La flambée des prix de l’énergie liée aux tensions autour du détroit d'Ormuz provoque un choc majeur dans la pétrochimie mondiale, entraînant déjà une hausse rapide du coût des plastiques -et bientôt de nombreux produits du quotidien- avec des effets susceptibles de durer jusqu’à deux ans.Prochaine étape, la flambée du plastique? Malheureusement, on y est déjà à cette étape. L'explosion des prix de l’énergie liée au conflit avec l’
Iran commence à se diffuser bien au-delà des marchés pétroliers. Selon plusieurs experts, les consommateurs pourraient rapidement constater une hausse du prix de nombreux produits du quotidien en plastique, conséquence directe des tensions géopolitiques et des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.En cause notamment, la situation dans le détroit d'Ormuz, artère stratégique par laquelle transite près d’un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel liquéfié. Or la fermeture ou même la menace pesant sur cette voie maritime provoque un choc majeur dans la pétrochimie mondiale, un secteur qui concerne indirectement "95% des produits du quotidien".Depuis le début de la guerre fin février, le prix du pétrole brut est passé d’environ 67 dollars à 108 dollars ce 30 mars, soit une hausse de plus de 60%. Dans le même temps, les prix du gaz naturel en
Europe et en Asie ont bondi de plus de 60%. Or, plus de 99% des plastiques sont issus de combustibles fossiles, ce qui rend leur coût extrêmement sensible aux variations énergétiques.Concrètement, certains produits devraient être touchés en premier.Plus de 10% en un mois"Les produits comme les couverts jetables, les boissons en bouteille et les sacs-poubelle pourraient être parmi les premiers à voir leur prix augmenter dans les semaines à venir", détaille à
CNN Patrick Penfield, professeur de gestion de la chaîne d’approvisionnement à l’université de Syracuse.Les données de
Plastics Exchange montrent d’ailleurs que les prix des résines plastiques ont déjà progressé de plus de 10% en un mois."En 25 ans (dans l'industrie des plastiques), je n'ai jamais vu une augmentation (mensuelle) du polyéthylène aussi importante", déclare à la chaîne américaine
Michael Greenberg, PDG de
Plastics Exchange et de sa plateforme d'intelligence de marché, Resintel.Cette hausse est difficile à identifier pour le consommateur final, car le plastique est présent à toutes les étapes de production."C’est le genre de chose qui vous laisse perplexe au magasin. Vous ne savez pas si c’est plus cher à cause de l’inflation générale, de la hausse des loyers, mais vous payez pour ça", souligne Joseph Foudy, professeur d’économie à la NYU Stern School of Business à
CNN. L’impact pourrait également se diffuser à l’alimentaire, via l’augmentation des coûts d’emballage, dans un délai de deux à quatre mois.Le rôle du Moyen-Orient est central dans cette mécanique. La région représente environ un quart des exportations mondiales de polyéthylène et de polypropylène, deux plastiques essentiels.Des hausses durant deux ansPlus globalement, cette région occupe une place stratégique dans l’industrie pétrochimique, représentant environ 15% de la production mondiale. La région concentre des complexes industriels de taille mondiale, attirés par un accès privilégié à des matières premières bon marché, notamment le pétrole et le gaz. Or ces ressources ne servent pas uniquement à produire de l’énergie: elles sont également à la base de toute la chimie moderne.Parmi ces matières clés figure le naphta, une fraction issue du raffinage du pétrole. Cette essence est essentielle au fonctionnement des vapocraqueurs, ces installations industrielles qui transforment les hydrocarbures en molécules plus petites indispensables à l’industrie. Ces unités produisent principalement de l’éthylène — la molécule la plus utilisée — et du propylène, ainsi que des co-produits comme le butadiène, le benzène ou encore l’hydrogène. Ces composants entrent ensuite dans la fabrication d’une multitude de produits du quotidien: plastiques (polyéthylène, polypropylène), fibres textiles, solvants ou caoutchouc synthétique."Environ 84% de la capacité de production de polyéthylène du Moyen-Orient dépend du détroit pour les exportations par voie maritime", précise Harrison Jacoby, spécialiste du secteur.Toute perturbation durable dans la zone entraîne donc un effet domino sur les prix mondiaux.À court terme, les alternatives restent limitées."Il n’existe pas beaucoup de substituts au plastique", rappelle Joseph Foudy. Même en cas d’apaisement rapide du conflit, les effets pourraient durer.Or si le conflit devait s'arrêter demain, la chaîne d'approvisionnement en plastique ne se normaliserait pas immédiatement, loin de là. Résultat : les consommateurs pourraient subir ces hausses pendant un à deux ans, preuve que le choc actuel dépasse largement le seul secteur énergétique.