Dans son adresse aux Américains mercredi,
Donald Trump exhorte les pays impactés par le blocage du détroit d'Ormuz pour leur approvisionnement en pétrole à en reprendre eux-mêmes le contrôle. "Les États-Unis sont beaucoup moins frappés que les Européens et les Asiatiques par la hausse des cours", d'après
Guillaume Lagane, spécialiste en relations internationales. Publié le 02/04/2026 12:30 Mis à jour le 02/04/2026 12:35
Donald Trump lors de son adresse aux Américains à la Maison-Blanche le 1er avril 2026 (ALEX BRANDON / POOL) Pas d’annonce dans l’allocution de
Donald Trump au peuple américain, mercredi 1er avril. Il a de nouveau tenté de convaincre son opinion publique de la nécessité de la guerre contre l’
Iran, qu'il a promis de frapper "durement" durant les deux à trois prochaines semaines. Il a affirmé que l’intervention américaine serait bientôt terminée et que les objectifs stratégiques des États-Unis étaient quasiment atteints. Sur la question des énergies fossiles,
Guillaume Lagane, maître de conférences à
Sciences Po, spécialiste des questions de défense et de relations internationales, et auteur de Géopolitique de l'
Europe, crépuscule d'une puissance ? publié aux Presses universitaires de France, rappelle que les États-Unis "avec le pétrole et le gaz de schiste, sont devenus producteurs et exportateurs nets."Franceinfo : dans son discours,
Donald Trump affirme que "les objectifs sont atteints", est-ce vrai ?
Guillaume Lagane : Les objectifs des États-Unis et d'Israël étaient incertains dès le départ, mais le changement de régime avait quand même été abordé. Aujourd'hui,
Donald Trump n’en parle plus, il parle d'un affaiblissement de l'
Iran. Viser les capacités militaires iraniennes, ses capacités balistiques en particulier, était un objectif un peu secondaire, mais on peut noter qu’effectivement, l'
Iran tire beaucoup moins de missiles sur Israël et les États du Golfe qu'auparavant.
Donald Trump parle de sites nucléaires neutralisés et sous surveillance, Israël et les États-Unis sont-ils débarrassés de la menace nucléaire iranienne ?Les capacités nucléaires iraniennes ont été durement atteintes en 2025 pendant la guerre des 12 jours. Mais on sait que l'
Iran conserve de l'uranium enrichi, les fameux 400 kilos, dont on ne sait pas ce qu’ils sont devenus. Donc il n'y a pas vraiment de progrès de ce point de vue-là. Ce qui est certain, c'est que
Donald Trump n'a pas fait d'allusion à la possibilité d'une opération terrestre pour s'emparer de cet uranium.Il n'a pas évoqué l’Otan, alors qu’il y a quelques jours Marco Rubio, le chef de la diplomatie américaine, donnait le sentiment qu'il voulait en sortir. Est-ce un signe positif ?
Donald Trump n'en a pas parlé, contrairement à ce que certains observateurs prédisaient, et c'est effectivement quelque chose de positif, même si ça signifie probablement que les pressions sur les pays européens pour qu'ils interviennent dans le conflit vont se perpétuer. La sortie de l’Otan est une vieille idée de
Donald Trump, ce n’est pas la première fois qu’il en parle. Il n’a pas pour autant tiré un trait dessus, mais je pense que son entourage, et en particulier Marco Rubio, lui a expliqué que ce serait une très mauvaise opération pour les États-Unis eux-mêmes, qui aujourd'hui sont la puissance dominante de l'Alliance.La sortie de l'Otan serait une très mauvaise opération pour les États-UnisGuillaume Lagane, maître de conférences à
Sciences Po, spécialiste des questions de défense et de relations internationalesFranceinfoLa phrase de
Donald Trump, "Achetez-nous du pétrole et achetez-vous du courage" s'adresse à nous, Européens, ou aux pays asiatiques ?Je pense qu'elle s'adresse aux deux. Elle nous rappelle d’une part qu'il y avait une sorte de répartition des rôles dans la géopolitique mondiale. Les Européens et les Asiatiques déléguaient leur sécurité aux États-Unis. Il y a une volonté de la part des États-Unis de rééquilibrer ces relations en demandant aux Européens d'investir davantage dans leur sécurité, aussi bien dans le Golfe qu’à propos de l'Ukraine. Elle nous rappelle d'autre part que les États-Unis sont beaucoup moins frappés que les Européens et les Asiatiques par la hausse des cours, car depuis une vingtaine d'années, avec le pétrole et le gaz de schiste, ils sont devenus producteurs et exportateurs nets. En cela, la hausse du prix du baril fait les affaires d'un certain nombre d'intérêts américains. Cela dit, les États-Unis et les consommateurs américains ne sont pas épargnés par la hausse des cours. On est passé d'environ 70 dollars le baril avant la guerre à 105 aujourd’hui. C'est beaucoup, même si c’est moins que ce qu'on avait connu lors des deux premiers chocs pétroliers. "
Donald Trump n'a pas fait d'allusion à la possibilité d'une opération terrestre pour s'emparer de l'uranium iranien."
Guillaume Lagane, maître de conférences à
Sciences Po, spécialiste des questions de défense et de relations internationalesFranceinfoQuel est le poids de la donne politique intérieure dans ce discours de
Donald Trump, avec les midterms et le risque d’une défaite des Républicains qui se profile ? Les midterms, c'est encore très loin, ces élections auront lieu en novembre. Le public américain, comme souvent, va regarder ce qui s'est passé dans les dernières semaines. Sur le plan intérieur, cette guerre est effectivement assez impopulaire, à cause notamment de l'économie, mais la base électorale de
Donald Trump le soutient massivement.
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