Le 4 avril 2026 à 11h12 Dans une étude publiée en mars, l’Université de Clemson recense 62 comptes affiliés au Corps des gardiens de la révolution islamique, dont 47 sur
X et 9 sur
Instagram. Les vidéos, publiées depuis le 28 février, ont rapidement totalisé plus de 145 millions de vues. Passer la publicité Passer la publicité Transpirant à grosses gouttes à la table de jeux d’un casino,
Donald Trump apparaît sous la forme d’une figurine Lego. Il lance deux dès, dont les faces sont des drapeaux iraniens. La séquence d’après, un diable installé à un bureau sur lequel trônent les drapeaux américain et israélien hôte sa casquette «MAGA», pour «Make America Great Again», le slogan de l’actuel président des États-Unis. Il la remplace par un couvre-chef ciglé «MIGA». Comprendre : «Rendre à l’
Iran sa grandeur.» Les séquences s’enchaînent : un porte-avions de l’
US Navy explose, des missiles iraniens sont lancés par centaines,
Donald Trump tombe dans un piège, appâté par un baril de pétrole, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou éructe, le locataire de la Maison-Blanche tombe à terre sous le poids des «Epstein Files»... «L.O.S.E.R — ouais, on épelle ton nom, Tu as envoyé tes soldats à l’abattoir, toi seul es à blâmer, Tu saignes pour une marionnette pendant que tu trembles dans ton costume, L.O.S.E.R, goûte la cendre de la défaite», accompagne en fond une musique rap à la mélodie virale Les réseaux sociaux regorgent de vidéos comme celle-ci. Au début du conflit entre les États-Unis et Israël contre l’
Iran, le 28 février dernier, Washington s’est rapidement distinguée en publiant quotidiennement des vidéos montages, sur
X notamment, pour vanter ses succès militaires et prophétiser la défaite de l’
Iran. Maniant à la perfection les codes numériques, les vidéos mélangeaient de véritables images d’opérations militaires avec des codes des jeux vidéo (GTA, Call of Duty...) ou des films les plus connus de la pop culture. Le 12 mars par exemple, la Maison-Blanche a publié un montage inspiré du célèbre jeu vidéo Wii Sports. On y voit une scène de bowling façon jeu vidéo entrecoupée de réelles vidéos de missiles où chaque frappe devient un strike. Une «gamification», voire une «trollisation», de la guerre reprise à son compte par Téhéran. Passer la publicité TikTok «à l’origine de 72 % du total des vues» Selon un rapport publié le 30 mars par la société israélo-américaine
Cyabra, notamment spécialisée dans la détection de la désinformation en ligne, ces vidéos ont cumulé «plus de 145 millions de vues» sur les réseaux sociaux
X, Facebook et TikTok «en moins de deux semaines» - l’étude couvre une période allant du 28 février au 23 mars 2026. Dans l’une d’elles, des communautés, peuples, ou groupes de personnes ayant été victimes au cours de l’histoire américaine - les Amérindiens, les Africains-Américains, les femmes du scandale Jeffrey Epstein, les enfants de Gaza, les victimes du vol
Iran Air 655, de la guerre du Vietnam ou des bombes nucléaires à Hiroshima -, eux aussi incarnés par des Lego, appuient chacun leur tour sur un bouton pour lancer des missiles. Ces derniers abattent la Maison-Blanche, le Titanic, la Statue de la Liberté, le siège des Nations unis... Avec un message : «Une seule vengeance pour tous.» D’après l’étude de
Cyabra, «19 % des comptes analysés étaient inauthentiques, amplifiant à grande échelle la diffusion de deepfakes générés par l’IA et de fausses images de guerre». Plus précisément, le réseau TikTok, prisé des jeunes générations, «était à l’origine de 72 % du total des vues de la campagne, soit plus de 105 millions». Les vidéos sont également très relayées sur
X. Vendredi 3 avril, le compte @ExplosiveMediaa, particulièrement actif, a par exemple publié une vidéo mettant en scène un pilote d’avion américain poursuivi dans le désert par des Lors, un peuple iranien indigène, armés. Une autre séquence montre un Lors abattre un avion de chasse de l’US Air Force. Une référence à l’un des avions américains abattu ce vendredi au-dessus de l’
Iran par un système de défense aérienne dont l’un des deux occupants est toujours recherché. Une propagande numérique relayée jusque sur le compte de l’ambassade iranienne en Thaïlande. Une production de contenu «centralisée» Selon les enquêtes de
Cyabra, «les mêmes vidéos générées par IA et des légendes quasi identiques sont apparues sur de nombreux comptes sans lien entre eux, ce qui indique une production de contenu centralisée. Des groupes de hashtags fixes, tels que #standwithiran, #westandwithiran, #prayforiran, #khamenei, #iranwar, #israelterroriststate et #usterroriststate, ont été utilisés de manière systématique pour amplifier la portée des publications». Par exemple, pour la seule journée du jeudi 5 mars, au sixième jour de la guerre, 1053 publications ont été mises en ligne à 7 heures, suivies de 1191 autres à 11 heures, «des pics de publication synchronisés incompatibles avec une activité organique». De même, «la récurrence de ces hashtags, la similitude du discours et des schémas de coordination lors d’événements distincts suggèrent une opération d’information soutenue et continue, plutôt qu’une réaction spontanée à l’actualité». Passer la publicité Des comptes affiliés aux Gardiens de la Révolution Dans une étude publiée le 11 mars dernier, l’Université de Clemson (Caroline du Sud) recense de son côté 62 comptes affiliés au Corps des gardiens de la révolution islamique, dont 47 sur
X et 9 sur
Instagram. «Ces comptes peuvent être regroupés en deux ensembles : un premier opérait en espagnol en prétendant être situé dans les Amériques, et un second opérait en anglais en prétendant être situé dans les îles Britanniques. Parmi les premiers figurent des comptes affirmant se trouver au Texas, en Californie, au Venezuela et au Chili, tandis que les seconds disent être basés en Écosse, en Angleterre et en Irlande», notent les auteurs. Nombre de ces comptes avaient déjà, en septembre 2024, été reliés aux Gardiens de la Révolution. Une précédente campagne visait le Royaume-Uni et promouvait des récits autour de l’indépendance écossaise. Avant le début de la guerre en
Iran, les comptes espagnols, dits «latinos», suivis en moyenne par 300 abonnés, «partageaient notamment des visuels anti-interventionnistes dénonçant l’extraction par les États-Unis du président vénézuélien Nicolas Maduro le 3 janvier. Ils publiaient également des contenus anti-Machado, anti-Trump, anti-ICE, anti-impérialistes et propalestiniens», note l’université de Clemson. Ceux basés dans les Îles britanniques relayaient des contenus anti-Labour, antiUnion, anti-Starmer et anti-famille royale. Mais vingt-quatre heures après le début du conflit, «les comptes de cette campagne ont commencé à publier de la propagande iranienne sur la guerre». «Ce nouveau contenu a supplanté les récits précédemment mis en avant. Le ton est devenu ouvertement pro-iranien. Les publications critiquaient le président Trump et le premier ministre Netanyahou, promouvaient des contenus présentés comme montrant des frappes de missiles iraniens, et soulignaient la mort d’enfants et de civils en
Iran». Outre les mises en scène avec les Lego, d’autres vidéos ont relayé des trucages d’images réelles comme la supposée explosion d’une ambassade américaine qui était en réalité un accident de voiture en Arabie saoudite. «L.O.S.E.R», Affaire Epstein, «Make
Iran Great Again» : comment l’
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