Le sixième sommet sur la désertification, le
Désertif’action, s'achève ce 28 mars 2026 à
Djerba en Tunisie. Organisé par l’ONG Française
Cari et l’
Observatoire du Sahara et du Sahel, il a réuni 450 participants, chercheurs, ONG et membres de la société civile. Publié le : 28/03/2026 - 09:45 2 min Temps de lecture Une jeune fille traverse un village désertique de la ceinture sahélienne du Tchad. (Image d'illustration) © AP - Ben Curtis Après l’échec de la
COP 16 sur la désertification à Riyad en Arabie saoudite il y a deux ans en décembre 2024, ce sommet, qui permet de préparer la future
COP 17 qui se tiendra en Mongolie en août 2026 revêt une importance particulière. Aujourd’hui 40% de la surface terrestre est affectée par la dégradation des sols avec des conséquences économiques et sociales dramatiques. Il est donc urgent d’agir. Mais le contexte international n’est pas favorable à la plus méconnue des COP.Certains chiffres, cités par
Patrice Burger, président du
Cari, l’ONG qui organise le sommet de
Djerba, rappellent l’urgence de la situation : « On prévoit que, d'ici 2050, 75% de la population mondiale va être impactée par les questions de sécheresse. On pense aussi que d'ici 2030, il y a à peu près 700 millions de personnes qui vont être déplacées à cause de la sécheresse. »« Donc, dit-il encore, on est devant des enjeux absolument gigantesques. Or, face à une réduction des financements internationaux, face à une situation de réallocation des budgets nationaux pour des choses comme le réarmement... on voit bien qu'on est dans de grosses difficultés. »Et les besoins sont connus et chiffrés. « La convention désertification a sorti des chiffres, signale
Sandra Rullière de l’Agence française de développement (AFD). Il y a un besoin de financement d'un milliard de dollars par jour pour lutter contre la désertification ». Faute de financement pour restaurer les sols il faut a minima arrêter de les dégrader davantage en gérant au mieux les ressources existantes... « Lutter contre la sécheresse, c'est travailler sur la meilleure manière de valoriser la goutte d'eau qui tombe sur le sol », précise encore
Sandra Rullière.Développer l’agroécologie avec des systèmes d’irrigation innovants, aider les éleveurs nomades, des solutions existent. Ce
Désertif’action, organisé par et pour la société civile va permettre d’établir une feuille de route qui servira de base de travail en août 2026 lors de la COP en Mongolie. Ne reste plus qu’à trouver les moyens financiers.L’agroécologie à l’épreuve des crises Cette pratique vertueuse permet de restaurer et d’entretenir les sols tout en respectant l’environnement, mais son développement se heurte parfois au contexte politique de certains pays. En 2011, Claude Arsène Savadogo a créé Bioprotect, une société burkinabè qui développe des intrants biologiques. « D'abord, c'est une histoire personnelle parce que je suis originaire de la région du Yatenga. C'est l'une des régions où les sols sont parmi les plus dégradés », explique-t-il à RFI. Il décide donc de lancer sa gamme de produits biologiques : « ce sont des produits locaux faits à partir de matières premières et d'ingrédients locaux et de micro-organismes locaux. » Avec une certitude, les Burkinabè sont conscients des enjeux écologiques. « Aujourd'hui, au Burkina, tout le monde est conscient de la dégradation des terres, donc la population est de plus en plus sensibilisée sur les questions d'agroécologie », ajoute Claude Arsène Savadogo. Cependant, la pauvreté complique parfois l’utilisation et la diffusion de ces produits biologiques. « On est dans l'urgence, on a besoin de manger tout de suite et maintenant. Et parfois, la population perçoit les solutions agro-écologiques comme des solutions à moyen long terme, précise-t-il. Donc, il y a ce contraste qui est là ». Mais pour Claude Arsène Savadogo, la principale difficulté reste la situation politique du pays. « La crise est un frein en ce sens que le déplacement des populations, l'inaccessibilité de certaines zones freinent justement l'utilisation de ces intrants et la non-sécurisation, en fait, empêche les populations de pouvoir investir ». Avec l’arrêt des importations des engrais chimiques, lié à la situation du pays, Claude Arsène espère que la crise se transforme en opportunité pour Bioprotect et pour l’agroécologie.