Publié le 02/04/2026 05:53 Mis à jour le 02/04/2026 08:31 Une voiture est à l'arrêt près du pont Qasmiyeh, dans le sud du Liban, que l'armée israélienne a bombardé le 23 mars 2026. (KAWNAT HAJU / AFP) Après un mois de frappes israéliennes, les capacités opérationnelles de la milice chiite libanaise restent actives, malgré des pertes humaines et matérielles importantes. Dans les messages qu'il transmet à ses proches, ce combattant du
Hezbollah ne s'étale pas. "Etat de la motivation ? – Intact. – Objectifs à atteindre ? – Inchangés, good, good..." Au bout du fil, l'homme de 60 ans raconte avoir perdu "deux frères d'armes" sous ses yeux récemment et "une dizaine depuis deux ans". Dans la soirée du mardi 31 mars, après avoir raccroché le téléphone, il s'apprêtait pourtant à quitter
Beyrouth et à reprendre la route du sud, celle des combats.Un mois après l'entrée en guerre de la milice chiite libanaise contre Israël en soutien au parrain iranien, le
Hezbollah paraît toujours en capacité de contenir les avancées de
Tsahal, et même parfois de contre-attaquer. "C'est assez paradoxal car il n'a jamais été autant affaibli que maintenant, notamment après les lourdes pertes subies ces derniers mois, en 2023 et 2024. Pour autant, il fait preuve de robustesse", analyse
Didier Leroy, chercheur à l'école royale militaire de Belgique et spécialiste de la milice chiite. "Même si le
Hezbollah continue de perdre des hommes, des ressources et du matériel, il n'est pas dans le même état que le
Hamas. Pour le moment, il se relève toujours et s'adapte.""On estime que le
Hezbollah a perdu entre 5 et 10% grand maximum de ses forces vives armées. Ses capacités opérationnelles restent donc extrêmement actives."
Didier Leroy, chercheurà franceinfoCombien d'hommes du
Hezbollah sont aujourd'hui engagés dans les combats contre l'armée israélienne ? Le chiffre exact n'est pas connu. Avant d'être tué dans une frappe israélienne en septembre 2024, le défunt chef du
Hezbollah,
Hassan Nasrallah, revendiquait un effectif de 100 000 hommes. "On parle aussi de 25 000 combattants à temps plein. Mais c'est très difficilement vérifiable", met en garde
Didier Leroy.Consultant en défense et sécurité,
Nicholas Blanford fait une autre estimation. Basé à
Beyrouth, lui juge, sources à l'appui, que l'organisation "a engagé jusqu'à 30 000 combattants dans la bataille, dont certains issus de l'unité d'élite Radwan actuellement déployée au Sud-Liban". Des hommes "bien entraînés, motivés et impatients de combattre", écrit le chercheur sur le site Atlanticcouncil.org."Le caractère existentiel de ce conflit pour le régime iranien, et peut-être aussi pour le
Hezbollah, a contribué à galvaniser le sentiment idéologique et religieux et à dynamiser les combattants."
Nicholas Blanford, chercheursur le site Atlanticcouncil.orgFilippo Dionigi, lui, se garde bien de s'aventurer sur un chiffre. Néanmoins, selon ce spécialiste du Proche-Orient, "les guerres et les phases d'attaques constituent un moment où la mobilisation du sentiment populaire est particulièrement importante". "C'est donc probablement le moment idéal pour recruter davantage de combattants", estime l'enseignant à l'université de Bristol (Royuame-Uni).Le
Hezbollah, dont la branche armée figure sur la liste des organisations terroristes de l'Union européenne, n'a évidemment pas la capacité militaire de
Tsahal, notamment dans les airs. Mais l'incursion des troupes israéliennes dans le sud du Liban, et potentiellement jusqu'au fleuve Litani, contraint le groupe armé à réajuster sa stratégie. Une approche plus décentralisée, moins statique, avec une rotation rapide des combattants. "Le
Hezbollah est aujourd'hui composé de troupes ultra-mobiles, ultra-dispersées sur le terrain", appuie
Didier Leroy. "On a affaire à des formations plus petites qui fonctionnent de manière plus autonome qu'avant. Moins besoin de communiquer entre elles, moins besoin de se déplacer, moins besoin de se découvrir." Des soldats israéliens sont en position dans le nord de la Galilée, près de la frontière avec le Liban, le 29 mars 2026. (JALAA MAREY / AFP) Des petites unités, plus flexibles, qui s'inspirent des principes de la guérilla, et qui compliquent les opérations israéliennes. "Cette façon d'opérer grâce à des forces plus dispersées a évidemment pour but d'essayer de faire payer le plus de frais possible aux forces israéliennes", continue Filippo Dionigi.
Didier Leroy acquiesce. "Sur le plan terrestre, la logique du
Hezbollah est exclusivement défensive. Elle consiste à essayer d'attirer les troupes israéliennes dans des zones préalablement piégées. Des chars israéliens sont d'ailleurs régulièrement pris dans des embuscades.""Le
Hezbollah cherche à épuiser progressivement Israël, en transformant le Sud-Liban en bourbier. En infligeant des coûts constants, ils comptent éroder la capacité politique et militaire israélienne."
