Éclairage En refusant la traversée de son espace aérien par un avion transportant des bombes américaines à destination d’Israël, la
France a suscité la colère des autorités israéliennes. Tel-Aviv a annoncé sa volonté de suspendre ses importations militaires de
France. Mais la position française dans la guerre au Moyen-Orient est en revanche appréciée dans les pays du Golfe arabo-persique. Publié le : 01/04/2026 - 18:34 5 min Temps de lecture En refusant la traversée de son espace aérien par un avion transportant des bombes américaines à destination d’Israël, la
France a suscité la colère des autorités israéliennes. Ici, le président
Emmanuel Macron, en
France, le 2 mars 2026. © YOAN VALAT / AFP « C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase », confie au journal
Yedioth Ahronoth un officiel israélien qui poursuit, « nous avons envoyé le message que nous en avons fini avec eux ». Après le refus de
Paris d’autoriser la traversée de son espace aérien par un avion transportant des munitions américaines vers Israël, les autorités israéliennes ne cachent pas leur colère à l’égard de la
France. La colère est d’autant plus grande qu'Israël s’était employé à convaincre la
France d’autoriser le survol de son territoire à cet avion. Sur son site internet, la chaîne de télévision israélienne 12 souligne que les autorités avaient expliqué l'importance de ses munitions pour ses opérations et assurer qu'elles ne serviraient que dans les frappes contre l'
Iran. Des opérations qui « contribuent à la sécurité de l'Europe », a estimé la porte-parole du ministère israélien de la Défense auprès de l'
France-presse" class="entity-link entity-organization" data-entity-id="1517" data-entity-type="organization">Agence
France-Presse. À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: comment se positionne la
France dans ce conflit? Mesures de rétorsion Israël a trouvé une autre route pour l'acheminement de ces bombes. Mais son ministère de la Défense accuse la
France d'avoir agi, ces dernières années, « à plusieurs reprises […] pour porter atteinte à la sécurité d'Israël et à la capacité opérationnelle de ses industries de défense ». Il affirme considérer « avec la plus grande gravité la politique du gouvernement français ». Et des mesures de rétorsion ont d’ores et déjà été prises. La visite d’
Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre française des Armées et des Anciens combattants, prévue dimanche, a été annulée. Et le ministère de la Défense a annoncé « ramener à zéro » ses importations militaires de
France. Des importations toutefois limitées : la
France ne vend pas d'armes à Israël mais, selon les autorités françaises, des « composants ayant vocation en particulier à être intégrés dans des systèmes défensifs ou à être réexportés vers des pays tiers ». Cette décision israélienne marque une nouvelle dégradation des relations entre la
France et Israël qui ont connu de nombreuses crises depuis les massacres du Hamas en Israël le 7 octobre 2023 et le début de la guerre lancée en représailles par Israël dans la bande de Gaza qui fait l’objet d’accusations de « génocide ». Le sommet de la crise avait été atteint l'été dernier quand
Emmanuel Macron a décidé de reconnaître l'État de Palestine. Israël avait vivement dénoncé cette reconnaissance. Pour le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, cette annonce française était « une énorme récompense au terrorisme ». Et le pays avait envisagé d'ordonner la fermeture du Consulat général de
France à Jérusalem qui sert de représentation auprès de la Palestine. Cette escalade avait finalement été évitée et depuis, la
France avait fait des gestes d’apaisement à l’égard d’Israël. En novembre,
Emmanuel Macron avait autorisé des entreprises israéliennes d'armement à participer à un salon en
France. Le mois suivant,
Paris confirme sa participation au concours musical Eurovision alors que les appels au boycott se multipliaient en raison de la participation d'Israël. Enfin, en février, le ministre des Affaires étrangères a joint, à la tribune de l’Assemblée nationale, sa voix aux critiques israéliennes visant la rapporteuse des Nations unies pour les Territoires palestiniens, Francesca Albanese. Mais avec ce nouveau conflit, les relations se sont une nouvelle fois tendues. Au déclenchement de la guerre,
Emmanuel Macron a jugé que les opérations israélo-américaines en
Iran sont menées « en dehors du droit international ». Et la
France est également critique des opérations israéliennes au Liban. À lire aussiAu Moyen-Orient,
Emmanuel Macron sur la ligne de crête Force de stabilisation La
France n’a pas réagi aux critiques israéliennes, mais attaquée également par Donald Trump, elle avait fait valoir une constance dans sa position : « Cette décision est conforme à la position française depuis le début de ce conflit », a répondu l’Élysée au président états-unien. Comme les autres pays européens, la
France a toujours refusé un engagement direct dans ce conflit malgré les demandes de Donald Trump. Et avec ce refus de survol, elle marque qu’elle ne veut pas non plus offrir de soutien logistique aux opérations israélo-américaines. En revanche,
Emmanuel Macron a ordonné le déploiement en Méditerranée orientale du porte-avions Charles de Gaulle. La mesure vise à assurer la protection de la
France ainsi que de ses ressortissants et ses bases au Moyen-Orient. Mais pour
Emmanuel Macron, il s’agissait aussi d’assurer la sécurité des « alliés dans la région ».
Paris a signé des accords de défense avec trois pays du Golfe qui se retrouvaient sous le feu de l’
Iran : le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis. Aux yeux des monarchies pétrolières, cette guerre israélo-américaine a déstabilisé la région. À l’opposé, la
France veut être perçue comme une force de stabilisation. Et cette position est appréciée par des dirigeants très attachés au calme pour poursuivre le développement économique de leurs pays. Une source aux Émirats confiait à RFI que ce conflit révélait qui sont les véritables alliés des pays du Golfe. La
France, au contraire des États-Unis, était de ceux-là. À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: la Chine et le Pakistan présentent un plan en cinq points pour une résolution du conflit Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail