Histoire Son nom reste associé au célèbre concours qu’il a créé pour venir en aide aux artisans français et qui très vite, a porté son nom. Mais il est aussi, sous bien des aspects, l’inventeur de la police moderne. Le musée de la préfecture de police, qu’il a créé en 1909, lui rend hommage par une exposition qui retrace son parcours au travers des nombreuses cartes postales où il est représenté, certaines à sa gloire, d’autres pour le caricaturer. Une chose est sûre, il n'a laissé personne indifférent. Publié le : 14/04/2026 - 16:12 7 min Temps de lecture Portrait de
Louis Lépine attribué à
Rodolphe Bereny, exposé au musée de la préfecture de police à
Paris. (détail) © Olivier Favier RFI Peu nombreux sont les préfets de police de
Paris à avoir laissé un nom dans l’Histoire.
Jean Chiappe défraie la chronique par sa proximité avec les milieux d’extrême-droite. Sa révocation est d’ailleurs à l’origine de la plus grave émeute de l’entre-deux-guerres, celle du 6 février 1934. Il meurt six ans et demi plus tard, alors qu’il entame une carrière de collaborateur. Sous la présidence du général de Gaulle,
Maurice Papon, qui sera jugé pour son rôle actif dans la déportation des juifs de la région bordelaise, est le premier responsable du massacre du 17 octobre 1961. Son successeur,
Maurice Grimaud, reste dans les mémoires, en revanche, pour sa lettre pleine de tempérance aux agents confrontés aux manifestations de mai 1968. Si
Louis Lépine peut être rangé dans la même tradition humaniste que ce dernier, sa notoriété et la liste impressionnante de ses innovations en font un personnage hors normes, l’une des figures les plus importantes du
Paris de la Belle Époque. Les séries,
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Paris Police 1900,
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Paris Police 1905 et
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Paris Police 1910, ne s’y sont pas trompés, qui en font un des leurs protagonistes, incarné par Marc Barbé. Un sens aigu de la publicité Son règne se découpe en deux phases, de juillet 1893 et octobre 1897 d’abord, puis de juin 1899 et mars 1913.
Paris se métamorphose avec l’arrivée du métro et la croissance de la circulation automobile. Lépine dote ses agents de circulation d’un bâton blanc et d’un sifflet, puis d’un appareil photo permettant de prouver les excès de vitesse. Il met en place à
Paris passages piétons, sens giratoires et rues à sens unique. Il doit aussi faire face au terrible incendie de la ligne 2 du métro en 1903, où il se rend en personne. L’homme aime à afficher son courage et sa proximité avec la rue. Préfet de la
Loire en 1891, il n’a pas hésité à être le premier à descendre pour se porter au secours des mineurs de fond victimes d’un terrible coup de grisou. L’événement fit 63 morts. À lire aussiLes deux révolutions du métro parisien, de 1900 à nos jours La lutte contre les incendies est l’une de ses priorités. En 1887, alors qu’il était secrétaire général de la préfecture de police, il a été profondément marqué par l’incendie de l’opéra comique. Préfet, il se rend à Hambourg et à Londres, afin d’y découvrir les dernières innovations en la matière, et fait installer 500 bornes téléphoniques rouges afin d’informer les autorités au plus vite en cas de départ de feu. Soucieux de sa publicité, il ne dédaigne pas revêtir, à l’occasion, l’uniforme d’un officier des pompiers et s’afficher en première ligne, au cœur du danger. Lors de la grande inondation de 1910, il emmène les plus grands responsables de l’État sur une embarcation afin de constater l’étendue du désastre, pour le plus grand bonheur des satiristes. M. Lépine, en compagnie de pompiers, incendie dans les magasins de la Compagnie générale des voitures de
