Le secrétaire d’État américain
Marco Rubio s’est dit « troublé » par l'explosion des violences commises par des colons en Cisjordanie, affirmant attendre du gouvernement israélien des actes immédiats. Une pression diplomatique qui fait écho à un tournant au sein même de l’appareil sécuritaire israélien : pour la première fois en pleine guerre contre l'
Iran, le chef d’état-major dénonce une menace venue de l’intérieur. Publié le : 29/03/2026 - 07:32Modifié le : 29/03/2026 - 17:24 3 min Temps de lecture Un Palestinien inspecte les décombres de la maison familiale incendiée à la suite d'une attaque qui aurait été perpétrée par des colons israéliens dans le village de Fandaqumiya, au sud-ouest de Jénine, en Cisjordanie occupée par Israël, le 22 mars 2026. AFP - ZAIN JAAFAR L’organisation israélienne
Yesh Din dénombre 257 incidents de violence commis par des colons extrémistes en seulement 25 jours, depuis le début de la guerre avec l’
Iran. Et ces actes sont, souvent, commis sous le regard des militaires, explique notre correspondant à Jérusalem,
Michel Paul. Pour le politologue
Menachem Klein, de l'université Bar-Ilan, il s'agit « d'un terrorisme d'État pour prendre le contrôle des zones C, et maintenant agir pour expulser les Palestiniens également des zones B sous administration palestinienne ». Selon ce politologue, l'accord d'Oslo a été piétiné. Il y voit là un « plan calculé » pour prendre le contrôle du territoire et, de facto, empêcher l'établissement d'un État palestinien. Ce « plan calculé » se heurte pourtant au récit officiel. À Washington, le secrétaire d'État
Marco Rubio se dit « troublé », mais semble encore croire à la thèse d'une « minorité » que le gouvernement israélien finirait par sanctionner. Une vision partagée par le chef d’état-major, le général
Eyal Zamir qui dénonce désormais une « minorité menaçante », dont les exactions forcent l'armée à détourner son regard du front iranien. À lire aussiCisjordanie: nouvelles attaques de colons israéliens contre plusieurs villages palestiniens La complaisance à l'égard des colons semble s'affaisser. Ce n’est plus seulement l’opposition qui s’alarme, l’institution militaire s'en inquiète également. Sur le terrain, 200 réservistes tirent la sonnette d'alarme : ils décrivent une symbiose de fait entre les soldats et les colons des avant-postes. À la
Knesset, les mots sont plus crus. La députée
Meirav Cohen parle ouvertement de « terrorisme juif » pour qualifier ces villages attaqués et ces familles chassées. Une quinzaine de communautés palestiniennes a déjà fui. Loin d'être marginale, la stratégie d'éviction dénoncée par
Menachem Klein semble bien l'emporter. Une « érosion morale » sans précédent Mais c’est dans la presse que la rupture est la plus brutale. Sur des plateaux de télévision, on ose des mots encore jamais entendus jusqu'ici : on parle désormais de « pogroms » et de « nettoyage ethnique ». Sur la Chaîne 13, l'éditorialiste Udi Segal fustige une « érosion morale » sans précédent. En fermant les yeux, prévient désormais une partie de la presse israélienne, l’État ne macule pas seulement son image, il se fragilise de l’intérieur. Samedi 28 mars, l'Association de la presse étrangère (FPA) a par ailleurs condamné « des comportements violents » de soldats israéliens contre l'équipe de journalistes de CNN, ainsi que leur « détention arbitraire », l'armée ayant annoncé son intention d'ouvrir une enquête. Matériel « endommagé » Deux jours auparavant, des journalistes de la chaîne de télévision américaine couvraient les suites d'une attaque de colons et l'installation d'un avant-poste près du village palestinien de Tayasir (nord-est de la Cisjordanie), lorsqu'elle a été prise pour cible par des soldats israéliens, raconte la FPA dans un communiqué. Bien qu'ils se soient « clairement identifiés », selon l'association, les journalistes et des civils palestiniens ont été menacés, les soldats pointant leurs armes et ordonnant l'arrêt du tournage. « Un soldat s'est approché par derrière du photoreporter de CNN, l'a saisi à la gorge, l'a projeté au sol et a endommagé son matériel. L'équipe ainsi que d'autres Palestiniens présents ont ensuite été détenus pendant environ deux heures, les empêchant délibérément d'exercer leur travail », a dénoncé la FPA, précisant que l'ensemble de la scène avait été filmé. À lire aussiCisjordanie: plus de 1 000 Palestiniens tués depuis 2020 sans poursuites, dénonce une enquête Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail