Pékin détient l'essentiel des chaînes de valeur dans les technologies vertes. Et quand ce n'est pas le cas, la Chine dispose d'un composant essentiel, tout en pratiquant des prix beaucoup moins élevés.Incontournable Chine dans la transition écologique. En quelques mots, c'est encore le constat dressé par l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), dans sa dernière note sur les risques liés aux chaînes de valeur. L'institution évalue la dépendance du reste du monde à la seule production de Pékin, dans divers domaines, et les chiffres sont accablants. En tête de la dépendance, les panneaux solaires: 80 à 90% des capacités de production sont chinoises. Idem pour les batteries lithium-ion, utilisées dans l'automobile électrique: elles sont fabriquées à 80% en Chine, avec certaines composants, comme les anodes, fabriquées jusqu'à 95% dans le pays.Par comparaison, d'autres secteurs sont moins concentrés: c'est le cas du pétrole (35% de la production contrôlée par un seul acteur, l'OPEP) ou du gaz (18% environ fabriqué par l'OPEP). De façon éclairante, d'autres chaînes de valeur sont détenues par le Japon, avec la robotique (40% de la production) ou l'aviation commerciale avec l'
Europe (55% de la production).Seul segment stratégique échappant à la concentration: les semi-conducteurs. Dans sa chaîne de valeur, plusieurs segments sont répartis sur plusieurs continents: le principal fondeur est à Taïwan, les machines lithographiques sont en
Europe, quand les fabricants de puces et de mémoire vive, par exemple, se répartissent entre la Chine et les Etats-Unis.Sans la Chine, à peine 20% de la demande serait honoréeL'AIE a également simulé un monde privé, du jour au lendemain, de l'approvisionnement chinois, pour simuler les risques associés. Et là encore, la domination de Pékin est très claire - même quand elle ne détient pas l'ensemble de la chaîne de valeur, la Chine maintient un goulet d'étranglement, en maîtrisant l'un des composants intermédiaires. Dans le domaine des panneaux solaires, le reste du monde ne pourrait par exemple répondre qu'à 20% de la demande: les wafers servant de base aux cellules solaires sont très majoritairement produits en Chine.Idem pour les véhicules électriques, pour lesquelles la Chine raffine l'immense majorité du graphite, ainsi qu'elle produit la majorité des composants allant dans les cathodes (l'un des deux pôles chimiques employés dans chaque batterie). Si le reste du monde peut produire des voitures, des batteries, et s'approvisionner en lithium, il ne dépasse pas 20% de capacités dans ces deux éléments-clés. Pour les éoliennes, ce sont les aimants permanents, à base de terres rares, qui manquent: pas plus de 25% de la demande mondiale ne pourrait être honorée sans Pékin.Des écarts de prix importantsEt c'est sans compter l'impact sur les prix: le rapport relève également des manques européens dans la compétitivité-prix, sur toutes les technologies de la transition. Sur les éoliennes, la Chine est 30% moins chère, la faute principalement à des dépenses d'investissement plus élevés chez nous, et surtout à un coût du travail 20% plus élevé. Pour les batteries, l'écart de prix est similaire, mais pour des raisons différentes: les composants coûtent plus cher, et l'AIE relève des "inefficacités industrielles" qui renchérissent le prix de près de 15%.Pour les producteurs de panneaux solaires, l'écart est de 60%, principalement dû au coût de l'énergie, plus élevé en
Europe ; énergie qui joue aussi un rôle important dans l'écart de prix concernant les électrolyseurs (qui permettent la production d'hydrogène). Ils sont 60% moins chers en Chine, également à cause de composants beaucoup plus coûteux en
Europe.