Publié le 14/04/2026 06:00 Mis à jour le 14/04/2026 10:03
David E. Scherman, habillé pour la guerre photographié par
Lee Miller (
Lee Miller ARCHIVES ENGLAND) Quand
Lee Miller pose nue dans la baignoire d'Hitler le 30 avril 1945, elle ne sait pas que ce portrait recouvrira son œuvre. Elle déclare : "Je me suis lavée de la boue de
Dachau dans la baignoire d'Hitler". Au-delà de cette image d'elle dans la baignoire d'Hitler devenue une photo-icône, les 250 clichés exposés démontrent que
Lee Miller est l'une des plus importantes photographes du XXe siècle. Jusqu’au 2 août, au musée d'art moderne de
Paris, avec une scénographie fluide et simple, une chronologie respectée, des tirages d'époque à la formidable conservation, le visiteur pourra porter un nouveau regard sur
Lee Miller.Elle fut mannequin d'une beauté rebelle. Elle pénétra et découvrit l'horreur dans les camps d'exterminations de
Buchenwald le 11 avril 1945, puis les tas de cadavres à
Dachau. Elle parcourut l'Egypte avec un regard nouveau sur le désert, avec des cadres d'une modernité rare. Égérie des surréalistes,
Lee Miller compose avec
Man Ray un duo d'amants passionnés et ultra-créatifs. La vie de
Lee Miller ne se résume pas, mais ses images racontent un œil rare, mélancolique, en colère et acéré.Elle le disait avec discernement, tant sa beauté explose sur les premières images de l’exposition. Cambrée, de dos portant une salopette en grosse toile, elle pose en 1930 pour
George Hoyningen-Huene. Le grand
Cecil Beaton dit d'elle qu'avec ses "cheveux pales coupés court, elle ressemblait à un jeune berger solaire (...)". Androgyne,
Lee Miller mannequin va incarner la femme émancipée et moderne. Posant pour son père dès l'enfance, elle dira : "je suis presque née et [ai] été élevée dans une chambre noire".Être devant et derrière l'objectif sera son destin. Ce destin photographique,
Fanny Schulmann, co-commissaire de l'exposition, tenait à le mettre en avant. Pour franceinfo Culture, elle nous dit : "On voulait vraiment revenir aux œuvres à la qualité incroyable de ses photographies. Montrer la précision de sa technique, la poésie des images qu'elle crée".
Lee Miller, appareil photo à la main, lors d'une séance photo pour Schiaparelli, Musée d'Art moderne de
Paris en 1945 (
Lee Miller) Chez Miller, la vie et l'œuvre se tricotent ensemble. Nous sommes en 1930, la photographe est à
Paris, mais c'est l'actrice que le visiteur découvre. À l'entrée du parcours, un grand écran diffuse un film au noir et blanc un peu tremblant. Lee est une statue figée et fascinante. Elle s'anime, Le Sang d’un poète, premier film de Jean Cocteau débute ainsi.
Lee Miller, crée et inspire. À cette époque, elle est l'apprentie de
Man Ray avant de devenir la compagne. Ensemble ils réaliseront des séries charnelles, érotiques, un travail à deux d'où le surréalisme jaillit. Certaines de ses images seront créditées
Man Ray. Signe du masculin dominant, mais libre et jamais invisibilisée elle dit : "Cela n'a aucune importance (...) nous étions presque la même personne qui travaillait".Dans la section intitulée "Artistes et amis", les portraits de Chaplin, Picasso, Colette, de Magritte ou de Roland Penrose démontrent sa créativité et son goût pour l’expérimental, issu de son surréalisme. Mais saute aux yeux son sens du cadre et comment sa technique de photographe de mode sert à entrer dans l'âme de ceux qui posent devant son objectif. Portrait d'une époque encore un peu insouciante mais où l'inquiétude guette. La Seconde Guerre mondiale approche, mais
Lee Miller persévère et Picasso dira : "Elle semble enceinte d'un appareil photo".
Fanny Schulmann rajoute : " Nous voulions montrer la précision de sa technique, la poésie de ses images (...) Et oui, bien sûr, immanquablement ses images s'articulent à sa vie, et j'espère que l'exposition rend compte du personnage aussi qu'elle a été".Restons avant-guerre. Cette exposition, après celle des Rencontres de la Photographie en 2022 à Arles ou celle en 2024 à Saint Malo sur le siège de la ville en août 1944, présente un versant moins connu de son œuvre. Son Egypte. En septembre 1934, elle arrive au Caire. La crise a mis à mal son studio à New York. La Grande Dépression est passée par là et elle est épuisée au point de renoncer à la photographie. Mais le virus demeure. Elle parcourt la Syrie, le Liban, la Palestine avec son Rolleiflex au format carré, rigueur et composition obligatoire dans ces panoramas redoutables. Lumière crue, ruines et déserts. Elle raconte ses conditions de voyages dans une lettre à Roland Penrose, poète, photographe et peintre et qui deviendra son mari : "Il n'y avait pas de route, juste une piste du désert, des rochers, ni eau ni repos, mais des cahots, des rebonds, des jurons et le vent brûlant". Il est aisé d'imaginer la photographe jurant, aussi élégante que grossière, ballottée sur les pistes mal foutues et transformée en reportrice, ce qu’elle sera bientôt. "Portrait de l'espace" en 1937 à Al Bulwayed, prés de Siwa en Egypte (
Lee Miller ARCHIVES ENGLAND)
Fanny Schulmann commente cette période en disant : "C'est quelqu'un qui était incroyablement curieux. Et je pense que son expérience de mannequin, puis de photographe de mode lui a donné un goût pour la description, la texture, l'épure des formes qu'on retrouve totalement par exemple dans cette période égyptienne".Une moustiquaire déchirée, un cadre de guingois et l'horizon aride. Il y a du Magritte dans cette image ou il y aura du Miller dans certains Magritte. Multiples voyages, multiples vies, et une œuvre qui peu à peu se constitue.Il faut s’enfoncer dans une salle au fond du musée pour pénétrer dans l'enfer de
Lee Miller. Salle sombre pour illustrer ce qu'elle écrivait dans un télégramme à Vogue au sortir de
Buchenwald. "Je vous implore de croire que cela est vrai". Ces mots, ces images de la libération des camps en avril 1945 sont l'issue d'un long et douloureux périple dans l'Europe en guerre. Dés septembre 1940,
Lee Miller qui travaille toujours pour Vogue, documente le Londres du Blitz. Ses photographies sont sans aucune comparaison. Des images des drames, presque poétiques, parfois drôles, souvent narquoises, elle ne perd pas son héritage du surréalisme pour regarder la tragédie naissante. Telle cette machine à écrire écrasée dans les gravats des bombardements londoniens, symbole des mots interdits par les armes.Il n'y a pas d'épisode dans sa carrière mais une trajectoire que Fanny Schulman résume ainsi : "Elle prend des photos de reportage de guerre qui ne ressemblent à aucune autre typologie de photographie de guerre. Notamment dans la façon dont elle va s'attacher à certains détails dans son intérêt pour les gros plans, et ça vraiment c'est quelque chose qui date de sa collaboration avec
Man Ray".Rares sont les photographes autant artistes que reporters, et la commissaire rajoute : "Le détail signifiant va être quelque chose qui va l'accompagner absolument toute sa trajectoire de photographe." Remington réduite au silence à Londres en 1940 (
Lee Miller) Et juillet 1944, elle rejoint la France, elle gagne Saint-Malo et là "elle se dit fière de couvrir à elle seule un authentique siège à l'ancienne". Elle repart vers l'est et ce sont des statues défigurées pour raconter cette guerre. Ce sont de grands brûlés emmaillotés dans l'hôpital de Bricqueville, une botte abandonnée laissant craindre la mort du soldat ou des Allemands semblant dormir mais qui sont des suicidés.Miller photographie et écrit. Véritable journaliste, sa plume est dans l'acide : "La neige qui couvre d'innocentes bosses et adoucit les cratères sauvages (...) et dans le fossé un Allemand mort au visage de cire est figé dans une pose héroïque". La violence est terrible mais Lee et son Rolleiflex ne tremblent pas. Le cadre parfait, la lumière maîtrisée, aucune anecdote dans l'image, il y a l'adrénaline du combat,
Lee Miller reste avant tout une photographe.Et vinrent les camps et l'innommable : et plus jamais la vie et le travail de
Lee Miller ne seront les mêmes. On parlerait aujourd'hui de choc post-traumatique, plus simplement ses images témoignages laissent des traces autant sur la pellicule que dans son âme.
Lee Miller, jusqu'au 2 août 2026, au musée d'art moderne de
Paris. Catalogue édité par
Paris Musée, 55 euros pour 250 photographies. Affiche de l'exposition
Lee Miller au MAM Modèle avec une ampoule. Studio Vogue, Londres 1943. (
Lee Miller ARCHIVES, ENGLAND 2025) Sabrina Carpenter se moque d'un youyou à Coachella Gauvain Sers : "Monsieur le président, seriez-vous dur d'oreille ?" Ces enfants incarnent Simba et Nala dans la comédie musicale du "Roi Lion" Concerts de Céline Dion : pourquoi ces tarifs exorbitants ? Zaho : "Enfant, je ne voulais pas devenir une adulte aigrie" Les secrets de la garde-robe de la Reine Elizabeth II Quelles seront les têtes d'affiche du Festival de Cannes 2026 ? "Pourquoi Emmanuel Macron n'appelle-t-il pas Bally Bagayoko comme il l'a fait pour Éric Zemmour ?" demande Mathilde Panot Le Muséum national d'Histoire naturelle de
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