Ilyas Kherbouch, âgé de 20 ans et surnommé "Ganito", est connu de la justice pour de multiples faits de vols aggravés. Sa cavale se poursuit, tandis que deux hommes suspectés d'être ses complices ont été interpellés. La maison d'arrêt de
Villepinte (
Seine-Saint-Denis), le 22 mars 2017. (CHRISTOPHE PETIT TESSON / AFP) "Ils ont tout pensé. Tout a été réfléchi dans les moindres détails."
Wilfried Fonck, secrétaire national de l'
UFAP UNSa-Justice, premier syndicat de surveillants pénitentiaires, est encore sidéré par l'évasion rocambolesque d'
Ilyas Kherbouch, samedi 7 mars. Le jeune détenu de 20 ans, considéré comme dangereux, s'est échappé de la maison d'arrêt de
Villepinte (
Seine-Saint-Denis) avec l'aide de trois complices, déguisés en faux policiers. Selon nos informations, l'opération s'est déroulée en moins d'une demi-heure, dans le calme, et sans qu'aucun agent ne se doute de la supercherie.Surnommé "Ganito", le détenu évadé est connu des services judiciaires depuis l'âge de 14 ans, essentiellement pour de multiples vols aggravés, a précisé mardi soir la procureure de
Paris,
Laure Beccuau. Il était incarcéré pour purger quatre peines et placé en détention provisoire comme suspect dans deux autres affaires. En 2024, il a été condamné à sept ans de prison pour son implication dans la séquestration et le cambriolage, deux auparavant, du chef italien du George V, à
Paris,
Simone Zanoni. En novembre 2025,
Ilyas Kherbouch a également été mis en examen dans l’affaire du home-jacking de
Gianluigi Donnarumma, l’ancien gardien de but du PSG, en 2023. La sortie de détention de ce multirécidiviste, avant toute nouvelle décision, était prévue en 2035. Il est désormais dans la nature. Une évasion permise par des complices visiblement très bien préparés.Il est un peu plus de 16 heures samedi lorsque trois hommes se présentent à la maison d'arrêt de
Villepinte. Leur véhicule entre à l'intérieur de l'établissement, comme il est d'usage lors d'une extraction. Tandis que l'un reste derrière le volant, les deux autres se présentent aux agents pénitentiaires. Ils sont "en civil", mais portent "un brassard police, comme la BAC" [brigade anti-criminalité]", relate
Fabrice Sereault-Gobet, secrétaire local de
Force ouvrière-Justice en
Seine-Saint-Denis et employé à la maison d'arrêt de
Villepinte. Leur tenue n'est pas inhabituelle pour une telle procédure. "Certains policiers viennent en uniforme, d'autres non", explique le syndicaliste.Les deux hommes présentent leur mandat d'amener pour le placement en garde à vue d'
Ilyas Kherbouch. "Un papier tamponné, comme on en retrouve dans n'importe quel jugement, avec tous les éléments civils du détenu", détaille Yoan Karar, secrétaire général adjoint de FO-Justice. Le formulaire, factice, stipule que le jeune détenu doit être conduit au commissariat de Melun (Seine-et-Marne), sans qu'aucun motif ne soit donné. "Mais ce n'est pas une obligation", souligne le représentant syndical."Il y avait le tampon officiel du tribunal de Melun. Tout était très très bien fait." Yoan Karar, secrétaire général adjoint du syndicat FO-Justiceà franceinfoLa demande passe d'autant plus facilement que l'extraction d'
Ilyas Kherbouch était prévue la veille, mais l'intéressé avait refusé. "Les agents pénitentiaires ont donc pu penser qu'un magistrat avait décidé de la placer en garde à vue à la suite de ce refus", avance
Wilfried Fonck, évoquant "un scénario très bien ficelé".Le détenu est amené peu après. "En 15- 20 minutes, c'était bouclé", rapporte Yoan Karar, rappelant que la maison d'arrêt de
Villepinte "n'est pas très grande". Ses complices, parfaitement dans leurs rôles, effectuent les palpations de rigueur puis le menottent. "Tout a été fait dans les règles de l'art : les agents ne se sont pas posé de questions", observe
Fabrice Sereault-Gobet. Ce dernier soupçonne les deux hommes d'être des "habitués des procédures de garde à vue ou, en tout cas, au mode de fonctionnement des prisons de manière générale".La manœuvre a été grandement facilitée par l'absence de service de greffe pénitentiaire le week-end à
Villepinte, dans un contexte de "sous-effectif chronique", au sein d'un centre pénitentiaire avec un "taux d'occupation de 200%", relève
Wilfried Fonck. Un gradé et un officier de permanence se sont chargés de la procédure. "Dans des établissements comme Fleury-Mérogis [Essonne] ou Fresnes [Val-de-Marne], vous avez un service de greffe 24 heures sur 24, y compris les week-ends, pointe le syndicaliste, supposant qu'il "n'aurait pas été aussi simple" pour les malfrats de duper des agents du pénitentiaires spécialisés dans les procédures d'entrée et de sortie des détenus."Une des failles organisationnelles a été exploitée à 100% par le détenu et ses complices."
Wilfried Fonck, secrétaire national de surveillants pénitentiaires Ufap-Unsaà franceinfo Les quatre hommes sont donc repartis samedi après-midi. Ils n'ont jamais été inquiétés, jusqu'au contrôle inopiné d'une Peugeot 308 et de deux de ses occupants sur un parking du 13e arrondissement à
Paris, par une équipe de la BAC, dimanche en fin d'après-midi, rapporte une source proche de l'enquête à France Télévisions. Les policiers remarquent ainsi un homme cagoulé qui descend d'une Mercedes avec un sac plastique avant de monter à bord de la voiture de marque française, pour rejoindre un autre homme. Dans le sac plastique, les policiers découvrent un gyrophare, des brassards de police, des menottes, une perruque blonde et de fausses cartes de police, dont celles utilisées à la maison d'arrêt de
Villepinte, ainsi que le faux ordre d'extraction d'
Ilyas Kherbouch. Les deux hommes sont interpellés.Le lendemain, selon la source même, les policiers de la BAC alertent l'administration pénitentiaire pour connaître la situation du détenu. La maison d'arrêt de
Villepinte répond en mentionnant les événements du samedi, sans s'inquiéter outre mesure, puisqu'une extraction dans un dossier de criminalité organisée peut durer quatre jours. L'évasion aurait donc pu n'être découverte que mardi.La garde à vue des deux hommes, l'un majeur, l'autre mineur, est désormais terminée. Ils ont été présentés au parquet, d'après des sources concordantes. L'un d'eux est soupçonné d'avoir joué le rôle d'un faux policier lors de l'évasion. Le deuxième est suspecté d'avoir été impliqué dans la logistique de l'opération. Une troisième personne, une femme, est recherchée, selon les informations de franceinfo.Ce mode opératoire inédit a été vécu comme "une humiliation" par les agents de
Villepinte, souligne
Wilfried Fonck : "Ils sont très affectés par la situation." Pour son collègue Yoan Karar, la profession fait face à "un système complètement archaïque", basé sur un support "entièrement papier, donc très facilement falsifiable, avec des documents qui paraissent plus vrais que vrais".Le secrétaire général adjoint de FO-Justice rappelle que le même système a engendré "le drame d'Incarville", en 2024, lors duquel des hommes cagoulés et armés ont tué deux agents pénitentiaires qui transportaient Mohamed Amra pour faire évader le prisonnier. "Amra est passé sous les radars, car plusieurs magistrats avaient des bouts d'éléments mais rien n'avait été centralisé : on s'est rendu compte trop tard qu'il s'agissait d'un détenu très dangereux", regrette le syndicaliste. Le narcotrafiquant a fini par être interpellé après une traque hors norme de neuf mois.Dans le cas d'
Ilyas Kherbouch, l'enquête pénale a été confiée à l'Office central de lutte contre le crime organisé et à la direction de la police judiciaire de la préfecture de police de
Paris. En parallèle, la direction de l'administration pénitentiaire diligente une enquête interne pour déterminer les circonstances de l'évasion, tandis que l'Inspection générale de la justice a été saisie par le ministre de la Justice. En 2038, un nouveau porte-avions remplacera l'actuel Charles de Gaulle Ces ados accusent l’IA Grok de les avoir déshabillées "Le France libre" : Emmanuel dévoile le nom du nouveau porte-avions français Les couleurs LGBT sur les maillots de foot, c'est fini Petits colis : comment Shein et Temu contournent la taxe À Arcachon, le maire menace et insulte son adversaire "L'aggravation de la situation internationale est manifeste mais je reste quand même optimiste", déclare Jean-Yves Le Drian Ali Larijani t*é par Israël : la fin du régime iranien ? Hôpital de Kaboul : un bombardement fait 400 morts Accident de bus : un enfant fauché sur le chemin de l'école Ambassade américaine frappée : la menace des drones Le procès pour le meurtre et le viol de Justine Vayrac s'est ouvert à Tulle Un immeuble visé dans de nouvelles frappes à Beyrouth Impôts : les cartes Pokémon dans le viseur du fisc À l’aéroport de Munich, un projet de terminal dédié aux expulsions Le Maroc finalement déclaré vainqueur de la Coupe d'Afrique Opposé à la guerre, le chef du contre-terrorisme américain démissionne À quoi ressemblera le nouveau porte-avions nucléaire français ? En tête au Havre : Édouard Philippe en piste pour la Présidentielle Tour Eiffel : un pont suspendu 60 mètres au-dessus du vide "Projet dernière chance" : "le film le plus difficile" de Ryan Gosling