Le scrutin va se dérouler sur deux jours, dimanche et lundi, et risque de se transformer en un référendum sur la dirigeante d'extrême droite à l'approche des élections législatives de 2027, tant le résultat est incertain. La majorité droite-extrême droite en fait un combat de civilisation, la gauche l’accuse de vouloir affaiblir la justice. Après une campagne très dure, l’impact politique sera majeur, quel que soit le résultat. La Première ministre italienne,
Giorgia Meloni, prend la parole lors d'un meeting de campagne du parti de droite italien Frères d'Italie (Fdi) en faveur du "oui" au référendum sur la justice, à
Milan, le 12 mars 2026. (STEFANO RELLANDINI / AFP) Dimanche 22 et lundi 23 mars, se tient en Italie un référendum sur le statut des magistrats, combat de la droite depuis les années
Berlusconi. L'objectif affiché par le gouvernement est de garantir plus d'impartialité de la justice lors des procès et de dépolitiser la magistrature. Pour l'opposition, le gouvernement Meloni veut affaiblir un contre-pouvoir. Si le non l'emportait, ce serait un revers majeur pour
Giorgia Meloni. Or pour la première fois, la cheffe du gouvernement italien est devancée par la gauche dans les sondages. "Débarrassez-nous de la moitié de la magistrature, ce sont de véritables pelotons d'exécution". Les mots de la cheffe de cabinet du ministre de la Justice lors d'un débat télévisé donnent une idée de la violence des attaques contre les magistrats pendant cette campagne référendaire. À mesure que le "non" à la réforme prenait (légèrement) le dessus dans les sondages,
Giorgia Meloni s'est de plus en plus impliquée, allant jusqu'à s'inviter dans le podcast d'un des rappeurs les plus célèbres d'Italie, pour toucher un électorat jeune et populaire. Si la réforme est très technique et que rien dans son texte ne place la justice sous la coupe du politique, le message envoyé par la coalition droite-extrême droite est clair : il faut couper les ailes des magistrats, durs avec la droite mais laxistes avec les délinquants. Si le non l'emporte, "on se retrouvera avec des magistrats encore plus négligents mais qui font carrière, des immigrés illégaux, des violeurs, des pédophiles, des dealers remis en liberté et qui mettent en danger votre sécurité", a lancé la cheffe du gouvernement la semaine dernière.Le combat de la droite et de l'extrême-droite italienne contre les magistrats ("certains magistrats", précisent toujours les politiques interrogés) remonte aux années
Berlusconi. Arrivé au pouvoir en 1994 et à nouveau Premier ministre dans la décennie 2000, le Cavaliere a été visé par de multiples procédures judiciaires, mais n'a été condamné qu'une fois, pour fraude fiscale, étant acquitté ou bénéficiant de la prescription dans les autres dossiers. Une partie de l'électorat de droite a acquis la conviction qu'il y avait eu un acharnement contre lui. Et les attaques régulières depuis 30 ans contre la magistrature à chaque décision de justice qui déplaisait à la droite ont contribué à éroder son image. Aujourd'hui, environ 45% des Italiens lui font confiance, alors qu'il y a 30 ans, les juges étaient vus comme des héros, que ce soit ceux qui combattaient la Mafia ou encore les enquêteurs du pool "Mains propres" qui luttaient contre la corruption à
Milan dans les années 90.Les hommes de loi payent aussi les lenteurs de la justice italienne au quotidien, dont ils sont rendus responsables. Enfin la conduite de certains magistrats a déçu une partie de l'opinion : "Beaucoup d'enquêtes ont visé des politiques, y compris du centre ou de gauche, analyse Lorenzo Castellani, professeur de sciences politiques à l'université Luiss-Guido Carli à Rome. Elles ont ruiné des carrières avant d'être classées. Et puis des groupes de magistrats se sont impliqués dans des débats politiques, ce qui a renforcé le scepticisme dans une partie de l'électorat".Le taux d'approbation des magistrats a encore baissé au fil de cette campagne référendaire : "Les électeurs de droite qui leur accordaient déjà peu de crédit leur en accordent encore moins, précise Giovanni Forti, de l'institut de sondage Youtrend, les électeurs de gauche ont maintenu leur confiance. Cette question est devenue un sujet de clivage droite-gauche". Si la confiance dans les magistrats a diminué au fil des années, elle reste cependant nettement supérieure à celle accordée aux politiques, qui tourne autour de 25% dans l'opinion.La réforme se résume en trois points : séparation stricte des carrières et fonctions entre procureurs et juges, une part de tirage au sort dans la désignation des membres des deux Conseils supérieurs de la magistrature (il y en aurait un pour chaque fonction) et création d'une nouvelle instance disciplinaire. La séparation des carrières est présentée comme un moyen d'offrir une justice plus équitable aux citoyens. En Italie, en résumé, les procureurs mènent l'enquête à charge, les juges valident ou non leur travail au cours de l'enquête et tranchent lors du procès. Mais ces deux types de magistrats ont la même formation, ils travaillent dans les mêmes locaux et dépendent aujourd'hui du même conseil supérieur de la magistrature pour l'évolution de leur carrière. Cette proximité est jugée néfaste pour une bonne administration de la justice. "Le juge doit être un arbitre impartial, il ne peut appartenir à une des deux équipes en jeu", estime par exemple Antonio di Pietro, grande figure du pool "Mains propres" à
Milan dans les années 90 et favorable au "oui". La plupart des avocats sont sur la même ligne et défendent la réforme sur ce point. Elle a d'ailleurs longtemps été un cheval de bataille de la gauche, au nom de la défense des citoyens. Les magistrats ne pourraient donc plus du tout passer d'une fonction à l'autre au cours de leur carrière, ils suivraient deux formations différentes et dépendraient de deux Conseils supérieurs de la magistrature.La composition de ces deux CSM changerait. Une partie de leurs membres serait tirée au sort dans une liste de professionnels d'expérience. Ici l'objectif est de dissoudre les courants politiques qui se forment lors des élections au CSM. Traduisez, dans l'esprit du gouvernement : atténuer l'influence de la gauche au sein de la magistrature. Enfin, pour les questions disciplinaires, une nouvelle haute cour censée donner plus de garantie d'indépendance vis à vis des magistrats serait créée. Que les magistrats payent davantage leurs éventuelle fautes revient en boucle dans les discours des partisans de la réforme. Tout cela forme un combat de civilisation, pour les partisans du "oui", qui y voient le chemin vers une justice plus équitable et moins politisée. Les partisans du "non" estiment que la réforme ne s'attaque pas aux vrais problèmes de la justice (lenteur, manque de moyens) et regardent le contexte : la violence des attaques contre les magistrats. Pour eux, même si le texte de cette modification de la Constitution ne touche pas à l'indépendance de la magistrature vis à vis du pouvoir politique, elle aboutira à affaiblir le judiciaire. L'équilibre des pouvoirs est menacé, dans une Italie où la coalition Meloni a déjà l'essentiel des leviers de décision en main.Le résultat du vote est attendu dans la soirée du lundi 23 mars. En cas de victoire du "non", en très légère avance dans les derniers sondages publiés, ce serait le premier revers important pour
Giorgia Meloni depuis son élection. Elle a déjà précisé qu'elle ne démissionnerait pas. En cas de victoire du "oui", elle assoierait un peu plus son pouvoir. Missiles iraniens sur Israël : Benyamin Nétanyahou reconnaît "une soirée très difficile" Esports Nation Cup : la coupe du monde des jeux vidéo Flambée des prix : les carburants attisent la convoitise des voleurs Un télescope révolutionnaire et des millions de découvertes à venir Arnaque sur internet : quand la promesse est trop belle Préparer son "summer body", est-ce bien conseillé ? "Mes parents se demandaient ce que j'allais faire de ma vie" François Damiens En Angleterre, une vaste campagne de vaccination contre la méningite Comment les koalas ont réchappé à la consanguinité et réussi à perpétuer leur espèce ? Le fugitif Ilyas Kherbouch, alias "Ganito", a été interpellé Nicholas Brendon, star de "Buffy contre les vampires", est mort à l'âge de 54 ans Les athlètes français pensent-ils déjà aux Jeux de 2030 ? Ordinateurs, téléphones, voitures… les puces sont partout Saut Hermès : dans les coulisses d’un ballet d’exception Violences sexuelles dans le périscolaire à Paris : trois hommes, dont deux animateurs, interpellés La marine française intercepte un pétrolier en provenance de Russie naviguant sous "un faux pavillon" en Méditerranée États-Unis : une superstar de la téléréalité fait scandale Isabelle Mergault : "Je voudrais mourir en faisant rire" Municipales : ils veulent convaincre les jeunes d'aller voter