figure majeure de la Renaissance de Harlem (
Harlem Renaissance), mouvement d'émancipation lancé par des artistes afro-américains aux Etats-Unis, et a inspiré les chantres de la Négritude.Par sa voix, le romancier franco-rwandais
Gaël Faye fait revivre l'auteur du poème If We Must Die qui deviendra l'hymne du "
Red Summer" en 1919 aux Etats-Unis. Partout dans le pays, les Noirs se font alors tuer par les suprémacistes blancs alors qu’ils revendiquent leurs droits humains et civiques. L’hymne vaut pour tous les combats que mènent encore les Noirs à travers le monde, de Black Live Matters, aux Etats-Unis, aux manifestations pour réclamer justice pour Adama Traoré en
France.
Claude McKay est le fils d'un prospère paysan jamaïcain, descendant d'un esclave africain. Il arrive à
Kingston, la capitale de son pays à 18 ans en 1907. "L'imagination l'emporte sur la modération", dit-il de lui-même et il sera toujours habité "d'une haine féroce de l'injustice". Dans un pays où les Britanniques sont rois au début de ce XXe siècle, il est déjà victime de racisme. L'émotion qui l'étreint alors va se transformer en poèmes. Il est le premier écrivain à publier de la poésie en dialecte jamaïcain, notamment Songs of Jamaïca (Chansons de la Jamaïque). Les thèmes qu'il explore dans son œuvre apparaissent : souffrance de la classe ouvrière, racisme et homosexualité.Ses succès littéraires lui ouvrent les portes des Etats-Unis. Il se retrouve en Alabama, en 1912, à l'âge de 23 ans et commence à étudier l'agriculture. La violence de la ségrégation raciale le stupéfie. À l’instar de milliers d'Afro-Américains, les crimes racistes le conduisent à fuir vers le nord. McKay arrive à New York et s'installe à Harlem deux ans plus tard. Images d'archives et toiles bariolées permettent à
Matthieu Verdeil de reconstituer la vitalité artistique du quartier noir qui verra éclore le poète.Les revendications des Noirs qui ont participé à la Première Guerre mondiale, comme leurs compagnons d'armes blancs, prennent de l'ampleur. Elles provoquent bientôt l'ire des suprémacistes. L'été 1919 est le théâtre d'émeutes raciales et des centaines de Noirs sont tuées dans des fusillades, des incendies ou par pendaison. C'est le "
Red Summer" qui lui inspire son fameux poète If We Must Die, sorti de lui "comme un coup de feu". Il fait écho aux aspirations profondes des Afro-Américains et de tous les peuples noirs en lutte contre l'impérialisme en ce début du XXe siècle. The Liberator, journal de la gauche radicale dont le rédacteur en chef Max Eastman sera l'un de ses plus fidèles soutiens et mécènes, publie son texte écrit alors qu’il était employé comme serveur dans les trains des Chemins de fer de Pennsylvanie."Si nous devons mourir, que ce ne soit pas comme des porcs traqués et parqués dans un enclos infâme, pendant qu'autour de nous les chiens enragés aboient et se moquent de notre triste sort. Si nous devons mourir, nous mourrons noblement, afin que notre précieux sang ne soit pas versé en vain", écrit
Claude McKay. "Ô mes frères, nous devons affronter l'ennemi commun. Même inférieurs en nombre, montrons notre bravoure. Pour leurs mille coups reçus, rendons un coup mortel (...) Le dos au mur, mourant, mais rendant coup pour coup." L’atmosphère pesante aux Etats-Unis le porte bientôt vers d’autres horizons, notamment vers le Vieux continent. Première escale, Londres en 1920. "Le peuple anglais était aussi glacial que son brouillard", résume-t-il mais il y rencontre les plus grandes figures du mouvement ouvrier britannique et de l'extrême gauche qui interviennent à l'International Club. McKay y forge une conscience politique et lit Karl Marx. En Grande-Bretagne, il rencontre également Sylvia Pankhurst, un proche de Lénine et figure des Suffragettes, mouvement féministe initié par sa mère et sa sœur.
