18 ans de réclusion criminelle. C'est la peine prononcée ce 25 mars 2026 à l'encontre de
Théo Denner (25 ans), reconnu coupable de viols, agressions sexuelles, harcèlement sexuel et atteinte à la vie privée sur 42 victimes âgées de 13 à 19 ans. Le jeune bûcheron était jugé depuis le 9 mars dernier par la cour criminelle de
Besançon (
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France Télévisions utilise votre adresse e-mail afin de vous envoyer la newsletter "La Quotidienne Société". Vous pouvez vous désinscrire à tout moment via le lien en bas de cette newsletter. Notre politique de confidentialité La décision est tombée dans l'affaire
Théo Denner. Mercredi 25 mars 2026, le jeune homme de 25 ans, accusé de viols, agressions sexuelles, harcèlement sexuel et atteinte à la vie privée sur 42 victimes âgées de 13 à 19 ans, a été condamné à 18 ans de réclusion criminelle par la cour criminelle de
Besançon (
Doubs). A ceci s'ajoute un suivi socio-judiciaire pendant 10 ans, et une injonction de soins.Quelques heures avant, alors que la parole lui était donnée pour la dernière fois, l'apprenti bûcheron avait tenu à présenter ses "excuses aux victimes". "Et j'espère qu'après ce procès, elles pourront aller mieux" a-t-il marmonné.Ces remords ont-ils pesé dans la condamnation finale ? En effet, la décision de la cour est en-deçà des réquisitions prononcées la veille par
Jérémy Lhadi, avocat général. Ce-dernier avait demandé 20 ans de réclusion criminelle, assortis d'une peine de sûreté des deux tiers et de 10 ans d'obligations de soins, à l'encontre du jeune bûcheron. Une décision logique, selon le parquet, pour un adolescent devenu un véritable "chasseur sexuel".De 2018 à 2023,
Théo Denner s'était fait passer, via un faux compte Facebook, pour une jeune bûcheronne nommée
Aurélie. Il usait de ce profil factice pour contacter ses victimes sur les réseaux sociaux. Son mode opératoire était simple : d'abord les séduire et leur demander des photos intimes. Puis exercer sur les personnes piégées un chantage afin de les contraindre à avoir des relations sexuelles avec lui-même. L'apprenti bûcheron avait créé un faux profil pour appâter ses victimes. • © Jean-Stéphane Maurice -
France Télévisions Ce mode opératoire est celui d'un "chasseur sexuel, méticuleux" selon
Jérémy Lhadi. "C'est un chasseur par plaisir, par jouissance. Ce qui lui plaît, c'est la traque, la capture, la domination" de ses victimes, dont il collectionne les photos comme des "trophées", a plaidé le représentant du ministère public, qui a fait allusion à de nombreuses reprises à la chasse, passe-temps favori de l'accusé. Pour rappel, l'affaire avait éclaté en 2021, quand une des victimes, un adolescent de 17 ans, avait avoué à sa famille avoir été victime d'un chantage à la sextape, et violé. Le point de départ d'un dossier "vertigineux" et "hors du commun" selon le parquet : les enquêteurs découvrent dans les appareils électroniques de
Théo Denner, qui a d'emblée reconnu les faits, plus de 170 000 fichiers à caractère pornographique, classés par dossiers au nom de ses victimes.S'en suivront 4 années d'instruction, 79 chefs d'accusation, et un procès commencé le 9 mars où 62 parties civiles et témoins se sont succédées à la barre, dans une ambiance particulière, marquée par le silence des victimes.C'est le procès du silence. Un silence de plomb qui ronge, qui soumet, qui détruit".
Jérémy Lhadi,avocat général Pour l'avocat des parties civiles, Me Euvrard, la peine encourue est légitime. "Il n'est pas prévu de disposition spéciale pour les crimes dits sériels, c’est-à-dire répétés" dit-il. "En France, que vous soyez comptable d'un crime ou de 20 ou de 42 ici, on n'additionne pas les peines encourues. Donc le fait que le parquet général requiert une peine lourde lui égare à la multiplicité des faits ne me choque pas".Au contraire, la défense a elle fustigé une "caricature".
Théo Denner n'est pas "un chasseur de faibles", "c'est un gamin perdu qui s'est caché derrière un avatar de femme", selon ses avocats Baptiste Monnot et Jules Briquet. Les avocats du jeune bûcheron ont souligné que l'accusé aurait pu être abusé sexuellement pendant son enfance, à 17 ans, par un voisin. Les avocats de
Théo Denner, Me Monnot et Briquet. • © Jean-Stéphane Maurice -
France Télévisions Ils ont aussi décrit un jeune homme en lutte avec une homosexualité refoulée dans un milieu familial ouvertement homophobe, où les hommes considéraient qu'un "homosexuel, c'est une balle dans la tête". Éduqué par un père raciste et profondément homophobe, usurper l'identité d'une femme sur les réseaux sociaux aurait été pour lui une manière de repousser un "coming out" qu'il ne savait pas comment faire.Des arguments battus en brèche par l'avocat général. "Ce qui me heurte", a-t-il dit, "c'est le lien fait entre homosexualité, assumée ou refoulée et les agressions sexuelles et les viols". "Il n’y a aucun lien, il y a un environnement homophobe chez
Théo Denner, des démons intérieurs, mais cela ne permet pas le lien entre l’homosexualité et les faits" a-t-il ajouté.Le magistrat du ministère public a insisté sur la minutie de l'accusé : son "organisation, sa gestion des profils est impressionnante", "Chantage, pressions, menaces, intimidations sur de jeunes hommes, des pantins dont il tirait les fils". "Pas besoin de coups pour être violent", rappelant l'horreur du nombre des vidéos utilisées pour faire chanter les victimes.
Théo Denner a tout de suite reconnu les faits. • © Jean-Stéphane Maurice -
France Télévisions Ce qui n'a pas fait fléchir les avocats de la défense, qui ont même osé une comparaison : leur client subirait la même peine que Joël Le Scouarnec, qui compte, lui, près de 300 victimes. "C'est deux personnes totalement différentes, avec un nombre de victimes différent avec un positionnement différent" développe Me Briquet.Vous avez quelqu'un qui est dans la rédemption, qui reconnaît les faits, qui a souci de se faire soigner. Lui mettre exactement la même peine qu'une personne qui est dans la revendication de ses actes, c'est un mauvais message qu'on lui envoie.Me Jules Briquet,avocat de Théo DennerLeurs arguments n'auront donc pas suffi à convaincre le jury. Les conclusions des experts, rendus hier, qui ont estimé que l'accusé ne souffrait pas de maladie psychique et qu'il présentait même réellement des risques de récidive, n'ont également pas joué en faveur de
Théo Denner.L'accusé a maintenant dix jours pour faire appel.Avec Emmanuel Rivallain à l'audience