En à peine deux ans,
Péter Magyar est passé du statut d’inconnu – "le mari de la ministre de la Justice de Viktor Orban" – à celui de favori des sondages pour les législatives, face au Premier ministre Viktor Orban. Peter Magyar en meeting pour les législatives le 9 avril 2026 à
Gyor (
Hongrie). (ATTILA KISBENEDEK / AFP)
Viktor Orbán était serein. Il se voyait déjà réélu Premier ministre pour la sixième fois consécutive, en remportant les législatives de dimanche 12 avril en
Hongrie. L’opposition était en miettes : sans chef, divisée entre sociaux-démocrates, écologistes, petits partis de centre droit et sociaux-libéraux. Le dirigeant hongrois pouvait dormir tranquille et se concentrer sur son rêve de devenir le leader des illibéraux européens. Le caillou dans sa chaussure s’appelle
Péter Magyar.Au début, Orbán souriait devant ce "jeune mégalo". Rapidement, l’agacement a laissé place à l’inquiétude, puis à la colère. Car Magyar n’est pas seulement un opposant : c’est un "traître". Ancien membre du
Fidesz, il était surtout l’époux de
Judit Varga, ministre de la Justice et figure emblématique de l’orbanisme. Né en 1981 à
Budapest dans une famille de la grande bourgeoisie catholique,
Péter Magyar est un quadragénaire brillant, avocat de formation. Longtemps, il s’est peu intéressé à la politique intérieure hongroise. Membre du
Fidesz par tradition familiale, il apparaissait davantage comme un sympathisant de droite que comme un militant.Sa vraie passion, c’est l’Europe. Toute sa formation juridique est marquée par le programme
Erasmus. Avocat, haut fonctionnaire, cadre dans des institutions européennes : son parcours professionnel a toujours tourné autour de
Bruxelles et des banques européennes. Or, au fil des années,
Viktor Orbán s’est éloigné de plus en plus de l’Union européenne. Ce virage eurosceptique a profondément agacé Magyar.En 2023, le divorce entre
Péter Magyar et
Judit Varga va tout faire basculer. Marié depuis 17 ans et parent de trois enfants, le couple incarnait jusqu’alors la réussite orbanienne : deux brillants juristes polyglottes, formés en
Allemagne grâce à
Erasmus, ayant travaillé dans des cabinets d’avocats prestigieux. L’Europe les unissait, la politique les a séparés.C’est justement en 2023, alors que
Judit Varga est ministre de la Justice, qu’éclate un scandale retentissant au sein du clan Orbán. Le gouvernement et la présidente de la République sont accusés d’avoir étouffé une affaire d’abus sexuels dans un foyer pour enfants. Le scandale emporte à la fois la présidente Katalin Novák (
Fidesz) et la ministre
Judit Varga, toutes deux contraintes à la démission. Au même moment, le couple Magyar-Varga se sépare.
