Cette année marque les 40 ans de la mort de
Simone de Beauvoir, décédée le 14 avril 1986, et enterrée au côté de Sartre au cimetière du
Montparnasse. La philosophe
Simone de Beauvoir, à
Paris, dans les années 1950. (PHOTO RESEARCHERS/ARCHIVE PHOTOS) Voilà déjà quarante ans que le Castor s’est éteint. Surnommée ainsi par son ami
Herbaud,
Simone de Beauvoir est morte le 14 avril 1986, laissant derrière elle une œuvre qui a révolutionné l'histoire du féminisme. Née en janvier 1908, en ce début de siècle et dans le
Montparnasse bourgeois elle poursuit une éducation à l'école "Du cours Désir", établissement catholique dont
Simone de Beauvoir dira que les enseignements servent : "à faire la révérence, à servir le thé, et à s'adresser aussi bien au Président de la République qu'au curé de la paroisse".Ensuite quelques repères : 1929,
Jean-Paul Sartre est reçu premier à l'agrégation de philosophie,
Simone de Beauvoir est reçue deuxième. Sartre-Beauvoir deviendra un couple dans la vie, la philosophie les réunit et ils partagent des engagements politiques. Elle signe son premier roman L'invité qui paraît chez
Gallimard durant l'Occupation. Ce sera Le Deuxième Sexe qui fera d'elle une intellectuelle aussi reconnue que contestataire. Le livre s'écoule à plusieurs millions d’exemplaires dans le monde, où il a été traduit dans quarante langues. "On ne naît pas femme : on le devient" phrase de l'ouvrage qui deviendra un slogan du féminisme mais en 2026. Mais quelle est aujourd'hui l'image de la philosophe ?1 "Le Deuxième Sexe" entre (enfin) dans la Pléiade"J'espère qu'un jour ce livre sera périmé", disait
Simone de Beauvoir. À l’occasion du 40e anniversaire de sa mort,
Gallimard donne tort à la philosophe et édite Le Deuxième Sexe (1949) en Pléiade. "Il est rare qu’un livre change la face des choses : Le Deuxième Sexe l’a fait. C’était en 1949 et son ferment continue d’agir", rappelle la maison d’édition dans un communiqué annonçant sa sortie, le 26 mars, dans la prestigieuse collection qui compte déjà ses Mémoires.Publié chez
Gallimard après la Seconde Guerre mondiale, Le Deuxième Sexe fait scandale et rencontre un succès immédiat, dès sa sortie. Devenu un canon du féminisme, l’ouvrage est violemment critiqué, et même mis à l’Index par le Vatican.
Mauriac étrille l'ouvrage dans le Figaro et celui que nous avons connu plus élégant dira à un collaborateur de Beauvoir : "Désormais je sais tout sur le vagin de votre patronne."Guidée par une interrogation personnelle sur ce qu’est être une femme,
Simone de Beauvoir "sape les fondements d’un ordre ancestral, en contestant la domination dans laquelle les femmes sont maintenues par les hommes et bat en brèche l’existence d’un instinct maternel, de même qu’elle aborde frontalement des thèmes alors tabous, comme la sexualité féminine", explique
Gallimard pour caractériser cet ouvrage mêlant philosophie, histoire, sociologie ou encore anthropologie. Soixante-dix-sept ans après leur parution, les deux tomes intègrent enfin la Pléiade dans un unique livre de cuir relié, sous le numéro 683 et introduit par la chercheuse et maîtresse de conférences à l’université
Paris Cité, Esther Demoulin.2 Un soutien du MLFDans les années 1970,
Simone de Beauvoir soutient activement les militantes du MLF. "C'était un personnage, elle nous a soutenu d'entrée de jeu. Elle nous a donné de la force", raconte Geneviève Fraisse à franceinfo Culture. Un soutien que
Simone de Beauvoir témoigne par son engagement, mais aussi par son rôle central dans la revue Les Temps modernes. "Douce est sa mort parce que nous n’avons pas de regrets : nous, les militants de 68 et d’après 68, elle nous a accompagnés par sa présence aux Temps modernes, une revue qui sut dire les oppressions et les exploitations du monde entier comme de la France même, par sa présence au mouvement des femmes, présence étonnante par sa constance comme par son refus de jouer une autorité déplacée", écrivait Geneviève Fraisse au lendemain de la mort de la philosophe en 1986, dans un texte paru dans Révolution.Fondée en 1945 par
Simone de Beauvoir,
Jean-Paul Sartre et Maurice Merleau-Ponty, la revue Les Temps modernes publient dans les années 1970 et 1980 des chroniques humoristiques engagées contre les inégalités de genre. "Elle a envie de donner un espace à cette génération qui arrive et qui enfonce tout et elle fait ce geste inouï d'inviter certaines d'entre nous dans la Chronique du sexisme ordinaire", explique Geneviève Fraisse. "C'est une position qu'elle a choisie", puisque dans les années 1970, "elle n'avait pas la position de la théoricienne ou de l'écrivaine qui voulait qu'on la lise", elle se voulait davantage une "figure de présence et d'écoute", explique Geneviève Fraisse sur France Culture, la philosophe lui a consacré l'ouvrage, Le Privilège de
Simone de Beauvoir.Dans ce livre, elle revient sur le rôle tout particulier de
Simone de Beauvoir, celui de "correspondante de guerre" à la fois juge et partie. "Elle n'a pas de limite", estime Geneviève Fraisse qui utilise le terme "privilège" pour caractériser justement cet horizon de possibilités qui s'ouvre aux femmes, à commencer par l'accès aux études. "Elle n'ont pas été nombreuses, et n'ont pas forcément gagné car il a fallu remettre le bordel, mais sur le moment elles ont avancé sans nécessairement avoir conscience des obstacles". Un acte pionnier qui a érigé
Simone de Beauvoir au rang d'icône au-delà même des frontières de la France.3 Victime de la cancel culture ?Depuis le mouvement MeToo, et la publication de l'ouvrage de Vanessa Springora, Le Consentement,
Simone de Beauvoir fait face à de nombreuses critiques. Certains vont jusqu’à lui refuser le statut de féministe. En cause, sa participation, aux côtés de 69 autres intellectuels français dont
Jean-Paul Sartre et Louis Aragon, à une tribune en faveur de trois pédocriminels condamnés et incarcérés. Publiée dans Le Monde, le 26 janvier 1977, puis dans Libération, et intitulée À propos d'un procès, cette tribune dénonce "une disproportion manifeste entre la qualification de 'crime' [...] et la nature des faits reprochés". Les signataires vont même jusqu'à parler d'"une simple affaire de mœurs" demandant dans une autre tribune que la loi décriminalise les rapports sexuels entre les adultes et les enfants de moins de 15 ans. Il faut rappeler que dans cette affaire, Bernard Dejager, Jean-Claude Gallien et Jean Burckhardt ont comparu devant le tribunal de Versailles pour avoir eu des rapports sexuels avec des mineurs, des faits pour lesquels ils ont été condamnés.La participation de
Simone de Beauvoir à cette tribune interroge les milieux féministes, et tout particulièrement les librairies. Chez Majo, enseigne féministe et queer du centre de la capitale, Juliette Frey est parfois interpellée par des clients choqués de voir des ouvrages de
Simone de Beauvoir figurer dans les rayons. "Je comprends totalement d'où ça vient. Et honnêtement, je me suis vraiment posé la question à un moment d'arrêter de la vendre ? Mais je pense qu'on peut avoir un regard critique et qu'il ne faut pas acheter
Simone de Beauvoir à l'aveugle", tempère la libraire.Sont proposés uniquement à la vente Mémoires d'une jeune fille rangée et Le Deuxième Sexe, un choix plutôt justifié par la faible demande. Selon la co-gérante de Majo, la clientèle se tourne plutôt vers d'autres écrits comme ceux de l'Américaine Bell Hooks, théoricienne du black feminism, ou de l'écrivaine lesbienne, Dorothy Allison. "Ce sont des écrivaines dont les essais résonnent encore plus aujourd'hui.
Simone de Beauvoir, elle a clairement des angles morts. Je ne parle même pas du fait que c'était une pédocriminelle, les faits le prouvent au-delà de la pétition", explique Juliette Frey.Une référence à la révocation de la philosophe de l'Education nationale en 1943 après une plainte pour incitation de mineure à la débauche. Des accusations réitérées par Bianca Lamblin dans son ouvrage Mémoires d'une jeune fille dérangée (1993) où cette ancienne élève raconte les abus commis par le couple Beauvoir-Sartre. De quoi cancel la philosophe ? Juliette Frey préfère à ce terme, celui de regard situé pour apporter de la nuance et désacraliser les icônes : "
Simone de Beauvoir a évidemment mis une pierre à l'édifice du féminisme, mais ça ne veut pas dire qu'elle était parfaite." Sabrina Carpenter se moque d'un youyou à Coachella Gauvain Sers : "Monsieur le président, seriez-vous dur d'oreille ?" Ces enfants incarnent Simba et Nala dans la comédie musicale du "Roi Lion" Concerts de Céline Dion : pourquoi ces tarifs exorbitants ? Zaho : "Enfant, je ne voulais pas devenir une adulte aigrie" Les secrets de la garde-robe de la Reine Elizabeth II Quelles seront les têtes d'affiche du Festival de Cannes 2026 ? "Pourquoi Emmanuel Macron n'appelle-t-il pas Bally Bagayoko comme il l'a fait pour Éric Zemmour ?" demande Mathilde Panot Le Muséum national d'Histoire naturelle de
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