Le 10 avril 2026 à 06h15 Initialement porté par
Les Républicains, le texte a été repris par les députés du groupe parlementaire présidentiel «
Ensemble» Gonzalo Fuentes / REUTERS Soutenue par le gouvernement, la proposition de loi visant à autoriser certains salariés à travailler le 1er mai doit être examinée ce vendredi. Les débats s’annoncent agités. Passer la publicité Passer la publicité La fin d’un sinueux chemin parlementaire ? Ce vendredi, l’
Assemblée Nationale examine à son tour une proposition de loi visant à autoriser certains salariés à travailler le 1er mai, sur la base du volontariat et moyennant un doublement de leur rémunération. Un texte court, constitué d’un article unique seulement, mais dont le sujet avait déclenché une intense polémique l’an dernier, lorsque plusieurs professions, dont les boulangers et fleuristes, demandaient de pouvoir faire travailler leurs salariés ce jour-ci. À découvrir EN DIRECT - Travail le 1er mai : «On nous vole encore un jour» dénonce
Sophie Binet, réunion sous haute tension avec les syndicats ce lundi Porté dans un premier temps au
Sénat, le texte avait été adopté en juillet dernier, à 228 voix contre 112. Les députés vont pouvoir prendre le relais de leurs collègues grâce au groupe macroniste EPR, qui a inscrit le texte dans sa niche parlementaire, ce 10 avril. Passer la publicité Pour
Thibault Bazin (LR), rapporteur du texte, la proposition de loi «n’a rien à voir avec la suppression de deux jours fériés par
François Bayrou», mais vise uniquement à garantir la «sécurité juridique» des commerces désireux d’ouvrir le jour de la fête du travail. Depuis 1947, avec l’instauration de dérogations pour «les établissements et services qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail», le chômage obligatoire du 1er mai restait entouré d’un flou juridique. Une jurisprudence de la
Cour de cassation en 2006 a même renforcé cette incertitude, en appelant l’État à arbitrer les situations «au cas par cas». À lire aussi Ces parlementaires qui veulent permettre aux Français de travailler le 1er mai Zone grise juridique Dans les faits, pour des raisons d’usage et de continuité de la vie sociale, de nombreux établissements (boulangeries, fleuristes) continuaient d’exercer sans relever clairement de ces dérogations. La recrudescence récente des contrôles, qui avait mené à une bronca de professionnels en 2025, a convaincu les députés de se pencher de nouveau sur le sujet. «De 2023 à 2025, des procès-verbaux ont été dressés à l’encontre de boulangers au motif qu’ils travaillaient le premier mai», rappelle
Thibault Bazin. Des cas rares, mais à l’effet dissuasif réel : «Par peur de contentieux et de procédures longues, la plupart des boulangers ont préféré fermer le 1er mai de l’année suivante». Le texte vise donc à lever cette zone grise en établissant une liste claire de professions autorisées à travailler le jour de la fête du Travail, sur la base du volontariat. Seraient ainsi concernés «les établissements dont l’activité exclusive est la vente de produits alimentaires au détail», ceux «assurant, à titre principal, la fabrication ou la préparation de produits alimentaires destinés à la consommation immédiate», ainsi que «les établissements exerçant, à titre principal, une activité culturelle», comme les cinémas et les théâtres. Grogne des syndicats Sans surprise, la proposition de loi continue de susciter un intense débat. Elle emporte notamment le soutien du patronat : dans un communiqué, la CPME appelle les élus à soutenir ce texte, qui «répond à une attente concrète du terrain» et «relève du bon sens, car cette proposition de loi défend la liberté de travailler, soutient les commerces de proximité et met fin à une incohérence juridique qui pénalise inutilement des entrepreneurs et leurs salariés volontaires». En face, les syndicats restent vent debout. Dans une lettre adressée aux députés, l’intersyndicale (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, UNA, Solidaires, FSU) accuse le gouvernement d’aller à l’encontre des «petits commerces indépendants de proximité», qui «pouvaient jusqu’ici déjà ouvrir ce jour-ci sans subir la concurrence des grandes entreprises». Elle fustige aussi la notion de «volontariat», qui «n’existe pas réellement du fait du lien de subordination inhérent au contrat de travail». L’affront est aussi symbolique pour les syndicats, qui y voient une tentative de désacralisation d’une journée «commémorant les luttes pour les droits des travailleuses et des travailleurs». À lire aussi Comment la Fête du travail est devenue le symbole des luttes sociales Passer la publicité Pour