Paris à Montmartre, le 14 mai 1908 : photographie de presse / Agence Rol © Bibliothèque nationale, domaine public, via Wikicommons Le combat contre les violences policières S’il aime la lumière, il se méfie des jugements de la presse, et ceux-ci ne sont guère tendres, à raison, quand il s’agit d'évoquer les violences policières. Dès 1893, Lépine décide de mettre fin au « passage à tabac ». Il y revient à plusieurs reprises, appuyant en 1906 la circulaire que Georges Clémenceau, alors ministre de l’Intérieur, envoie dans chaque commissariat. « Frapper un homme sans défense, renchérit-il, est un acte indigne d’un représentant de la force publique, qui engage non seulement la responsabilité personnelle de celui qui le commet, mais celle du chef de poste qui le tolère sans le signaler. » Ses imprécations ne seront guère suivies d’effet. Il parvient cependant à abaisser significativement le niveau de violence dans le maintien de l’ordre. La loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905 génère de vives protestations, notamment suite au décret sur les inventaires des biens religieux. Pour déloger les manifestants, Lépine, qui n’apprécie guère par ailleurs la politique anticléricale du gouvernement, fait appel aux lances à eau des pompiers. Il confessera : « Je voulais stupéfier et démoraliser les dévotes, mais non pas les enrhumer. » À lire aussiLa gendarmerie mobile: une histoire française du maintien de l'ordre Pudibond, il s’attire les quolibets de la presse satirique et gagne le surnom de « frère la pudeur ». Il retarde ainsi la mise en place du monument sur la tombe d’Oscar Wilde, au cimetière du Père Lachaise, lequel est surmonté d’un sphinx ailé dont les attributs viriles sont beaucoup trop visibles à son goût. On fait courir le bruit qu’il veut dicter la tenue des dames qui vont à vélo. Il a beau démentir, les quolibets vont bon train. « Il n’y a pas de roses sans Lépine » aime-t-on à railler du côté de l’extrême-gauche, quand d’autres jeux de mots sur son nom prennent un tour beaucoup plus licencieux. À l’extrême-droite, on le déteste encore plus, d’autant qu’il a habilement laissé les anarchistes mettre fin à une manifestation anti-dreyfusarde, sa police n’étant pas suffisamment armée pour aller à l’affrontement. Caricature de
Louis Lépine pourchassant un Camelot du Roi dans Le Rire du 22 mars 1913. © Le Rire, domaine public, via Wikicommons De nombreuses innovations Il œuvre cependant à sa modernisation. Avec lui, apparaissent les hirondelles, ces agents juchant les bicyclettes du même nom, qu’ils doivent acheter sur leurs deniers personnels. Elles circulent partout dans
Paris, sauf sur ses collines, car les vélos n’ont alors qu’une seule vitesse. Il soutient les recherches d’Alphonse Bertillon sur l'identification judiciaire et pose les jalons d’une police scientifique, basée sur des fiches signalétiques précises des suspects. Il met en place une première forme de police criminelle. Il crée aussi une brigade cynophile, ancêtre de la brigade canine alors dédiée au sauvetage. Il crée la première police fluviale et fait installer le téléphone dans les commissariats. C’est la naissance de police-secours. L’une de ses dernières innovations, en 1908, est celle des agents bilingues, dits agents Berlitz, qui portent un brassard mentionnant la langue étrangère maîtrisée, pour renseigner les passants. À lire aussiAux origines de la police judiciaire, une institution républicaine aujourd'hui menacée Sa carrière de préfet prend fin en 1913. Il se présente alors à la députation dans les rangs de la gauche, d’abord à Montbrison puis en Île-de-
France, les deux fois sans succès. Il publie ses mémoires en 1929 et meurt à
Paris en 1933. Il est enterré à Versailles, ironie du sort, dans le même cimetière que le tueur en série Landru. Fiche anthropométrique de
Louis Lépine, préfet de police, 11 novembre 1909. © Domaine public, via Wikicommons À voir: « La Belle Époque du préfet Lépine ? » au musée de la préfecture de police de
Paris. Jusqu'au 6 juin 2026. On consultera aussi avec délice l'excellente série de podcasts proposés par Pierre Piazza, co-commissaire de l'exposition avec Anaïs Éveno, sur la chaine Criminocorpus. Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail