TotalEnergies apparaît comme un grand gagnant de la crise énergétique en ayant anticipé la hausse des prix du pétrole grâce à des achats massifs et des positions financières, lui permettant de générer plus d’un milliard de dollars de gains, selon le
Financial Times.
TotalEnergies est-il le grand gagnant de la crise énergétique actuelle? Le pétrolier français aurait mené une opération d’une ampleur inédite, selon le
Financial Times. Le quotidien britannique assure que le groupe a massivement acheté, dès le mois de mars, des cargaisons de pétrole qui devaient être livrées en mai.Il s’agit notamment de brut provenant des Émirats arabes unis et d’
Oman, deux zones non affectées par le blocage du détroit d’Ormuz. Au total, environ 70 cargaisons ont été acquises (plus de 34 millions de barils), soit plus du double du volume acheté le mois précédent. Ce qui a permis aux négociants de sa filiale Totsa d'engranger un milliard de dollars.Dans un contexte géopolitique extrêmement tendu, marqué par les frappes américaines et israéliennes contre l’
Iran fin février, le marché pétrolier mondial a connu un bouleversement brutal. La fermeture du détroit d’Ormuz par l’
Iran par lequel transite près de 20% du pétrole mondial a immédiatement désorganisé les flux habituels et raréfié certaines qualités de brut. Cette situation exceptionnelle a créé une opportunité unique pour certains acteurs du trading."Il s’agit potentiellement de la plus importante prise de position jamais réalisée dans l’histoire des marchés pétroliers", a déclaré
Adi Imsirovic au FT, maître de conférences en systèmes énergétiques à l’Université d’Oxford.+143% pour le prix du baril de DubaiCette stratégie s’apparente à une "prise de position longue" massive:
TotalEnergies a parié sur une hausse des prix en accumulant du pétrole physique avant que le marché ne réagisse pleinement à la crise. En achetant une grande partie des volumes disponibles sur ces qualités de brut expédiés depuis les ports du golfe d'
Oman (Murban et
Oman), le groupe s’est retrouvé en position dominante sur ce segment très spécifique du marché.La situation a été amplifiée par une décision clé de l’agence de pricing
Platts, qui a exclu de son indice de référence les pétroles transitant par le détroit d’Ormuz. Résultat: seuls quelques types de brut, dont ceux achetés massivement par
TotalEnergies, restaient pris en compte pour fixer les prix. Cela a mécaniquement fait exploser la demande pour ces cargaisons… et donc leur valeur. Les prix ont alors flambé de manière spectaculaire. Le baril de référence Dubai est passé d’environ 70 dollars avant la crise à près de 170 dollars quelques semaines plus tard. En contrôlant une part significative des cargaisons disponibles,
TotalEnergies a directement bénéficié de cette hausse, pouvant revendre ou valoriser ses positions à des niveaux bien supérieurs à leur prix d’achat.Mais le groupe ne s’est pas contenté d’acheter du pétrole physique. Il a également utilisé des instruments financiers comme les contrats à terme, les options et les swaps pour amplifier ses gains et se protéger contre les risques. En clair,
TotalEnergies a probablement parié sur la hausse des prix aussi sur les marchés "papier", ce qui lui a permis de multiplier les effets de levier et d’optimiser ses profits.Un marché du pétrole particulièrement actif en marsEn mars, le marché du pétrole a été particulièrement actif, avec beaucoup plus d’échanges que d’habitude, de l'ordre de 50% supérieur au mois de février. Pourtant, seule
TotalEnergies, a réellement dominé la situation en réussissant à assembler suffisamment de contrats partiels pour constituer une cargaison complète de pétrole."Ce mois-ci, l'activité a été exceptionnellement intense; non seulement les volumes sont plus élevés que d'habitude, mais du côté des acheteurs, le marché a été entièrement dominé par un seul acteur", confirme au FT Fabian Ng, responsable de la tarification du pétrole brut en Asie chez Argus Media.Au final, cette combinaison d’achats physiques massifs et de positions financières bien calibrées aurait généré plus d’un milliard de dollars de gains en quelques semaines. Une performance exceptionnelle. En revanche, cette flambée des prix a pénalisé de nombreux acheteurs asiatiques, coincés dans des contrats indexés sur ces références devenues extrêmement coûteuses. "Conformément à la politique de l’entreprise, nous ne faisons jamais de commentaires sur nos activités de négoce", a déclaré un représentant de
TotalEnergies.