Le conflit au Moyen-Orient révèle le déclin opérationnel de la
Royal Navy, affaiblie par des années de sous-investissement, au point de ne plus pouvoir assumer pleinement ses engagements internationaux.Un seul destroyer envoyé en Méditerranée, l'Allemagne qui doit se substituer au Royaume-Uni pour commander une mission maritime de l'Otan: la guerre au Moyen-Orient met en lumière les limites de la
Royal Navy, vécues comme une humiliation dans l'historique puissance maritime. Le conflit, entamé le 28 février par les frappes américano-israéliennes sur l'
Iran, a révélé aux Britanniques les effets d'années de manque d'investissements et de retards industriels, qui se traduisent par une Navy quasi absente dans la région.La polémique est d'abord venue de l'envoi tardif d'un unique destroyer en Méditerranée, pour protéger les bases britanniques à Chypre, dont l'une a été touchée par un drone iranien. Car pour la première fois en plus de quarante ans, Londres ne disposait d’aucun navire dans le golfe Persique. Le HMS Dragon vient seulement d'arriver sur zone.Pendant ce temps, la
France y a déployé son porte-avions
Charles de Gaulle, et l'Italie et la Grèce des navires pour rassurer Nicosie. La comparaison a été jugée "embarrassante" par le quotidien The Telegraph, "honteuse" par le général à la retraite
Richard Dannatt. Nouveau revers cette semaine: l'Allemagne a annoncé qu'elle prendrait le commandement d'une mission de l'Otan dans l'Atlantique Nord en avril à la place du Royaume-Uni, qui devait mobiliser le HMS Dragon et ne peut déployer d'autre navire. Le ministre de la Défense
John Healey a tenté de faire bonne figure jeudi. "C'est ce que font de bons alliés", et "c'est un signe de la force de l'Otan", a-t-il déclaré sur la radio LBC."Je ne me satisfais pas de la situation", a-t-il toutefois reconnu, ajoutant: "je dois prendre des décisions avec ce que nous avons". Et de préciser que le Royaume-Uni possède "17 frégates et destroyers, contre 23" en 2010.Mais sur ces navires - six destroyers T45 et onze frégates T23 - la majorité est indisponible, en maintenance ou en cours de décommissionnement. "L'incapacité du gouvernement à gérer la flotte de surface de la
Royal Navy est devenue une honte nationale, et c'est maintenant l'Allemagne qui nous vient en aide", a déclaré sur X
Ben Obese-Jecty, député conservateur et ancien militaire.La relève des frégates par des modèles plus modernes n'arrivera pas avant 2028-2029, du fait de retards, poussant certains experts à s'alarmer d'un "creux" de capacités dans les prochaines années. La dernière Revue de défense stratégique, publiée l'an dernier, déplorait qu'en attendant, les actuelles "plateformes vieillissantes" entraînent des coûts de maintenance supplémentaires. Il a fallu 8 ans pour achever la modernisation du destroyer HMS Daring. Les deux porte-avions - HMS Prince of Wales et HMS Queen Elizabeth - sont eux aussi à quai. Le premier doit bientôt participer à une mission dans l'Atlantique Nord. Ils ont été qualifiés de "jouets" jeudi par Donald Trump, qui reproche à Londres son soutien tardif et limité contre l'
Iran.Plan d'investissement retardéDans un contexte marqué par la guerre en Ukraine, les activités de l'Otan et le conflit au Moyen-Orient, "la marine traverse une période particulièrement difficile, et peine à adapter ses capacités à ses engagements, ainsi qu'à maintenir ses effectifs", expliquait récemment à des journalistes dont l'AFP Nick Childs, expert à l'International Institute for Strategic Studies.Les difficultés actuelles "sont la preuve que sous plusieurs gouvernements successifs, on a connu une érosion des éléments fondamentaux - la maintenance, la formation, la fabrication de munitions, etc., qui permettent de conserver une force efficace et prête à être déployée", regrettait sur la BBC Mark Sedwill, ancien chef de cabinet des Premiers ministres Theresa May et Boris Johnson.Le gouvernement travailliste de Keir Starmer s'est engagé à augmenter les dépenses militaires, en donnant la priorité aux engagements britanniques auprès de l'Otan. Mais la publication de son plan d'investissement, prévue à l'automne 2025, ne cesse d'être repoussée, au grand agacement des industriels. Dans la marine, la priorité sera donnée à la dissuasion nucléaire et au développement d'une force "hybride", mêlant moyens habités (avions, navires) et moyens autonomes (drones). En attendant, l'exécutif essuie de nombreuses critiques, accusé d'avoir tardé à protéger les intérêts britanniques au Moyen-Orient, malgré l'envoi d'avions de combat et de systèmes de défense aérienne."Le Royaume-Uni a décidé que la principale menace à laquelle il est confronté est la Russie" et a concentré ses moyens dans l'Atlantique Nord et le Grand Nord, souligne Kevin Rowlands, expert au sein du Rusi, cercle de réflexion britannique spécialisé dans la défense."Il est presque inévitable que si un évènement se produit ailleurs dans le monde, nous ne soyons pas forcément présents." Au point s'inquiètent certains, de réduire la Navy, reine des mers, en une puissance plus régionale que globale.