Dans un long récit, deux journalistes du "
New York Times" racontent les coulisses de cette décision, poussée par
Benyamin Nétanyahou, malgré des doutes au sein de l'administration américaine. Le président
Donald Trump tient une conférence de presse dans la salle James S. Brady, à la
Maison Blanche, à
Washington (Etats-Unis), le 6 avril 2026. (CELAL GUNES / AFP) Un pari aux conséquences désastreuses. Dans un long récit publié mardi 7 avril, le
New York Times reconstitue comment, au fil de réunions secrètes,
Donald Trump a fini par engager les Etats-Unis aux côtés d'
Israël contre l'
Iran. Le quotidien américain raconte un tête-à-tête politique et militaire aux conséquences vertigineuses : d'un côté, un
Benyamin Nétanyahou déterminé à arracher l'appui américain, de l'autre, un
Donald Trump plutôt facile à convaincre, sensible à la promesse d'une opération rapide, spectaculaire et décisive. En filigrane, le récit d'une décision prise dans un cercle très restreint, malgré les doutes et les mises en garde de l'administration.
Jonathan Swan et
Maggie Haberman, deux journalistes de la
Maison Blanche et coauteurs d'un livre à paraître sur la présidence Trump, remontent le fil de cette séquence. Leur récit montre comment le président américain a peu à peu écarté les réserves de ses conseillers pour suivre son intuition et, surtout, la lecture israélienne du rapport de force avec Téhéran.Tout commence le 11 février, peu avant 11 heures, quand le SUV noir de
Benyamin Nétanyahou franchit les grilles de la
Maison Blanche. Le Premier ministre israélien, qui pousse depuis des mois pour une offensive majeure contre l'
Iran, est discrètement conduit à l'intérieur. Selon le
New York Times, la réunion qui s'ouvre alors va peser lourd dans la suite des événements.Après un premier échange dans la Cabinet Room,
Benyamin Nétanyahou descend dans la Situation Room pour ce qui constitue le cœur de sa visite : une présentation hautement confidentielle consacrée à l'
Iran.
Donald Trump ne s'installe pas à sa place habituelle, au bout de la table, mais sur le côté, face aux écrans. En face de lui, le chef du gouvernement israélien déroule son argumentaire.Derrière
Benyamin Nétanyahou apparaissent, sur écran,
David Barnea, le patron du
Mossad – le principal service de renseignement israélien –, et plusieurs responsables militaires israéliens. Autour de la table, peu de monde : Susie Wiles, Marco Rubio, Pete Hegseth, le général Dan Caine, John Ratcliffe, Jared Kushner et Steve Witkoff. La réunion a été volontairement resserrée pour éviter les fuites. Même J.D. Vance, le vice-président des Etats-Unis, alors en Azerbaïdjan, n'a pas pu être présent.Pendant une heure,
Benyamin Nétanyahou défend l'idée qu'un changement de régime en
Iran est non seulement souhaitable, mais également à portée de main. Il assure que le programme de missiles balistiques iranien peut être détruit en quelques semaines et que le régime, affaibli, ne sera pas en mesure de bloquer le détroit d'Ormuz ni de frapper sérieusement les intérêts américains dans la région. A l'issue de cette présentation, le président américain tranche d'une phrase, rapportée par le
New York Times : "Ça me paraît bien." Pour
Benyamin Nétanyahou, la réponse ressemble déjà à un quasi-feu vert.Le lendemain, 12 février, les conclusions sont présentées lors d'une nouvelle réunion dans la Situation Room, cette fois entre seuls responsables américains. Les services décomposent la stratégie israélienne en quatre objectifs : tuer l'ayatollah Ali Khamenei, dégrader les capacités militaires iraniennes, provoquer un soulèvement populaire puis installer un pouvoir laïc à Téhéran. Selon eux, les deux premiers objectifs sont plausibles. Les deux autres le sont beaucoup moins.John Ratcliffe, le directeur de la CIA, résume sévèrement les scénarios de changement de régime présentés par les Israéliens : ils sont, dit-il, "farfelus" selon le
New York Times. Même si un basculement politique n'est jamais totalement impossible dans une guerre, les services estiment qu'il ne peut en aucun cas être considéré comme un objectif atteignable.J.D. Vance, revenu d'Azerbaïdjan, exprime lui aussi son scepticisme. Il plaide d'abord pour l'absence de frappes.
Donald Trump se tourne alors vers le général Dan Caine. Le chef d'état-major des armées, prudent, explique que les Israéliens ont l'habitude de "survendre" leurs plans, d'en amplifier les promesses parce qu'ils savent qu'ils ont besoin des Etats-Unis. Il ne balaie pas l'opération, mais il en souligne les angles morts. Le vice-président des Etats-Unis JD Vance, la directrice du renseignement national Tulsi Gabbard et le secrétaire au Trésor Scott Bessent dans la Situation Room à
Washington (Etats-Unis), le 28 février 2026. (THE WHITE HOUSE / AFP)
Donald Trump, lui, semble retenir autre chose. Le changement de régime ? Ce sera, dit-il, "leur problème". Personne ne sait s'il parle alors des Israéliens ou des Iraniens. Mais une chose devient claire : sa décision ne dépendra pas de la faisabilité d'un soulèvement populaire ou d'un renversement du pouvoir. Ce qui l'intéresse, c'est le reste : tuer les principaux dirigeants iraniens et réduire la capacité militaire de Téhéran.Au fil des jours, le général Caine alerte sur plusieurs risques majeurs. Une campagne d'ampleur contre l'
Iran pourrait vider les stocks américains de munitions, déjà entamés par les soutiens à l'Ukraine et à
Israël. Elle compliquerait aussi la sécurisation du détroit d'Ormuz et exposerait les Etats-Unis à un blocage aux conséquences mondiales. Mais, d'après le récit du quotidien américain, le président continue de croire qu'il s'agira d'une guerre rapide.Dans l'entourage de
Donald Trump, certains tentent encore d'éviter une guerre. Tucker Carlson, éditorialiste et animateur de télévision proche du président américain, met en garde contre un conflit qui pourrait détruire sa présidence.
Donald Trump le rassure à travers ces mots, selon le quotidien américain : "Je sais que ça vous inquiète, mais tout ira bien… Parce que ça va toujours." Fin février, un renseignement change la donne. L'ayatollah Ali Khamenei doit apparaître à ciel ouvert, entouré de hauts responsables iraniens. Une cible rare, peut-être éphémère. Dans le même temps,
Donald Trump laisse une ultime chance à la diplomatie, tout en poursuivant les préparatifs militaires.Le 26 février, une dernière réunion se tient dans la Situation Room. Tout a déjà été discuté. J.D. Vance s'y oppose encore, mais promet de suivre. Marco Rubio trace une ligne : pas de changement de régime mais si l'objectif est de détruire le programme de missiles de l'
Iran, c'est un objectif que les Etats-Unis peuvent atteindre. Autour de la table, personne ne s'oppose frontalement au président. La décision revient désormais à un seul homme.La décision finit par tomber. "Je pense qu'il faut le faire", dit
Donald Trump, selon le récit rapporté par le
New York Times. Il insiste sur deux impératifs : empêcher l'
Iran d'obtenir l'arme nucléaire et de continuer à tirer des missiles sur
Israël ou dans la région. Le général Caine lui précise qu'il a encore un peu de temps pour décider, jusqu'à 16 heures, au lendemain, le 28 février.Mais le président n'attend pas jusque-là. Le 28 février, dans l'après-midi, à bord d'Air Force One, vingt-deux minutes avant l'échéance fixée, il envoie l'ordre final. Le
New York Times le cite en toutes lettres : "Operation Epic Fury is approved. No aborts. Good luck." ("L'opération Epic Fury est approuvée. Pas d'annulation. Bonne chance.") Classement sans suite autour d'un "prétendu" produit stupéfiant pour Rima Hassan Tout comprendre à la déclaration d’impôts sur le revenu 2026 "La France souhaite rester prévisible", dit Roland Lescure à propos de l'imprévisibilité de
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