Analyse À l’approche des élections législatives du 12 avril en Hongrie, la campagne se déroule dans un climat marqué par des soupçons d’ingérences étrangères. Selon plusieurs médias internationaux, la Russie aurait tenté d’influencer le scrutin pour soutenir le Premier ministre sortant
Viktor Orban. Dans le même temps, d’autres puissances politiques, notamment proches de l’administration Trump, multiplient les marques de soutien à
Budapest. Publié le : 23/03/2026 - 14:25Modifié le : 23/03/2026 - 16:00 4 min Temps de lecture Le président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre hongrois
Viktor Orban lors de leur rencontre au palais du Sénat du Kremlin à Moscou, en Russie, le 28 novembre 2025. © АР Selon une enquête du
The Washington Post, les services de renseignement russes auraient envisagé une opération destinée à influencer l’opinion publique hongroise. Cette stratégie, qualifiée de « gamechanger », aurait consisté à simuler une tentative d’assassinat contre
Viktor Orban, sans passer à l’acte. L’objectif aurait été de provoquer un sursaut de soutien populaire en faveur du Premier ministre, en difficulté dans les sondages face à son opposant,
Peter Magyar. L’information aurait été transmise au quotidien américain par une source issue d’un service de renseignement européen.Les soupçons d’ingérence russe ne se limiteraient pas à cet épisode. Selon le média d’investigation spécialisé dans l’Europe centrale VSquare, Moscou aurait également envoyé une équipe à
Budapest pour intervenir directement dans la campagne électorale. Cette opération aurait été supervisée par Sergueï Kirienko, proche collaborateur du président russe Vladimir Poutine. Les méthodes évoquées incluraient notamment la diffusion de fausses vidéos générées par intelligence artificielle sur les réseaux sociaux, destinées à influencer l’opinion publique hongroise.D’autres accusations concernent le partage d’informations confidentielles issues de réunions européennes. Selon des responsables interrogés par le Washington Post, le ministre hongrois des Affaires étrangères aurait régulièrement contacté son homologue russe, Sergueï Lavrov, pendant les pauses des réunions de l’Union européenne afin de lui rapporter le contenu des discussions. L’intéressé a fermement démenti ces accusations.
Viktor Orban lui a dénoncé « la mise sur écoute d'un membre du gouvernement » et dénonce « une attaque grave contre la Hongrie ».Pour
Nathalie Loiseau, députée européenne du groupe centriste Renew, ces révélations ne constituent pas une surprise. « On ne partage jamais rien de vraiment confidentiel quand des représentants du gouvernement de
Viktor Orban sont dans la pièce », précise la présidente de la commission sur les ingérences étrangères au Parlement européen. Selon elle, la méfiance envers les représentants hongrois est déjà bien installée dans certaines discussions sensibles. Elle estime que la proximité politique entre
Viktor Orban et Moscou constitue un point de faiblesse pour l’Union européenne, limitant les échanges d’informations stratégiques entre États membres. L’eurodéputée propose ainsi de contourner la Hongrie dans certains dossiers stratégiques, une option cependant difficile à mettre en œuvre dans un système qui exige souvent l’unanimité.La Russie n’est pas la seule puissance étrangère active en Hongrie. L’influence américaine conservatrice est également de plus en plus visible. Le vice-président américain J.D. Vance doit prochainement se rendre à
Budapest, tandis que le secrétaire d’État Marco Rubio y était récemment en visite. La capitale hongroise a aussi accueilli une édition du CPAC
Hungary, déclinaison européenne du rassemblement conservateur américain devenu forum trumpiste.Dans un message vidéo diffusé samedi, Donald Trump a d’ailleurs qualifié Viktor Orbán de « type formidable ». Le président américain, qui avait déjà apporté son soutien à Orbán sur les réseaux sociaux le mois dernier, a déclaré qu'il avait été un dirigeant fort qui avait « montré au monde entier ce qu'il est possible d'accomplir lorsqu'on défend ses frontières, sa culture, son patrimoine, sa souveraineté et ses valeurs ».
Budapest apparaît désormais comme un point de ralliement pour plusieurs figures de l’extrême droite européenne. La Française Marine Le Pen, l'Italien Matteo Salvini ou encore le Néerlandais Geert Wilders participent aujourd'hui à un rassemblement à
Budapest. La Hongrie de
Viktor Orban est devenue l'antenne MAGA sur le Vieux continent et la capitale de l'extrême droite européenne.