REPORTAGE Avec une proposition enracinée dans les pratiques musicales de leur pays et nourrie par des parcours distincts, les deux Maliens réunis au sein de
Sahel Roots ont clôturé le 10 avril 2026 la 11e édition de
La Nuit des griots, organisée dans le sud de la France. Publié le : 13/04/2026 - 11:13 5 min Temps de lecture
Sahel Roots à
La Nuit des griots, à
Marseille, avril 2026. © Lawrence Damalric Si un événement musical tel que
La Nuit des griots a trouvé sa place à
Marseille depuis 2016, « c’est parce que la culture du griot est dans la nature de chaque habitant de la cité phocéenne », assure le journaliste et animateur camerounais Bonas Fotio sur la scène de la Cité de la musique, au moment d’introduire la dernière soirée de l’édition 2026. À l’affiche, d’abord sa compatriote chanteuse Joys Sa’a « dénichée au Douala Music’Art festival », suivie du duo malien
Sahel Roots auquel était donné l’opportunité de confirmer un statut encore en décalage avec sa notoriété – le rôle de locomotive de la programmation avait été confié cette année à la joueuse de kora anglo-gambienne Sona Jobarteh. L’un à la calebasse, l’autre aux instruments monocordes (sokou et djourou kelen, respectivement violon et mini-guitare traditionnels), tour à tour ou ensemble au chant, ils possèdent chacun de sérieuses références. Ancien rappeur venu à la musique à Gao pour apaiser son chagrin après le décès de sa mère, Alassane Samaké a été remarqué par le chanteur
Baba Salah qui l’a pris dans ses effectifs puis il a longtemps tourné avec Sidi Touré, Boubacar Traoré ou encore Keltoum Walet (l’une des voix de Tinariwen sur leur première cassette parue en 1991. À ses côtés, Adama Sidibé a grandi à
Sikasso, à proximité de la frontière avec le
Burkina Faso. C’est là, en gardant les troupeaux de vaches pendant six ans, qu’il a appris le sokou auprès de son grand père avant de rejoindre à
Bamako la troupe Babemba de Soumaila Coulibaly, formation résidente du Carrefour des jeunes où il est resté dix ans. Depuis la disparition de Zoumana Terata en 2017, maitre du sokou (aussi appelé njarka par les Songhoï, à l’image d’Ali Farka Touré qui le pratiquait), il incarne la relève en perpétuant l’histoire de cet instrument ancestral menacé de disparition. Son savoir faire reconnu lui a valu d’enregistrer sur Le Monde est chaud du reggaeman ivoirien Tiken Jah Fakoly et de collaborer aussi avec le violoniste français Clément Janinet, dans le cadre du festival Africolor en 2021 ainsi que sur l’album Sokou sorti en 2023. Le goût des autres Attachés à défendre la diversité et la richesse de la musique malienne, les deux hommes aiment aussi s’aventurer dans d’autres univers. Avant de rejoindre le sud de la France pour
La Nuit des griots, ils ont commencé leur séjour en Europe par une résidence artistique en Belgique. Au menu : une rencontre entre leurs instruments et les machines du beatmaker Zack, qu’ils connaissent pour avoir enregistré leur premier mini-album Djarka en 2020 dans son studio à
Bamako. L’intention ? « Essayer de changer la tradition avec l’électronique, pour voir ce que cette fusion peut donner », explique Alassane, très satisfait des premiers résultats. « C’est quelque chose qui peut aller très loin », entrevoit-il, enthousiaste. Pour afficher ce contenu , il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité. Son complice partage ce même sentiment au sujet de cette nouvelle expérience, tout en soulignant qu’il faut « beaucoup écouter, beaucoup répéter » afin de surmonter la principale difficulté avec ces sonorités modernes : accorder ses cordophones ancestraux. À la sortie de la crise sanitaire du Covid-19 déjà,
Sahel Roots avait manifesté son goût pour l’ouverture en répondant favorablement à l’invitation du groupe italien Electric Circus, à la culture funk et afrobeat, qui proposait un échange musical. Chaque partie avait travaillé sur les morceaux de l’autre, en comprenant son langage musical, pour aboutir au EP On est ensemble. Tout s’était déroulé à distance, à Turin et
Bamako, mais les artistes s’étaient rencontrés physiquement a posteriori à
Marseille en avril 2022, lorsque le binôme malien était venu y jouer. Une détermination récompensée Trois mois plus tôt, Alassane et Adamé Soko s’étaient produit pour la première fois hors de leur pays, dans la capitale burkinabè, Ouagadougou, au prix d’un périple qui en dit long sur leur détermination. En raison de troubles politiques, leur vol avait été annulé au dernier moment. Restait donc la route, soit une quinzaine d’heures, en scooter, en voiture puis en car pour arriver à destination et jouer « trois heures plus tard » au Soko Festival, marché des arts de la scène et du spectacle vivant ouest-africain. Récompensée, leur prestation leur a ouvert les portes de l’Europe, via un détour par Dakar Music Expo, rendez-vous professionnel majeur en Afrique de l’Ouest. Pour Alassane, qui avait pressenti le potentiel de
Sahel Roots en présentant le projet à son acolyte en 2019, la confirmation était venue de leur passage en décembre 2020 au Théâtre des réalités d’Adama Traore organisé à
Sikasso. À Gao, rappelle-t-il, calebasse et sokou font la paire pour « guérir les gens qui ont des maladies mentales » grâce à la transe, tandis que les femmes tamasheq l’utilisent pour « amortir la nostalgie » après le départ de leurs maris, nomades. Au fil des années, ils ont développé un répertoire d’une quarantaine de morceaux, inspirés par le monde traditionnel, reprenant aussi certains titres de leurs prédécesseurs pour leur rendre hommage, à l’image de « Bisindié » d’Ibrahim Hama Dicko. En concert, à leur complémentarité artistique s’ajoutent la bienveillance d’Alassane à l’égard de son cadet qui se lit dans ses regards et ses sourires, mais aussi la malice d’Adama : avec son peigne fiché dans ses cheveux et dont la position indique l’humeur, il se lève, danse à petits pas tout en douceur avec son instrument, se tord tel un guitar hero possédé… Leur capacité à faire tomber les barrières culturelles n’est pas seulement la manifestation de leurs talents musicaux, elle procède aussi du fondement de leur démarche, de leurs personnalités. Site officiel de
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