Claude McKay rejoint son journal, le Workers' Dreadnought mais il finit par fuir Londres parce que ses fréquentations font peser sur lui des soupçons d'espionnage.En 1921, il retourne aux Etats-Unis où il fréquentera "les militants de la gauche radicale" et "l'élite des penseurs noirs" alors qu'il retrouve la rédaction de The Liberator. "J'ai peut-être eu plus d'amis blancs que de couleur. Ni la couleur de leur peau, ni celle de leur argent ni celle de leur classe n'ont jamais signifié grand-chose pour moi", analyse
Claude McKay. C'est davantage la couleur de leur esprit" et "la chaleur et la profondeur de leur affection" qui séduisent l'artiste. Bientôt Charles Ashley, activiste communiste et poète qu'a défendu son journal, devient son amant.Sur un air de jazz, la narration de
Matthieu Verdeil s'appuie sur son autobiographie Un sacré bout de chemin et une multitude de clichés qui donnent chair à
Claude McKay. Au début des années 20, Harlem, "La Mecque des 'Nouveaux nègres' " ("Mecca of the New Negro"), est la capitale mondiale des cultures noires et vit au rythme du jazz. Les artistes du mouvement qui y voit le jour, le
Harlem Renaissance, considèrent
Claude McKay comme un précurseur. Cependant, l'Amérique demeure raciste. Le poète veut de nouveau changer d'air et se tourne vers la Russie qui vit les premières heures du communisme après la révolution de 1917. Cinq ans plus tard, la question noire est discutée pendant le 4e congrès de l'Internationale communiste. McKay se fait remarquer aussi bien par les leaders communistes que par les Russes, attirés par sa peau noire.Le poète rencontrera les grands dirigeants bolcheviques notamment Léon Trotsky, le chef de l'Armée rouge, qui lui répond dans un texte publié dans les colonnes de la Pravda le 15 février 1923 après lui avoir demandé un topo sur la situation des Noirs aux Etats-Unis. Ses liens avec les bolcheviques le feront rentrer dans le collimateur du FBI d'Edgar Hoover. Encore une fois, il n'a pas d'autre choix que de continuer sa route notamment parce que le poète ne souhaite pas être instrumentalisé par les Russes.Elle le mène en
France où McKay arrive en 1923. À Paris, dont il apprécie le côté cosmopolite, il est associé à la communauté des Montparnos, ces artistes qui ont élu domicile à Montparnasse. "La crème de Harlem" est réunie dans la capitale parisienne pendant les Années folles où la "négrophilie" a le vent en poupe. Paris devient aussi l'épicentre de l'internationalisme noir qui se pense dans le salon des sœurs Nardal, originaires de la Martinique. Paulette et Jane sont à l'origine de la publication de La Revue du monde noir. McKay en est un contributeur. L'époque française de l'auteur rime malheureusement aussi avec maladie.À 34 ans, l'écrivain a la syphilis et porte les séquelles d'une pneumonie attrapée dans les ateliers mal chauffés des peintres pour lesquels il posait nu. C’est dans le sud de la
France qu’il tente de se refaire une santé. En 1924, il arrive à Marseille qui "s’étalait nue dans la gloire du soleil de midi". Le romancier est heureux d'y retrouver le monde noir. C'est là qu'il écrit son premier roman, Retour à Harlem. Il est publié grâce à sa bienfaitrice, la journaliste et activiste Louise Bryant. En 1927, le sulfureux ouvrage devient le premier best-seller d’un auteur noir aux Etats-Unis. "J’écris pour ceux qui sont capables d’apprécier une histoire authentique d’où qu’elle vienne", répond-il à tous ses critiques l’époque. Il publie ensuite Banjo, nourri de son expérience de docker et sa vie dans le quartier "réservé" de Marseille, où se côtoyait pour lui "une congrégation bigarrée de Noirs" venus de tous les coins de la planète. Banjo, dont la chanson jazz Shake that thing est la bande originale, rappelle la narratrice du documentaire "que le blues est aussi l’expression de la souffrance du peuple noir". Ce livre a inspiré Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas dans la création du concept de négritude.Cet étonnant voyageur, passé par "Douarnenez, la rouge" qui lui inspire sa nouvelle sur le combat des Penn Sardine (sardinières qui vont se mettre en grève pour obtenir la hausse de leur rémunération), continue son tour du monde et finit par arriver sur la terre de ses aïeux, l'Afrique. Il atterrit au Maroc en 1930 et il est tout de suite happé par la musique gnawa (communauté noire vivant dans le pays) qui lui fait penser à sa Jamaïque natale. Dans le royaume chérifien, il se sent "délivré de la conscience de la couleur".En 1934, de Tanger, il regagne définitivement New York. Trois ans plus tard, il publie son autobiographie, Un sacré bout de chemin. Sans ressources, il trouve refuge auprès d'une institution catholique.
Claude McKay reçoit le baptême en 1944. Ce n'est par hasard, il avait déjà été attiré par la religion lors de son séjour européen. Ses ultimes écrits sont des poèmes catholiques que l’on retrouve notamment dans Selected Poems of
Claude McKay. Il meurt en 1948 aux Etats-Unis à l'âge de 58 ans. Les mots de
Claude McKay, que W.E.B du Bois (l'un des grands penseurs de l'émancipation des Afro-Américains) a qualifié de "Noir international", sont une actualité stupéfiante, notamment ceux de son poème If We Must Die et de Banjo. Son analyse sur la condition noire et des luttes à mener gardent leur pertinence.
Claude McKay, errances d'un poète révolté le rappelle amèrement en faisant découvrir un artiste visionnaire.
Claude McKay, errances d'un poète révoltéDocumentaire de 52 min écrit et réalisé par
Matthieu Verdeil, avec les voix de Manon Azem et Gaël FayeDiffusion : dimanche 12 avril à 22.40 sur
France 5 et sur
France.tvTout savoir sur le centenaire du séjour français de
Claude McKay en
France : McKay100ans.comAu Festival d’Avignon,
Claude McKay est au centre d'une lecture musicale au Palais des Papes avec le spectacle Kay ! Lettres à un poète disparu (du 5 au 25 juillet). Zaho : "Enfant, je ne voulais pas devenir une adulte aigrie" Les secrets de la garde-robe de la Reine Elizabeth II Concert de Céline Dion : une enquête pour pratique commerciale trompeuse ouverte Quelles seront les têtes d'affiche du Festival de Cannes 2026 ? "Pourquoi Emmanuel Macron n'appelle-t-il pas Bally Bagayoko comme il l'a fait pour Éric Zemmour ?" demande Mathilde Panot Le Muséum national d'Histoire naturelle de Paris a besoin d'un milliard d'euros Concerts de Céline Dion : attention aux arnaques en ligne L'Eurovision lance une déclinaison du concours de chanson, Eurovision Asie, qui sera diffusé en novembre prochain Céline Dion : "Ce n’est pas forcément mon style de musique, mais je comprends que beaucoup l’apprécient", répond Sophie Binet L'émotion de Thomas Jolly après l'annonce du grand retour de Céline Dion La joie des fans après l'annonce du retour de Céline Dion Céline Dion à Paris : comment accéder aux préventes ? Céline Dion : "Je vais pouvoir chanter pour vous à Paris" Billy Idol : "J'ai raté le rôle du T-1000, dans Terminator 2, à cause de la drogue" Menaces, insultes racistes : des fans d'Harry Potter se déchaînent Melchior Leroux, le réalisateur derrière les clips de Theodora