Thibault Bazin, les critiques manquent leur cible. «Le texte concerne des TPE, avance le député de Meurthe-et-Moselle. On ne permet pas à une Fnac ou un Cultura d’ouvrir, à des grands groupes où la notion de volontariat ne fonctionne pas. Dans les TPE, le rapport au salarié est très humain alors le volontariat ne pose pas de difficulté», abonde l’élu. Le flou juridique persiste toutefois pour l’ouverture des grandes enseignes culturelles, comme la Fnac. Si, en première lecture, les sénateurs se sont accordés sur une formulation - «établissements exerçant, à titre principal, une activité culturelle» - censée exclure ce type de magasins, l’incertitude demeure. Il faudra ainsi attendre un décret du Conseil d’État, précisant «les catégories d’établissements concernés» afin de connaître le sort de ce type d’enseigne. LFI veut créer 7 nouveaux jours fériés Faute de pouvoir réunir une majorité contre le texte, La France Insoumise semble miser sur l’obstruction parlementaire pour empêcher son adoption. Sur les plus de 200 amendements déposés en marge de l’examen du texte, près de 100 ont été déposés par le parti d’extrême-gauche, par l’intermédiaire de ses députés Ersilia Soudais et Thomas Portes. Parmi les tombereaux d’amendements, 7 visent à instaurer de nouveaux jours fériés. Entre autres, le 26 juin, pour célébrer la révolution de 1848, le 4 août, en souvenir de l’abolition des privilèges ou encore le 16 janvier, pour commémorer l’instauration de la cinquième semaine de congés payés. Plus étonnant, les insoumis proposent l’instauration d’un jour férié le 30 juin pour célébrer les «amitiés», «une notion politique au potentiel révolutionnaire, outil décisif de lutte contre le patriarcat» peut-on lire sur le texte déposé par le groupe de gauche. Un autre amendement, déposé par la députée Ersilia Soudais a simplement vocation à «relever l’indécence de la proposition de loi». De son côté,
Thibault Bazin se veut confiant sur l’avenir du texte : «Nous avons obtenu une majorité en commission, c’est un signal positif des équilibres dans l’hémicycle. De plus, le texte initial a été corrigé pour que ses effets soient très limités». Si l’Assemblée adopte le texte dans les mêmes termes que le
Sénat, ses dispositions pourraient entrer en vigueur dès le 1er mai 2026, la promulgation d’une loi par le président de la République s’effectuant dans les 15 jours suivant son approbation par les deux chambres. En revanche, en cas de changement, la mise en œuvre d’une commission mixte paritaire pourrait rendre son application dès cette année plus incertaine. «Sécurité juridique» ou «indécence» ? Le projet d’extension du travail le 1er mai arrive à l’
Assemblée Nationale ce vendredi S'ABONNER 1er Mai : les syndicats s’énervent, Matignon temporise Dans un courrier adressé à Sébastien Lecornu, les huit principales organisations syndicales dénoncent le « passage en force » du texte à l’
Assemblée Nationale. 1er mai : quelles professions seraient concernées par l’élargissement de l’autorisation de travailler ? Alors que les syndicats appellent l’exécutif à «respecter la démocratie sociale», Matignon compte sur une commission mixte paritaire pour faire passer le texte avant la fin du mois. Comment la Fête du travail est devenue le symbole des luttes sociales RÉCIT - Il y a 140 ans, la condamnation à mort de leaders syndicaux américains a inscrit cette date comme un symbole de la lutte des travailleurs. Laurence de Charette: «L’homme, cet animal religieux» LE BLOC-NOTES - Loin de chasser Dieu, la modernité pourrait lui ouvrir, y compris à son insu, ou même contre son gré, d’autres horizons. 1er-Mai : la gauche se réunit à Dunkerque, sans Mélenchon et Roussel qui défileront à Paris et Valenciennes La gauche syndicale et partisane rêve d’un «1er-Mai de masse», dans un contexte économique et social marqué par un chômage en forte hausse et une industrie fragilisée. Entre 100.000 et 150.000 manifestants en France, dissolution de groupes d’ultragauche... Ce qui est prévu pour le 1er mai Selon une source policière, entre 100 000 et 150 000 manifestants sont attendus en France pour la Fête du travail. L’événement, habituellement suivi, requiert un encadrement policier important et la mise en place de mesures préventives. Fête du travail : un boulanger sanctionné pour avoir fait travailler ses salariés un 1er mai Son cas n’est pas isolé et révèle le flou juridique qui entoure les 35.000 boulangeries du pays si elles emploient de la main-d’œuvre le premier jour de mai. Quelles sont les professions qui pourraient travailler le 1er mai, si une proposition sénatoriale est adoptée ? Deux sénateurs centristes ont déposé une proposition de loi pour permettre à plusieurs professions d’ouvrir le 1er mai, sans restrictions et sur la base du volontariat. Météo : qu’est-ce que le seuil de chaleur, qui sera dépassé cette semaine en France ? Le 1er mai sera marqué par des températures supérieures à 25°C sur une grande partie du pays, selon Météo-France. Ouverture des boulangeries le 1er mai : «Un jour par an, on peut peut-être se débrouiller autrement», estime
Sophie Binet «Nous avons conquis le 1er mai comme jour férié sur le sang des ouvriers», a rappelé la numéro un de la CGT, s’opposant ainsi à la demande des boulangers de pouvoir ouvrir le 1er mai avec du personnel.