L'explosion des coûts de la défense aérienne dans le
Golfe place le Pentagone sous une pression budgétaire extrême. Face à des drones iraniens low-cost, l'utilisation systématique de chasseurs et de missiles sophistiqués crée un déséquilibre économique majeur. Une situation intenable?Combien le Pentagone est-il prêt à dépenser pour détruire un seul drone iranien? Quelques jours après les révélations du New York Times sur le fait que l’opération "Epic Fury" coûtait plus d’un milliard de dollars par jour au contribuable américain, le ministère américain de la Défense a demandé à la
Maison Blanche de faire voter au
Congrès une enveloppe supplémentaire de 200 milliards de dollars pour financer la guerre. Le ciel du Moyen-Orient est devenu le théâtre d'une confrontation asymétrique dont le coût menace de faire dérailler les budgets militaires alliés.D'après un article récent du
Financial Times, l'équation financière de ce conflit est jugée insoutenable par de nombreux experts et anciens conseillers du Pentagone. Le quotidien britannique souligne un déséquilibre flagrant entre l'agresseur et le défenseur. Alors qu'un drone Shahed-136 de conception iranienne ne coûte qu'entre 20.000 et 50.000 dollars, son interception nécessite des moyens d'une onérosité féroce. Le maintien en vol d'un seul F-16 coûte plus de 25.000 dollars par heure."Ce n'est pas tenable sur le long terme"Sans compter le prix des munitions utilisées. Les missiles air-air comme l'AIM-9X Sidewinder ou l'AIM-120 AMRAAM, régulièrement employés pour ces missions, coûtent respectivement 485.000 dollars et plus d'un million de dollars l'unité, soit 20 à 40 fois plus cher que le coût d'un drone iranien."Ce n’est pas tenable sur le long terme, de quelque manière que ce soit", assure
Lauren Kahn, ancienne conseillère du Pentagone aujourd'hui au Center for Security and Emerging Technologies à Washington, interrogée par le quotidien britannique.Selon les analyses rapportées par le
Financial Times, ce ratio de coût est devenu critique, même pour les États du
Golfe aux moyens financiers pourtant vastes.L’
Iran a lancé plus de 3.000 drones depuis qu’il a été attaqué par
Israël et les États-Unis le 28 février, la plupart visant des cibles dans le
Golfe. La majorité a été interceptée. Les Émirats arabes unis, qui ont subi le plus gros des attaques, affirment en avoir détruit plus de 1.600. Cependant, certains sont passés à travers les mailles du filet pour frapper des bases militaires, des installations énergétiques et des infrastructures civiles, parfois avec une précision remarquable"C’est épuisant pour les forces aériennes de maintenir un tel rythme opérationnel", explique Kelly Grieco, du Stimson Center, au FT. "Vous pouvez pousser ces appareils à fond, mais à un certain point, vous allez voir les taux de panne augmenter et un besoin de maintenance plus important."Vers un changement de stratégie?Même pour les chasseurs les plus avancés, abattre des drones peut être une tâche complexe. Le Shahed-136 vole à environ un cinquième de la vitesse de croisière moyenne d’un F-35, ce qui expose les pilotes moins expérimentés au risque de dépasser la cible et de la manquer.Les armées du
Golfe semblent avoir été prises au dépourvu. "Il est clair qu’elles ont donné la priorité à la menace des missiles balistiques", explique Mme Grieco. "Ce qu’elles n’ont pas pris au sérieux, semble-t-il, ce sont les menaces de bas niveau."Pour s'adapter, les armées régionales se sont tournées vers l’Ukraine, devenue un leader mondial dans la défense contre ces engins depuis l’invasion russe de 2022. Anatolii Khrapchinsky, haut responsable du fabricant de défense ukrainien Fly Group, souligne que "l’un des rares outils réellement efficaces sur le plan économique" consiste à utiliser d’autres drones spécialisés pour l’interception.Les États-Unis ont déclaré avoir envoyé au Moyen-Orient 10.000 de ces drones intercepteurs développés par l'Ukraine. Kiev a également dépêché une équipe de conseillers dans le
Golfe."Les chasseurs peuvent faire partie de votre système de contre-mesures, mais ils ne peuvent pas en être la fondation", a déclaré M. Khrapchinsky. "Si l’ennemi lance des centaines de drones bon marché et que vous les abattez avec des missiles valant des millions de dollars, votre modèle ne fonctionnera pas sur le long terme."Les budgets militaires français aussi impactésCette inflation des dépenses n’épargne pas la France, liée aux Émirats arabes unis par des accords militaires. Paris a ainsi dû porter sa flotte de Rafale à 24 appareils dans la zone pour assurer la protection de ses alliés, contre une dizaine en temps normal. Cette mobilisation massive entraîne une consommation de munitions sans précédent qui alerte jusqu'au sommet de l'armée de l'air, d’après Le Monde.Le quotidien rapporte que les Rafale utilisent principalement des missiles MICA pour abattre les menaces aériennes. Les stocks de ces missiles, qui ne se comptaient qu'en quelques centaines au début des hostilités, fondent à vue d'œil. Selon des estimations d'experts cités par le journal, plusieurs dizaines d'unités auraient déjà été tirées. Le problème est d'autant plus grave que le fabricant des MICA, le consortium MBDA, sature ses capacités de production.