Le 6 avril 2026 à 07h52 Vue de la capsule
Orion prise à l’aide d’une caméra fixée sur l’un de ses panneaux solaires lors d’une inspection externe de routine du vaisseau spatial, le deuxième jour de la mission Artemis II vers la
Lune, le 3 avril 2026.
NASA / REUTERS Doté de récepteurs bien meilleurs que les appareils photos les plus perfectionnés, l’œil humain est très fort pour capter des nuances de couleur, de texture et de relief. Passer la publicité Passer la publicité Ce lundi en fin de journée (heure française), les quatre astronautes de la mission
Artémis 2 seront les premiers depuis plus d’un demi-siècle à observer directement la
Lune. Et ils se serviront à cette occasion d’un instrument plutôt commun : leurs yeux ! « Le meilleur appareil photo qui ait jamais existé », selon
Kelsey Young, responsable scientifique de la mission. « Le nombre de récepteurs dans l’iris dépasse de loin ce qu’un appareil photo est capable de faire », explique le scientifique à l’AFP. Et malgré les bonds technologiques réalisés depuis l’ère Apollo, la
NASA se repose toujours sur la vue de ses astronautes pour en apprendre plus sur l’astre. Bien que moins bons sur certains aspects que les appareils photo derniers cris, nos yeux « sont très doués pour percevoir les couleurs, interpréter le contexte et réaliser les observations photométriques », c'est-à-dire des analyses basées sur l'étude du rayonnement lumineux, abonde la scientifique. Un être humain peut ainsi capter « en littéralement un clin d'œil » une nuance de couleur et comprendre la manière dont un relief diffère selon son illumination, des éléments très intéressants scientifiquement parlant et qui seraient difficiles, voire impossible à obtenir via des photographies ou vidéos. « C'est un outil magique », s'était enthousiasmé
Victor Glover qui pilote la mission
Artémis 2 à l'évocation du sujet avant leur départ. Passer la publicité Deux ans de formation pour apprendre à bien voir Mais encore faut-il savoir s'en servir. Afin de pouvoir tirer le meilleur parti de leurs yeux, les quatre membres de l'équipage ont donc suivi une formation de plus de deux ans. Au programme : enseignements théoriques, expéditions en
Islande et au
Canada pour effectuer des observations géologiques, et multiples simulations de survol de la
Lune destinées à faire d'eux de véritables « scientifiques de terrain », détaille
Kelsey Young, qui les a accompagnés. À lire aussi Artemis 2 : les enjeux d’une mission habitée à haut risque autour de la
Lune pour la
NASA Les trois astronautes Américains Reid Wiseman, Kristina Koch,
Victor Glover et leur collègue canadien Jeremy Hansen ont dû notamment apprendre par cœur les « Big 15 », c'est-à-dire 15 repères sur l'astre permettant de « s'orienter quoi qu'il advienne ». Ils ont aussi pratiqué des exercices de visualisation afin de comprendre comment l'angle du soleil change la perception des couleurs, des textures et de la morphologie, et ont répété inlassablement leurs observations et prises de notes grâce à un globe lunaire gonflable de trois mètres de diamètre qu'ont suspendu les équipes face à une maquette de leur vaisseau. « Je peux vous dire qu'ils ont hâte et qu'ils sont prêts ! », sourit
Kelsey Young. L'équipage devra observer des sites et phénomènes correspondant à dix objectifs choisis par la
NASA pour leur intérêt scientifique. Dimanche, l’équipage a déjà pu entrevoir des portions jamais observées directement par l’Homme auparavant, sur la face cachée de la
Lune. « Ce n’était pas la
Lune à laquelle nous sommes habitués, s’est enthousiasmée l’astronaute Christina Koch. Alors nous avons sorti nos données de repérage lunaire, nous avons fait correspondre les images et nous nous sommes dit: “voilà la face cachée. C’est quelque chose que nous n’avons jamais vu auparavant”. » Parmi eux, la Mare Orientale « parfois surnommée le Grand Canyon de la
Lune. Aucun œil humain n’avait vraiment vu ce cratère jusqu’à aujourd’hui, quand nous avons eu le privilège de le voir. » Retransmis en direct Lors de leur survol, qui durera plusieurs heures, ils réaliseront des observations à l'œil nu mais aussi via les appareils photo dont ils disposent. L'astre leur apparaîtra alors aussi grand qu'« un ballon de basket tenu à bout de bras », décrit à l'AFP Noah Petro, responsable du laboratoire de géologie planétaire de la
NASA. « La question qui m'intéresse le plus c'est de savoir s'ils vont réussir à distinguer des couleurs à la surface de la
Lune , confie-t-il. Je ne parle pas des couleurs de l'arc-en-ciel mais plutôt de tons brun foncé ou beige », qui pourraient renseigner les scientifiques « sur la composition de la
Lune » et son histoire. L’astronaute de la
NASA et commandant d’Artemis 2 Reid Wiseman regarde la Terre par l’une des fenêtres principales de la cabine du vaisseau spatial
Orion.
NASA / REUTERS Il y a plus de cinquante ans, les clichés et notes prises par leurs prédécesseurs d'Apollo avaient ainsi transformé notre compréhension de la
Lune. L'humanité a toutefois depuis envoyé plusieurs sondes qui ont permis la capture d'images de haute résolution de l'astre, pointe David Kring, du Lunar and Planetary Institute. Celui-ci dit à l'AFP ne pas s'attendre à des découvertes fracassantes. À lire aussi Nouvelle course à la
Lune : la tortue chinoise bien placée pour devancer le lièvre américain Passer la publicité Néanmoins, « cela fait au moins deux générations » que personne n'a entendu « des astronautes décrivant ce qu'ils voient » à proximité de la
Lune et cette expérience aura « un impact sur le monde », prédit-il. Le survol sera retransmis en direct par la
NASA, à l'exception d'une coupure de plusieurs dizaines de minutes quand le vaisseau passera derrière l'astre. « Rien qu'en écoutant leurs descriptions lors des simulations j'avais des frissons dans les bras, confie
Kelsey Young. Donc je suis absolument convaincue que ces quatre-là vont nous livrer des descriptions incroyables. » « Un outil magique » : pour observer la
Lune, les astronautes d'Artémis se serviront... de leurs yeux ! S'ABONNER «J’ai cru qu’il y avait un raz de marée sonore» : lancement réussi d’Artemis 2 dans un tsunami d’émotions REPORTAGE - Le premier vol lunaire habité depuis 53 ans s’est envolé mercredi 1er avril pour un grand huit autour de la
Lune. Nous étions sur le site d’observation le plus proche du pas de tir, en Floride. Artemis 2 : les enjeux d’une mission habitée à haut risque autour de la
Lune pour la
NASA DÉCRYPTAGE - Quatre astronautes, trois Américains et un Canadien, ont décollé dans la nuit de mercredi à jeudi pour tourner autour de notre satellite avant de réaliser un retour dans l’atmosphère terrestre. Nouvelle course à la
Lune : la tortue chinoise bien placée pour devancer le lièvre américain RÉCIT - Alors que les États-Unis rencontrent de nombreuses difficultés dans leur programme Artemis, la Chine avance pas à pas sur son propre calendrier. L’objectif de poser un premier taïkonaute en 2029 semble à ce jour plus réaliste que celui d’un retour américain en 2028. Artemis : le nouveau plan de la
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