C’est l’album qui marque leurs vingt ans de carrière. Avec Timidité des arbes, leur huitième disque, le groupe normand
La Maison Tellier continue de faire le lien entre le folk-rock à l’américaine et la chanson française. Le chant des oiseaux y rejoint une musique pleine de guitares et un ensemble de mariachis. Explications avec le chanteur Helmut et le guitariste Raoul, faux frères mais noyau dur de la famille Tellier. Publié le : 13/04/2026 - 15:58 5 min Temps de lecture
La Maison Tellier, 2026. © Mélanie Lhote En préambule de Timidité des arbes et tout au long de ce disque,
La Maison Tellier fait entendre le chant des oiseaux. Ces moments de respiration entre les chansons sonnent également comme le souvenir d’un enregistrement en début d’été dans un studio du
Marais-Vernier, en
Normandie. Ce lieu marécageux, entouré de forêts et d’étangs, ces musiciens voudraient le voir comme leur bayou. Depuis vingt ans, le groupe originaire de
Rouen imagine de grands espaces depuis l’ouest de la France. Ceux qu’on avait découverts grâce à leur reprise acoustique du « Killing in the Name » de
Rage Against the Machine font en réalité le pont entre le folk-rock et la chanson française. Cette fois plus que les autres, leur musique rappelle
Calexico, la formation de
Tucson qui brasse toute la culture frontalière du sud des États-Unis. Un groupe de mariachis féminins Quand les Américains jouent de leur proximité avec le Mexique, les Français sont allés chercher un ensemble de mariachis féminins, Arrieras Somos, qui complète l’apport de leur trompettiste. La rencontre s’est faite lors de leur précédente tournée et s’est poursuivie ici sur trois chansons. « C’est un fantasme qu’on avait de jouer avec un groupe de mariachis. Ça fait partie des couleurs musicales qu’on revendique depuis nos débuts », constate le guitariste
Sébastien Miel, alias
Raoul Tellier. Pour le chanteur
Yannick Marais, dit
Helmut Tellier, cette musique remplie de trompettes et de violons apporte « facilement de la joie ». C’est par exemple le cas avec « Love Again », qui raconte la passion amoureuse. « Faire un morceau qui s’appelle "Love Again" dans une période comme celle-ci, pour moi, il n’y a pas besoin d’en dire plus... Ce n’est pas du prosélytisme. Il s’agit plutôt de retrouver une communauté d'esprit. C’est comme la musique quand tu as 15 ans. Tu trouves des personnes qui écoutent les mêmes disques que toi et ça crée une connivence », juge
Helmut Tellier. Pour afficher ce contenu , il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité. Un propos poétique Les morceaux alternent entre les montées orchestrées (« En moi le chaos ») et des arrangements plus à l’os (« Ballade du vieux garçon »). Les Tellier affichent surtout des ambitions dans la façon dont ils abordent les sujets plus que dans l’expression d’une conscience politique. « La timidité des arbres » est simplement celle d’un amant éconduit. Globalement, les idées serpentent ça et là, sans prendre le pas sur le propos général. « La chanson de Jean-Louis » est un hommage à Jean-Louis Murat, décédé en mai 2023, et auquel ce disque est dédié. « Je l’ai vu plusieurs fois en concert. Sa démarche était semblable à la nôtre. C’était un mec qui passait plus de temps à travailler ses chansons dans sa ferme que dans les cocktails mondains, explique
Helmut Tellier. "La mémoire neuve" de Dominique A, "Boire" de Miossec, et "Mustango" de Murat, ont été des disques importants dans les nineties. J’avais l’impression que ces gars reprenaient le flambeau de la génération des Higelin, Renaud ou Thiéfaine, qui ont nourri mon imaginaire quand j’étais plus petit. » La scène comme horizon
La Maison Tellier démontre qu’il est possible de rester pertinent avec le temps et choisit ses invités, à l’image du Québécois Louis-Jean Cormier. Le groupe au sein duquel chaque membre prend symboliquement le nom de « Tellier » a connu des changements récemment avec l’arrivée d’un nouveau batteur, Jeff Tellier, et d’une nouvelle bassiste, Betty Tellier, sans que cela ne remette en cause sa ligne. Indépendant après avoir évolué au sein de labels installés, le groupe a récolté plus de 40 000 euros sur la plateforme Ulule pour cette Timidité des arbres. Cette cagnotte en ligne leur a permis de faire les choses comme il faut et d’aborder sereinement la tournée à venir. Car les Normands sont bien dans leur élément quand ils jouent live. « La scène, ça me fait me sentir vivant et à ma place, estime
Raoul Tellier. La joie ou le bonheur des gens qui viennent nous écouter, c’est un avantage collatéral, mais ce n’est pas ça qui m’anime au départ. J’ai l’impression d’avoir de la musique en moi et il faut qu’elle sorte d’une façon ou d’une autre. » « On est cinq dans le groupe, c’est puissant ! J’ai plus l’impression d’être porté, comme un avant-centre, plutôt que de porter le groupe, reprend le charismatique
Helmut Tellier. Et puis, j’ai ma carrure, je n’y peux rien... Quand tu es chanteur, tu attires l’attention. Je plaisante souvent en disant qu’un concert, c’est un groupe de parole où il n’y a que moi qui parle. » Pour le chanteur, l’« intensité » de son groupe vient du fait qu’il prenne les concerts « très au sérieux » tout comme la création. « Il y a un côté presque mystique dans le fait d’écrire une chanson. C’est comme des mantras, qu’on récite chaque soir en concert, constate-t-il. Sans dire qu’on fait une messe, je trouve important d’y mettre de la solennité, même si on peut dire des conneries entre deux titres... J’ai enfin conscience que les chansons sont des talismans. Elles nous accompagnent et ce n’est pas à balayer d’un revers de main. »
La Maison Tellier Timidité des arbres (Messalina / Play Two) 2026 Facebook / Instagram / YouTube Pour afficher ce contenu Deezer, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité. Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail