C’est l’étape la plus critique de la mission. Après s’être aventurée à plus de 406 000 kilomètres de la Terre – plus loin que n’importe quel équipage avant elle – la capsule
Orion doit désormais ramener ses astronautes à bon port. À son bord : les Étatsuniens
Christina Koch,
Victor Glover et
Reid Wiseman, ainsi que le Canadien
Jeremy Hansen. Leur amerrissage est prévu dans la nuit de vendredi à samedi 11 avril, au large de
San Diego. Le sort des futures missions lunaires de la
NASA dépendra du comportement du bouclier thermique d’
Orion, lancé à près de 40 000 km/h dans l’atmosphère. Publié le : 10/04/2026 - 12:28Modifié le : 10/04/2026 - 13:10 5 min Temps de lecture Vue de la Lune et de la Terre, capturée par l'équipage d'
Artemis II, le lundi 6 avril 2026. © AP Un dernier moment de vérité pour la
NASA. « Nous pourrons commencer à nous réjouir quand l'équipage sera en sécurité » à bord du navire chargé de le repêcher, a insisté jeudi
Amit Kshatriya, administrateur adjoint de la
NASA lors d'une conférence de presse. Contrairement aux astronautes de la Station spatiale internationale, qui reviennent d’une altitude d’environ 400 kilomètres, l’équipage d’
Artemis II revient de la Lune, située à près de 400 000 kilomètres. Résultat : une vitesse de retour deux fois plus élevée. Au lieu des 28 000 km/h habituels, la capsule
Orion filera à près de 40 000 km/h. Une énergie colossale qu’il faudra dissiper pour atteindre une vitesse quasi nulle au moment de l’amerrissage. C’est la traversée de l’atmosphère qui assurera l’essentiel du freinage. Mais ce processus transforme aussi cette énergie en chaleur : 2 700 °C, générés par le frottement avec l’atmosphère. De quoi susciter des interrogations au sein même de l’équipage. Interrogé jeudi 9 avril par des journalistes, l’astronaute afro-américain
Victor Glover reconnaît y penser depuis près de trois ans. « Pour ce qui est de l’amerrissage, je vais être honnête : j’y pense depuis le 3 avril 2023, le jour où cette mission nous a été confiée. Lors de l’une de nos premières conférences de presse, on nous a demandé ce que nous attendions avec le plus d’impatience. J’ai répondu : “l’amerrissage”. C’était une blague… mais pas tant que ça. Il faut bien rentrer. » « Traverser l’atmosphère à bord d’une boule de feu, c’est tout aussi marquant. C’est énorme. Ce sont des souvenirs pour toute une vie. Je vais y penser et en parler pour le reste de ma vie, c’est certain ». À lire aussiArtemis II: les astronautes ont fait la moitié du chemin entre la Terre et la Lune Une inquiétude héritée d’Artemis I Pour protéger l’équipage, la capsule
Orion dispose donc d'un bouclier protecteur, composé d'un matériau appelé Avcoat, le même qui avait protégé les capsules Apollo. Au lieu de résister à la chaleur, il brûle lentement et de façon régulière, pour emporter la chaleur au loin avant qu'elle n'atteigne la paroi du vaisseau. Problème : ce système a déjà montré des signes de faiblesse. Lors de la mission Artemis I en 2022 – sans équipage – le bouclier thermique s’est altéré « d’une façon inattendue », selon un rapport technique. Des morceaux entiers du revêtement se sont détachés pendant la descente. En cause : un défaut de perméabilité de l’Avcoat. Les gaz produits lors de la combustion ne pouvaient pas s’échapper correctement, provoquant une accumulation de pression, des fissures, puis l’éjection de fragments. À écouter aussiLionel Suchet: «La particularité d'Artemis I est d'installer une base permanente sur la Lune» Si le vaisseau avait pu amerrir sans problème, la
NASA n'aime pas l'imprévu. Pour cette nouvelle mission, les ingénieurs ont donc modifié le profil d'entrée.
Orion pénétrera plus directement dans l’atmosphère afin de limiter le phénomène de « rebond » observé lors d’Artemis I, qui avait contribué à endommager le bouclier. La chaleur sera plus intense, mais sur une durée plus courte.
Amit Kshatriya, numéro deux de la
NASA est confiant : « Évidemment, nous serons anxieux. Nous serons avec les familles, ensemble, mais nous avons pleinement confiance dans les équipes. Il y a toujours une part de peur irrationnelle… mais je peux vous assurer que je n’ai aucune crainte rationnelle. Nous avons fait le travail, et je fais confiance à l’équipe de vol, à l’équipe de récupération, et à tout ce que nous avons accompli. » Une décision qui a fait couler beaucoup d’encre et qui continue de hanter les plus hauts responsables de la
NASA. Daniel Rasky, ancien ingénieur de l'agence spatiale américaine, parlait dès janvier d'un « risque d'échec total » sur ABC. « C'est comme si vous étiez au bord d'une falaise par temps brumeux. Vous risquez de tomber dans le vide. La
NASA dit que ça a fonctionné pour Artemis I. Ok vous n'êtes pas tombé de la falaise cette fois, l'échec n'est pas garanti… mais vous êtes toujours au bord du gouffre et vous ne savez pas quel mouvement vous emmènera à une issue catastrophique ». La dernière ligne droite Une fois la vitesse réduite à environ 500 km/h, la séquence d’ouverture des parachutes s’enclenchera. La capsule entamera alors sa descente finale sur les 7 à 8 derniers kilomètres, avant d’amerrir au large de
San Diego. Elle sera ensuite récupérée par un navire de la marine américaine. Au même moment, les familles des astronautes suivront l’opération depuis le centre spatial de Houston, véritable cœur de la mission. La mission
Artemis II vise à s'assurer que tout est en ordre pour permettre un retour des Américains sur le sol lunaire afin cette fois d'y établir une base lunaire et de préparer de futures missions vers Mars. La
NASA ambitionne un alunissage en 2028, c'est-à-dire avant la fin du mandat de Donald Trump et la date fixée par leurs rivaux chinois pour marcher sur la Lune. À lire aussiQui possède la Lune? Ce que changent les accords Artemis pour le droit de l’espace Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail