Les Italiens se prononcent par référendum, dimanche 22 et lundi 23 mars 2026, sur une réforme de la justice, jugée essentielle pour garantir l’impartialité des magistrats, selon la Première ministre
Giorgia Meloni. Ses opposants dénoncent une tentative de prise de contrôle par le pouvoir politique. Publié le : 22/03/2026 - 06:56 4 min Temps de lecture Affiches électorales pour le référendum sur la justice, à
Turin, le 16 mars 2026. Ce vote, enjeu politique majeur, intervient à un an des législatives de 2027. AFP - MARCO BERTORELLO S’attaquer à la magistrature en
Italie n’est pas une mince affaire, cela renvoie aux heures les plus sombres du pays. « Ce qui pose problème, c’est que
Giorgia Meloni revient sur un système adopté à la Libération, qui marquait la pleine autonomie de la magistrature par rapport à l’État, rappelle
Anne Marijen, maîtresse de conférences en sciences politiques à l’université
Paris VIII. Sous le fascisme, la justice était aux ordres et au sortir de la guerre, on a mis fin à ce système. » La réforme de la justice présentée par le gouvernement d’extrême droite de
Giorgia Meloni est en apparence technique, mais elle est au fond très politique. Elle imposerait aux procureurs et aux juges, qui font partie de la même corporation de magistrats, d’avoir des parcours séparés, afin de garantir une impartialité de la justice, selon les défenseurs de la réforme. « Un faux problème », selon
Anne Marijen puisque, depuis 2022, il n’est possible de changer de fonction qu’une seule fois dans sa carrière. Risque d’assujettissement au pouvoir politique La réforme prévoit – par ailleurs – de diviser l’actuel Conseil de la magistrature, qui supervise les carrières des magistrats, en deux instances et en créerait une nouvelle, un organe disciplinaire. Là, c’est la composition de ces instances qui interroge puisque certains magistrats seraient tirés au sort, au lieu d’être élus par leurs pairs, une autre partie serait choisie par le
Parlement. « Qui a la majorité au
Parlement peut peser sur la composition du Conseil de la magistrature qui lui-même va décider de la nomination des juges. Donc, il y a un risque d’assujettissement » au pouvoir politique.
Giorgia Meloni. «La réforme vise à rendre le système judiciaire plus moderne, plus équitable, plus responsable et plus indépendant, à l'abri des pressions politiques», a déclaré la Première ministre italienne. AP - Mark Schiefelbein Une volonté de mise au pas qui ne serait pas étrangère à certaines décisions prises par des magistrats contre la politique du gouvernement Meloni. La justice italienne s’est par exemple opposée en 2024 à la rétention en Albanie de migrants envoyés par l’
Italie. En février 2026, un tribunal sicilien a ordonné à l’État italien d’indemniser l’ONG Sea-Watch pour avoir bloqué en 2019 son navire de sauvetage de migrants dans un port, suscitant la colère de la Première ministre. « Pour elle, il est clair que ce sont des magistrats politisés, qui ne font pas leur boulot », indique Giuseppe Bettoni, professeur de sciences politiques à l'université Tor Vergata de Rome. Tensions historiques entre la justice et la politique italienne Les tensions entre la justice et les politiques ne sont pas nouvelles. Dans les années 1990, l’opération Mani pulite (Mains propres), une série d’enquêtes judiciaires mettant au jour un vaste système de corruption et de financement illicite de partis politiques a fait littéralement exploser le système. Plusieurs partis historiques ont disparu. Il ne faut pas oublier que ce qu’on a appelé « la révolution italienne » a été menée par des magistrats, « c’est un peu le péché originel », commente Giuseppe Bettoni. Dans les années 2000, Silvio Berlusconi, le Premier ministre de droite impliqué dans plusieurs affaires et condamné d’ailleurs pour corruption, a tenté, sans succès, de réformer la justice. Aujourd’hui c’est au tour de
Giorgia Meloni. Elle est contrainte d’organiser un référendum, faute d’une majorité des deux tiers requise au
Parlement pour effectuer une réforme constitutionnelle. Pour l’instant, le « non » l’emporterait d’une courte tête, selon les sondages. La Première ministre ne risque pas grand-chose puisqu’elle n’a pas mis sa démission dans la balance. Mais en cas d’échec, son image pourrait être ternie, selon Giuseppe Bettoni. Ce référendum sur une réforme technique risquerait de se transformer en « un référendum pour ou contre Meloni, sur des questions comme le soutien à Donald Trump sur fond de guerre contre l’Iran et de problèmes économiques. » Tentative de faire bouger l’ordre des pouvoirs en
Italie Ce vote pourrait être également un test pour aller plus loin, « dans la tentative de
Giorgia Meloni de faire bouger l’ordre des pouvoirs en
Italie, selon
Anne Marijen. Elle a pour projet de réformer le pouvoir exécutif, en permettant aux électeurs d’élire directement leur Premier ministre, en même temps que les chambres, une sorte de présidentialisation du pouvoir […]. Ce qui rejoindrait les questions qu’on se pose au niveau européen quand on regarde l’évolution de régimes illibéraux comme celui de Viktor Orban, en Hongrie. » La participation à ce référendum sera aussi déterminante. Les Italiens se déplaceront-ils aux urnes pour une réforme qui ne résoudra pas le problème de fond de la justice aujourd’hui, s’interroge Giuseppe Bettoni, à savoir la lenteur des procédures et le manque de moyens. À lire aussiReportage international - L'
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