Le 24 mars 2026 à 16h50 L’initiative « Bouclier bleu», lancée par un comité lié à l’
UNESCO pour préserver les biens culturels en cas de conflit armé, concerne une trentaine de sites au Liban, dont celui de
Tyr.
Dimitar Dilkoff / AFP Située à une vingtaine de km de la frontière avec Israël, l’une des plus anciennes cités du monde méditerranéen a été la cible de plusieurs frappes israéliennes, depuis le début de la guerre avec le
Hezbollah le 2 mars. Passer la publicité Passer la publicité Le « bouclier » pourra-t-il arrêter la foudre? Sur le site archéologique d'
Al-Bass, dans le sud du Liban, aucune présence militaire mais un panneau symbolique de l'
UNESCO flanqué d'un écusson bleu et blanc, unique rempart pour protéger les ruines antiques des bombes israéliennes. Située à une vingtaine de km de la frontière avec Israël,
Tyr, l'une des plus anciennes cités du monde méditerranéen, a été la cible de plusieurs frappes israéliennes depuis le début de la guerre avec le
Hezbollah le 2 mars. L'initiative « Bouclier bleu », lancée par un comité lié à l'
UNESCO, concerne une trentaine de sites au Liban, dont celui de
Tyr. C'est d'abord un message adressé à l'armée israélienne: la convention de la Haye de 1954 oblige à préserver les biens culturels en cas de conflit armé. Le 6 mars, une frappe israélienne s'est abattue à quelques mètres des poteries anciennes. Huit personnes, une famille entière, ont été tuées, selon les autorités. Leur maison, pulvérisée par l'explosion, n'est plus qu'un amas de gravats, à côté d'une voiture calcinée. « C’étaient nos voisins, ils vivaient ici depuis des décennies (...) Ils pensaient que la proximité du site les protégerait parce qu'il est classé au patrimoine mondial de l'
UNESCO, qu'il ne serait pas touché », raconte
Nader Saqlaoui, directeur des fouilles archéologiques dans le sud, rattaché au ministère de la Culture. Détail macabre, l'équipe venue inspecter d'éventuels dégâts sur les monuments a, dit-il, « découvert des restes humains sur le toit du musée » encore en construction. Passer la publicité Celui-ci a subi quelques dommages, ses vitres ont volé en éclats, mais l'explosion n'a pas atteint la nécropole des IIe et IIIe siècles, ni l'arc de triomphe monumental, les aqueducs ou encore l'hippodrome qui s'élèvent sur le site, témoins d'une époque romaine prospère. Beaucoup d'habitants de la ville ont fui, à la suite d'un appel à évacuer d'Israël, mais quelques milliers sont restés, avec des combattants du
Hezbollah pro iranien - et les précieux vestiges. Durant l'Antiquité, la ville fut un important port phénicien, avant d'être conquise par Alexandre le Grand, puis l'Empire romain. Le ministre de la Culture Ghassan Salamé a dénoncé une « agression » d'Israël. « Il n'existe aucune présence militaire ou sécuritaire sur ces sites (archéologiques) et un tel argument ne peut être utilisé pour les bombarder ou y porter atteinte », a-t-il fustigé dans un communiqué. Interrogée par l'AFP, l'armée israélienne, qui dit viser le
Hezbollah, n'a pas commenté dans un premier temps. À lire aussi Guerre en Iran : le Saadabad, palais historique de Téhéran, endommagé par les frappes américano-israéliennes Transport risqué Les archéologues doivent encore examiner les vieilles pierres pour détecter d'éventuelles fissures ou altérations qui pourraient avoir été provoquées par l'onde de choc. « Le Liban est plein de richesses archéologiques (...) et les dépôts de Beyrouth n'ont pas la capacité d'accueillir tous ces objets » menacés, raconte David Sassine, expert de l'Alliance internationale pour la protection du patrimoine (Aliph), une fondation qui aide le gouvernement à aménager des lieux sécurisés pour les objets de valeur. Le dilemme est double: rien ne garantit qu'ils seront davantage en sécurité dans la capitale, elle-même bombardée régulièrement par Israël, et le transport des objets depuis le sud du pays, même sous escorte militaire, « reste risqué », dit-il. À lire aussi Liban : le ministre syrien des Affaires étrangères en visite historique à Beyrouth Lors du précédent conflit de 2023-2024, des pièces d'or, des amphores millénaires et des sarcophages de grande valeur avaient ainsi été transférés à Beyrouth - où ils se trouvent encore. Les environs immédiats de
Tyr avaient déjà été touchés. Et la citadelle de Chamaa, une forteresse médiévale de la zone frontalière, a été à moitié détruite par l'armée israélienne. Le directeur des fouilles ne se fait pas beaucoup d'illusion. « Les Israéliens savent tout, même la pointure de vos chaussures (...) Ils savaient très bien où se trouvait le site », assure
Nader Saqlaoui. « Nous avons vécu au moins six guerres avec Israël (...) ça ne les a pas empêchés d'attaquer des sites archéologiques ». Mustafa Najdi, employé comme gardien, était présent à
Al-Bass le jour du bombardement: « J'ai entendu un choc très violent et j'ai pris la fuite avant de prévenir les responsables », dit-il. « Personne ne s'intéresse à nous », dénonce le trentenaire à la barbe épaisse, appelant « tous ceux qui le peuvent à faire pression pour mettre fin à cette barbarie ». « Cette civilisation représente l'histoire et elle nous représente tous, Libanais comme non Libanais ». Au Liban, les joyaux de la cité antique de
Tyr sous les bombes israéliennes S'ABONNER Une statue millénaire de Shiva restaurée après avoir été brisée en 10 000 fragments, au Cambodge La sculpture, en grès de cinq mètres de haut et de sept tonnes, originaire de l’ancienne capitale khmère de Koh Ker, a fait l’objet d’un chantier de restauration de cinq ans. Elle représente la divinité hindoue Shiva, avec dix bras et cinq visages. Guerre en Iran : le Saadabad, palais historique de Téhéran, endommagé par les frappes américano-israéliennes Plusieurs bâtiments du complexe historique, qui abrite des musées et la résidence du président, auraient été abîmés par « l’onde de choc des explosions », selon les agences officielles. Archéologie : découverte d’étranges tombes de Gaulois assis à Dijon REPORTAGE - Des fouilles, entreprises dans la préfecture de Côte-d’Or, révèlent des sépultures de la fin du IVe siècle avant J.-C., dans une posture que les archéologues cherchent à expliquer. Une équipe française réussit l’exploit de dater des peintures rupestres considérées comme indatables Appliquée pour la première fois dans la grotte de Font‑de‑Gaume, en Dordogne, cette méthodologie a permis de donner des âges entre 13 000 et 16 000 ans à des peintures qui résistaient jusqu’alors à toute datation. Découverte d’une vingtaine de sarcophages et de précieux papyrus à Louxor Les spécialistes espèrent que les huit manuscrits exhumés apporteront des informations inédites sur la Troisième Période intermédiaire (1069-664 av. J.-C.). Certains cercueils abritaient le corps d’officiants religieux. Des chercheurs mettent en doute la datation de l’Homo erectus : il aurait conquis la Chine plus tôt qu’on ne le pensait DÉCRYPTAGE - Des nouveaux travaux proposés pour déterminer la date de trois crânes découverts sur le site chinois de Yunxian repousseraient de 200 000 ans sa présence en Asie de l’Est. « Ce type de tombe est rarissime » : dans l’Orne, la découverte d’une sépulture princière « d’un intérêt scientifique fabuleux » vieille de 4 000 ans REPORTAGE - Une fouille archéologique a permis de révéler un tombeau exceptionnel de l’âge du bronze ancien contenant des pointes de flèche en silex et des poignards. « Une arme au service de la colonisation » : quand l’archéologie biblique chasse les Palestiniens de Cisjordanie REPORTAGE - Une loi examinée à la Knesset prévoit de transférer des sites archéologiques de Cisjordanie au ministère israélien du Patrimoine, ouvrant la voie à leur annexion de fait. Sur le terrain, expropriations et parcs bibliques redessinent déjà la carte, de Sebastia à Jérusalem-Est. Les mystères du prince de Lavau, grand seigneur celte dont la tombe a été retrouvée près de Troyes REPORTAGE - Dix ans après leur découverte, les exceptionnels objets retrouvés dans la tombe d’un grand seigneur celte, inhumé au Ve siècle avant J.-C., sont présentés à Troyes pour la première fois, le temps d’une exposition événement. Une trace de main repousse de 16.000 ans les plus anciennes peintures humaines Des motifs de mains dessinés sur les parois d’une grotte sur l’île de Célèbes (ou « Sulawesi ») en Indonésie ont été datés à plus de 67.800 ans. Une découverte qui relie l’histoire de nos représentations à celle de nos migrations. « Jusqu’à 20 ans d’emprisonnement » : un archéologue russe piégé par ses « fouilles illégales » dans l’est de la Crimée RÉCIT - Alexandre Boutaguine, un spécialiste des civilisations antiques affilié au musée de l’Ermitage, a été arrêté en Pologne à la demande de Kiev, qui réclame son extradition. L’affaire illustre le caractère ultrasensible de la mémoire historique dans le contexte de la guerre en Ukraine. Au Louvre, dans les coulisses de la restauration de l’exceptionnel trésor du prince de Lavau REPORTAGE - Les fabuleuses découvertes archéologiques faites dans la tombe celte mise au jour dans l’Aube en 2015 vivent leurs derniers jours d’anonymat avant d’être présentées au public à Troyes.