Péter Magyar sort alors publiquement du silence. Il dénonce la corruption, la décadence morale et le cynisme politique qui règnent, selon lui, au sein du gouvernement Orbán – y compris au ministère de la Justice dirigé par son ex-femme. Au début,
Viktor Orbán ricane : il ne voit là qu’une affaire de couple qui dégénère. Mais Magyar ne lâche pas prise.Ce conservateur libéral, anticorruption et farouchement pro-européen, a une stratégie simple : créer un parti fort et multiplier les manifestations de masse contre le pouvoir. Pour son mouvement, il choisit Tisza, un petit parti de centre droit fondé en 2021 (le nom est l’acronyme inversé de "Szabadság és Tisztelet" – Liberté et Respect – et fait référence à la plus grande rivière de
Hongrie). En 2024,
Péter Magyar en devient le président et est élu député européen. Le parti, jusqu’alors quasi-inexistant, réalise un score spectaculaire de près de 30% aux élections européennes.Tisza se présente comme l’alternative crédible au
Fidesz. La stratégie repose sur deux piliers : un parti structuré et des manifestations géantes. La première a lieu le 15 mars 2024 à
Budapest, suivie d’une deuxième le 6 avril, puis de douze autres rassemblements. Les foules passent rapidement de dizaines à centaines de milliers de personnes.Tout est bon pour mobiliser : l’alliance de l’opposition, les critiques contre le gouvernement, l’anniversaire de la révolution de 1956, la situation des médias sous Orbán, le "poutinisme" du Premier ministre, ou encore la fête nationale du 15 mars commémorant la révolution de 1848.Les sondages semblent lui donner raison : cette politique des grandes manifestations fonctionne. Magyar multiplie également les positions pro-européennes : il se déclare favorable à l’adhésion de la
Hongrie à la zone euro et plaide pour une coopération renforcée au sein de l’Union, ainsi qu’un retour aux valeurs démocratiques européennes. Pour autant, il adopte un discours tout aussi ferme que
Viktor Orbán sur la question migratoire.En à peine deux ans,
Péter Magyar est passé du statut d’inconnu – "le mari de la ministre de la Justice" – à celui de favori des sondages pour les législatives d’avril 2026. Sa communication dynamique sur les réseaux sociaux, ses accusations répétées contre le "système mafieux" d’Orbán, la corruption, l’espionnage et la politique pro-Poutine portent leurs fruits. Il accuse même les services secrets hongrois d’espionner son parti et évoque un "Orbangate", en référence au Watergate américain. Il met également en garde contre une possible campagne de diffamation "à la russe", avec de faux enregistrements ou des sextapes fabriqués.
Péter Magyar promet un "nouveau pays" : protection de la vie privée, réforme de la santé, lutte contre la pauvreté, retour dans le giron européen et réduction de la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie.
Viktor Orbán, lui, ne compte pas lâcher le pouvoir sans combattre. Pour l’instant, Magyar n’a remporté qu’un mandat de député européen et de bons sondages. Mais l’ambition ne lui manque pas. Il se voit déjà entrer dans l’histoire de la
Hongrie, à l’image de sa famille maternelle, les Madi, l’une des grandes lignées politiques du pays. Le "souvenir" de détention de Jacques Paris, ex-otage en Iran Suicide d'Evaëlle : l'enseignante condamnée pour harcèlement Pape en Algérie : une visite historique sous le signe du pardon Sabrina Carpenter se moque d'un youyou à Coachella PFAS : comment Matignon a fait économiser des millions à l'industrie chimique Gabin, 9 ans, sauve sa famille d’un incendie dans le Pas-de-Calais Le cimentier français Lafarge a été reconnu coupable de financement de terrorisme en Syrie Violente altercation entre un professeur et des élèves Paris-Roubaix : dans les pas d'Axel Huens, le local de l'épreuve Moins et mieux, comment les Français ont changé leur rapport à la viande C’est quoi cette silhouette qui flotte dans l’atmosphère ? Un adolescent de 13 ans tué par balle à Villefranche-sur-Saône, deux mineurs placés en garde à vue Le soulagement de la mère d'Evaëlle après la condamnation de son enseignante La "non-réponse" du pape Léon XIV aux propos de D. Trump Enfant séquestré dans une camionnette, le père mis en examen Défaite de
Viktor Orbán : un coup dur pour le RN ? Visite du Pape Léon XIV en Algérie, un espoir pour Christophe Gleizes ? Bagarre entre un prof et des lycéens, ce que l’on sait Rebecca, travailleuse du sexe à Toulouse, témoigne de la difficulté à exercer son activité Le géopolitologue Bruno Tertrais commente les allégations de "troubles mentaux significatifs" chez Donald Trump Il court le marathon de Paris avec sa fille en poussette et termine en 3h02 Il court le marathon de Paris en hommage à son frère décédé d'un cancer "Je ne suis pas un grand fan du pape", Donald Trump s'en prend au pape Léon XIV