Au terme de deux ans d'enquête, Begoña Gomez, l'épouse du Premier ministre espagnol, a été formellement inculpée de détournements de fonds, trafic d'influence, corruption et appropriation illicite, selon une décision de justice rendue publique lundi 13 avril 2026. Une affaire de plus qui touche l'entourage proche de Pedro Sanchez. Publié le : 14/04/2026 - 20:40 3 min Temps de lecture Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et son épouse Begona Gomez assistent à un discours à l'université Tsinghua à Pékin, en Chine, le lundi 13 avril 2026. © AP - Andres Martinez Casares C'est en pleine visite en Chine que Pedro Sanchez a appris la nouvelle, alors que son épouse l'accompagnait. Interrogé lors d'une conférence de presse, le Premier ministre espagnol a répondu laconiquement : « Ce que je demande à la justice, c'est qu'elle rende justice. Et comme je suis convaincu que le temps remettra tout en ordre, je n'ai rien de plus à ajouter. » Pedro Sanchez a toujours nié les faits qui sont reprochés à son épouse. Begoña Gomez a créé une chaire à l'université Complutense de Madrid, sans avoir le titre universitaire requis. Et elle a monté son financement à l'aide d'entreprises qui ont obtenu par la suite des subventions du gouvernement espagnol. « Le problème de fond est de savoir si, dans le cadre d'activités dont elle dit qu'elles sont professionnelles, elle n'a pas en fait bénéficié de sa position personnelle », analyse Benoît Pellistrandi, historien spécialiste de l'Espagne. L'instruction, qui a duré deux ans, a mené le juge Peinado à conclure qu'il y avait suffisamment de preuves pour inculper Begoña Gomez de détournements de fonds, trafic d'influence, corruption et appropriation illicite. L'affaire avait été révélée après une plainte d'un groupe anticorruption proche de l'extrême droite, d'où la ligne de défense du Premier ministre socialiste qui accuse l'opposition de droite de vouloir déstabiliser son gouvernement. Les affaires de corruption dans l'entourage de Pedro Sanchez s'accumulent Mais ce n'est pas la seule affaire qui empoisonne la gouvernance de Pedro Sanchez. Le frère du Premier ministre, David Sanchez, est mis en cause dans un dossier séparé de trafic d'influence lié à son recrutement dans une institution culturelle régionale, où il aurait occupé un emploi fictif. Et il y a surtout l'affaire Abalos, un immense scandale politico-financier qui touche Jose Luis Abalos, ancien bras droit et ex-ministre des Transports de Pedro Sanchez. Soupçonné d'être impliqué dans des contrats irréguliers de vente de masques durant la pandémie de Covid-19. Il est accusé entre autres de corruption. Son procès, impliquant d'autres personnalités, a commencé le 7 avril, et Abalos risque jusqu'à 24 ans de prison. « La grande question est de savoir s'il y a eu un financement irrégulier du Parti socialiste. C'est très important parce que Pedro Sanchez, ne l'oublions jamais, est arrivé au pouvoir grâce à une motion de censure à la suite de la condamnation du Parti populaire dans une affaire de corruption, rappelle Benoît Pellistrandi. Si un financement illégal est démontré à l'issue du procès, c'est toute la crédibilité politique et morale du Parti socialiste qui sera atteinte. Et Pedro Sanchez devra en tirer les conclusions. » L'opposition réclame sa démission L'opposition se délecte de toutes ces affaires et réclame depuis des mois la démission de , mais le Premier ministre espagnol reste droit dans ses bottes. Il nie avoir été au courant de cette affaire de contrats irréguliers. Il a même été jusqu'à dire qu'il ne connaissait pas personnellement José Luis Abalos, alors qu'ils étaient très proches. Pour l'instant, Pedro Sanchez survit politiquement. « Il est protégé par un mécanisme de motion de censure qui doit être constitutif en Espagne. Il y aurait éventuellement une majorité pour le renverser, mais il n'y aurait pas une majorité pour le remplacer », ajoute Benoît Pellistrandi. Lors de récentes élections régionales, le Parti socialiste s'en est plutôt bien tiré, bénéficiant des positions anti-guerre du Premier ministre, qui ont fait remonter sa cote de popularité. La prochaine élection-test aura lieu le 17 mai en Andalousie, un ancien bastion des socialistes, avant les élections législatives prévues l'an prochain. À lire aussiPedro Sanchez, l'Européen qui dit non à la guerre contre l'Iran Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail