Cette photo, prise et diffusée le 23 janvier 2023 par le service de presse du gouvernement italien (Palazzo Chigi), montre le président algérien
Abdelmadjid Tebboune et le Premier ministre italien
Giorgia Meloni se serrant la main lors de leur rencontre au palais présidentiel d'Alger. Le Premier ministre italien
Giorgia Meloni et plusieurs ministres sont arrivés en Algérie le 22 janvier 2023 pour une visite de travail de deux jours. - AFPLa crise énergétique mondiale liée aux tensions au Moyen-Orient renforce le rôle stratégique de l’Algérie comme fournisseur clé de gaz pour l’
Europe, malgré des capacités encore limitées face à la demande croissante.La crainte sur les approvisionnements en gaz s'amplifie en
Europe. Et la crise énergétique mondiale provoquée par la guerre au Moyen-Orient a replacé l’Algérie au centre du jeu géopolitique européen. Depuis les frappes visant des infrastructures gazières et le blocage persistant du détroit d’Ormuz, les marchés sont sous tension. La promesse de
Donald Trump d’une "guerre courte" n’a pas suffi à calmer la situation, et l’envolée des prix du pétrole et du gaz fragilise particulièrement les économies européennes.Depuis la guerre en
Ukraine en 2022 et la décision de l'Union européenne de cesser d'importer du gaz russe, l'Algérie est devenue un fournisseur clé de l'
Europe et "un pilier essentiel de sa stratégie de diversification énergétique", rappelle Moez Ajmi, expert du cabinet EY.Rien que pour la
France, la part du gaz algérien est passée de 8% en 2022 à 11% en 2024 selon le Bilan énergétique 2025 du SDES.Mais c'est surtout l’Italie qui se trouve en première ligne. Très dépendante du gaz pour sa production d’électricité (44% environ contre 17% en moyenne dans l'UE), elle subit de plein fouet les perturbations de l’approvisionnement mondial. La suspension de la production du complexe qatari de Ras Laffan, qui représente environ 20% de l’offre mondiale de GNL, a aggravé la situation. Or le
Qatar couvrait une part essentielle des besoins italiens (33% du gaz natuel liquéfié (GNL) en 2025), ce qui pousse Rome à chercher d’urgence des alternatives.12% des importations de l'UEC’est dans ce contexte que la Première ministre
Giorgia Meloni s'est rendue ce mardi en Algérie pour négocier un renforcement des livraisons. Elle doit y rencontrer ce mercredi le président algérien
Abdelmadjid Tebboune afin d'obtenir des livraisons de gaz supplémentaires pour combler le déficit."L’énergie est en tête de son programme pour des raisons évidentes", a déclaré Carlo Stagnaro dans le Financial Times.Cette visite illustre l’urgence politique et économique à laquelle fait face le gouvernement italien, déjà fragilisé sur le plan interne avec le référendum perdu cette semaine.L’Algérie apparaît comme une solution naturelle. Première productrice de gaz en Afrique et acteur majeur à l’échelle mondiale, elle représente environ 12% des importations totales de gaz dans l’Union européenne."C’est un partenaire de proximité très important pour l’
Europe", souligne Anna Creti à
France 24, notamment grâce aux gazoducs Transmed et Medgaz qui relient directement le pays à l’Italie et à l’Espagne.Au-delà de l’Italie, c’est toute l’
Europe qui regarde vers Alger. Depuis la guerre en
Ukraine, l’Union européenne a intensifié ses partenariats énergétiques avec ce pays, perçu comme stable et fiable."Les Européens perçoivent l’Algérie comme un partenaire de confiance, car elle n’a jamais fait un usage politique de la question énergétique, même durant les pires épisodes de la tensions avec la
France", rappelle à
France 24 le politologue algérien Hasni Abidi.L’Algérie dispose de plusieurs moyens stratégiques pour exporter son gaz vers l’
Europe. Le principal vecteur d’exportation est le réseau de gazoducs reliant directement l’Algérie au continent européen. Parmi eux, le gazoduc transméditerranéen, construit dans les années 1980, joue un rôle essentiel: il relie les gisements algériens à l’Italie en passant par la Tunisie.Grâce à cette infrastructure, l’Algérie a fourni en 2025 environ 36% des importations totales de gaz de l’Italie, illustrant l’importance de ce corridor énergétique. D’autres gazoducs, comme Medgaz reliant directement l’Algérie à l’Espagne, renforcent encore cette capacité d’exportation.En complément des gazoducs, l’Algérie exporte également du GNL, transporté par navires méthaniers vers différents ports européens. Cette solution offre une plus grande flexibilité, car elle permet d’atteindre des marchés non connectés par pipeline. Ainsi, en 2025, l’Algérie a fourni environ 10% des importations italiennes de GNL.Pas les volumes nécessairesCependant, les capacités de l’Algérie restent contraintes. Malgré une hausse récente des exportations de GNL vers l’
Europe, ses infrastructures tournent déjà à plein régime."L’Algérie n’a ni les volumes ni les infrastructures pour servir d’alternative au
Qatar", prévient Anna Creti. Elle possède de vastes ressources inexploitées, mais dont l'exploitation nécessite de gros investissements et prendrait plusieurs décennies".De plus, la hausse de la consommation domestique limite ses marges de manoeuvre pour augmenter significativement ses exportations.Fin février 2026, la compagnie nationale algérienne Sonatrach a annoncé un vaste plan d’investissement de 60 milliards de dollars pour la période 2026-2030. Ce programme vise surtout à renforcer les capacités d’exploration et de production, qui concentrent environ 75% des investissements, avec un développement massif des infrastructures (forage de centaines de puits et modernisation des installations existantes). Une partie importante de ce financement (environ 26%) sera réalisée en partenariat avec des acteurs internationaux, ce qui montre l’ouverture croissante du secteur énergétique algérien.L’objectif principal de ce plan est très ambitieux: doubler la production de gaz naturel de l’Algérie d’ici 2030, en passant d’environ 100 milliards à 200 milliards de m³ par an. Cela placerait le pays à un niveau comparable à celui du
Qatar, l’un des plus grands producteurs mondiaux.