Didier Leroy, chercheurà franceinfoFin connaisseur du terrain, le général de brigade libanais Hassan Jouni confirme lui aussi que le
Hezbollah s'est "éloigné d'une stratégie de défense fixe pour adopter un modèle plus dynamique et flexible, permettant une plus grande mobilité et une meilleure adaptabilité sur le champ de bataille". "Israël, de son côté, semble tâter les capacités défensives du
Hezbollah, testant sa coordination, son moral et sa préparation au combat, tout en évitant une escalade immédiate vers un assaut terrestre de grande envergure", explique-t-il dans le quotidien Asharq al-Awsat. Début mars, une enquête citée par Reuters évaluait à environ 50 millions de dollars le budget mensuel du
Hezbollah. Des fonds largement alimentés par l'
Iran, mais aussi complétés par ses propres structures économiques et industrielles. "Le
Hezbollah a toujours su développer une certaine autarcie économique", complète
Didier Leroy. "Même si le parrain iranien donne moins en ce moment, les réserves même diminuées restent importantes.""Il y a toujours eu eu divers canaux de financements, l'impôt islamique, l'import-export de voitures de seconde main vers l'étranger, les céréales, les pierres semi-précieuses, les textiles, les stupéfiants, les dons personnels de la diaspora..."
Didier Leroy, chercheurà franceinfoIsraël l'a bien compris. Pour asphyxier le portefeuille du
Hezbollah,
Tsahal a visé à plusieurs reprises des succursales de la société Al-Qard al-Hassan, qui constitue l'un des organes de puissance financière de la formation pro-iranienne. Ensuite, pour assécher la milice armée en matériels, elle s'est mise à détruire tous les ponts qui enjambent le fleuve Litani, dans le sud du Liban. Selon l'armée israélienne, ces infrastructures permettaient le passage "du
Hezbollah et d'armes". Situé dans le sud du Liban, le pont de Tayr Falsay a été détruit par une frappe aérienne israélienne, le 13 mars 2026. (KAWNAT HAJU / AFP) Si ces destructions pourraient ralentir les opérations du
Hezbollah, elles ne les anéantiront pas pour autant, anticipent les experts joints par franceinfo. "La zone est bien trop étendue pour imaginer que le Sud et le Nord ne soient plus accessibles du tout", note
Didier Leroy."La destruction de ces ponts, qui sont des infrastructures civiles, est dévastatrice : elle exacerbe encore le sentiment d'hostilité que les Libanais ont à l'égard des actions israéliennes dans leur pays."Filippo Dionigi, enseignant-chercheurà franceinfoDans son dernier discours retransmis par la chaîne al-Manar le 13 mars, l'actuel chef du
Hezbollah Naïm Qassem a rappelé à la population que la guerre en cours était "une bataille existentielle" et que "la reddition" n'était "pas une option". Prévoyant "une confrontation longue", il assurait vouloir "aller jusqu'au bout". Le chef du
Hezbollah Naïm Qassem, prononçant un discours, sur la chaîne libanaise al-Manar. (AL-MANAR) "Jusqu'au bout" mais jusqu'où ? De plus en plus de Libanais reprochent au mouvement chiite d'avoir précipité leur pays dans une nouvelle guerre. Selon le dernier bilan des autorités, les frappes israéliennes ont fait au moins 1 300 morts en un mois. Plus d'un million de personnes ont également été déplacées, ce qui représente près de 20% de la population libanaise. Louis Bielle-Biarrey, joyau du XV de France et du Tournoi Concerts de Céline Dion : attention aux arnaques en ligne Tiger Woods passe un appel au président avant son arrestation Risque d'effondrement : des immeubles évacués à Honfleur Pourquoi le diesel va continuer à coûter (très) cher en France Champions Cup : quelles chances pour les clubs de rugby français ? Apologie du terrorisme : l'eurodéputée Rima Hassan en garde à vue Collèges et lycées : pourquoi un classement ne suffit pas Autoroutes : bientôt un remboursement des péages ? Crise du pétrole : un surplus de recette pour l'État Rima Hassan placée en garde à vue pour apologie du terrorisme On a visité une salle adaptée au public autiste lors d'un match au Stade de France Qui est Balendra Shah, ce rappeur devenu Premier ministre du Népal ? "C'est beaucoup plus long, plus dur", Guirec Soudée, le skipper qui a battu le record du monde à l'envers Plus d'une centaine d'élèves internes évacués après un incendie à Lyon Vacances : l’essence chère pousse les Français à partir moins loin Couple de retraités tué dans son pavillon : leur petite-fille en garde à vue Le coup de pression de ce maire RN sur des lycéens Journaliste enlevée en Irak : qui sont les ravisseurs ? Molly, une chienne disparue depuis 7 jours, secourue en Nouvelle-Zélande