Après deux mandats, le chef de l'Etat est contraint par la Constitution de laisser la main. Sera-t-il spectateur de cette campagne présidentielle ou fera-t-il entendre sa voix face à ses opposants et ses héritiers, qui refusent d'être désignés comme tels ? Consulter le Dossier : Présidentielle 2027 : la course à l'Elysée est déjà lancée Publié le 15/04/2026 06:02 Mis à jour le 15/04/2026 12:03 Gérald Darmanin, Gabriel Attal, Edouard Philippe et Jean Castex, autour d'Emmanuel Macron, qui ne pourra pas se représenter à la présidentielle à l'issue de ses deux mandats. (HELOISE KROB / FRANCEINFO) "Il est très préoccupé." C'est "une épreuve" qu'Emmanuel Macron veut s'éviter à tout prix, confie son ami François Patriat, le patron des sénateurs macronistes. Ce scénario noir, redouté par le président de la République, c'est celui d'un Jordan Bardella ou d'une Marine Le Pen s'avançant dans la cour de l'Elysée pour la passation de pouvoir. En clair, d'une France qui bascule, au printemps 2027, dans les mains du Rassemblement national. "Il est effectivement très inquiet que l'extrême droite lui succède à l'Elysée et il se mobilisera pour que ça n'arrive pas. Il a bien vu ce qui s'est passé avec Barack Obama", qui avait dû céder le pouvoir à Donald Trump en 2016 après deux mandats, renchérit le député Ensemble pour la République (EPR) Pierre Cazeneuve, qui fut son conseiller entre 2020 et 2022.Comme aux Etats-Unis, la Constitution française empêche Emmanuel Macron de concourir pour un troisième mandat. Une règle relativement récente, datant de la révision constitutionnelle de 2008 voulue par Nicolas Sarkozy, et qui divise les macronistes. "J'aurais aimé qu'il se représente et je regrette que l'on mette des limites constitutionnelles, c'est aux électeurs de choisir", confie le député EPR Pieyre-Alexandre Anglade, dans les travées du Palais-Bourbon. "A titre personnel, j'aurais préféré que ce soit lui le candidat, car il est nettement au-dessus de la mêlée", observe François Patriat. Même si le macroniste est bien conscient que son champion ne termine pas ce second mandat dans les meilleures conditions.Proche du couple Macron, la ministre déléguée à la Formation professionnelle, Sabrina Roubache, dit "ne pas regretter la limitation des mandats" mais "est persuadée que les Français regretteront Emmanuel Macron". D'autres ne sont pas du tout sur cette ligne et ébauchent déjà un bilan critique du macronisme. "Deux quinquennats, c'est suffisant. Notre pays a besoin d'une forme de rupture, des attentes nouvelles ont émergé, livre un influent député EPR. Nous avons connu de francs succès mais aussi des échecs."Quel sera le rôle d'Emmanuel Macron dans cette campagne présidentielle qui bat déjà son plein à un an de la date fatidique ? Ses proches l'imaginent finalement dans la même situation qu'aujourd'hui : en retrait de la scène nationale, plombé par l'absence de majorité à l'Assemblée nationale, concentré sur ses prérogatives à l'international. "Ce sera une année utile où il continuera sur le plan international et européen", assure François Patriat.Il faut dire que le chef de l'Etat est happé par le contexte géopolitique, marqué par la guerre au Moyen-Orient et les sorties quotidiennes d'un Donald Trump totalement imprévisible. "Il continuera d'être président de la République jusqu'au dernier quart d'heure. Il est très respectueux des institutions et ne va pas vouloir préempter l'élection", livre Pierre Cazeneuve. "Il vit le moment présent et ne se projette pas dans le jeu politique", assure Sabrina Roubache. Un proche d'Emmanuel Macron lui déconseille d'ailleurs toute mise en avant pendant la course présidentielle : "Ça ne serait pas une bonne chose pour lui d'intervenir pendant la campagne et de montrer qu'il est candidat par procuration."Cette mise en retrait ne signifie cependant pas que son nom et son bilan seront laissés de côté. "Il va être un punching-ball", anticipe même le politologue et constitutionnaliste Benjamin Morel. "Il est dans une situation compliquée car personne ne peut dire du bien de lui. Cela va de soi si vous êtes opposant à Emmanuel Macron, mais si vous êtes de l'ex-majorité, il faudra aussi se distinguer du président car personne n'est élu dans la continuité."La question de la désignation d'un successeur suscite d'ailleurs immédiatement sarcasmes et remarques ironiques au sein du camp présidentiel, tant la fin du second quinquennat est crépusculaire. "Personne ne souhaite être désigné comme successeur par Emmanuel Macron", raille une figure de premier plan du bloc central. "Je ne le souhaite à personne", embraye un cadre macroniste."Si Emmanuel Macron désigne un successeur, c'est qu'il a envie de le buter !"Un cadre macronisteà franceinfoPourtant, le président de la République a bien une idée en tête – dont il se garde bien de faire mention publiquement –, mais elle peine à émerger. Cette idée s'appelle Jean Castex, l'actuel patron de la SNCF. Emmanuel Macron cultive une entente privilégiée avec son ancien chef de gouvernement, aux antipodes des relations exécrables qu'il a entretenues avec ses autres Premiers ministres. "Il faudrait que Jean sorte du bois", a glissé le chef de l'Etat à l'un de ses interlocuteurs réguliers, il y a quelques semaines. Les choses n'ont pas beaucoup évolué depuis. "Castex ? Il attend qu'on l'appelle comme un sauveur et le président le sait", confie un proche du chef de l'Etat.Au contraire, deux anciens chefs de gouvernement d'Emmanuel Macron sont dans les starting-blocks pour 2027 et apparaissent, à cette heure, les mieux placés pour incarner l'espace central. Edouard Philippe avec son propre parti Horizons, qui conserve une longueur d'avance dans les sondages sur ses concurrents. Et Gabriel Attal, candidat presque déclaré, à la tête de Renaissance, le parti présidentiel. Tous les deux se sont démarqués publiquement du chef de l'Etat, en octobre 2025. Le premier en appelant à une présidentielle anticipée, le second en affirmant ne plus comprendre "les décisions du président de la République". Une stratégie d'opposition frontale dont ils semblent tous les deux revenus. "Ils ont chuté dans l'électorat Macron après ces prises de position, c’étaient des conneries. Le président conserve un socle important", observe un proche d'Emmanuel Macron.Pas question néanmoins pour les ex-locataires de Matignon de se placer dans une forme de filiation avec le chef de l'Etat. "Vous avez l'impression que Gabriel Attal est le successeur d'Emmanuel Macron ?", ironise une élue attaliste. "L'objectif d'Edouard Philippe n'est pas de chercher un adoubement du chef de l'Etat ni de se faire une popularité sur le dos du président. Il dira ce qui a marché et ce qui n'a pas marché", confie un cadre d'Horizons."Le sujet n'est plus Emmanuel Macron, ni de savoir si on est pour ou contre lui. Il n'est plus dans le game." Un cadre d'Horizonsà franceinfoD'autres noms circulent aussi, au second plan cette fois, pour porter la voix de l'espace central. La liste est longue, même si aucun n'est officiellement déclaré. "J'y songe", a glissé sur LCI, le 25 janvier, Gérald Darmanin, l'actuel ministre de la Justice, très "apprécié" du chef de l'Etat. "Il a imprimé sur son ministère, il peut peser à un moment", pense un proche d'Emmanuel Macron.Parmi les femmes, les noms de Yaël Braun-Pivet, la présidente de l'Assemblée nationale, ou d'Elisabeth Borne, l'ex-Première ministre, sont glissés dans les conversations. Selon les informations de franceinfo, la députée du Calvados ne s'interdit rien au vu de la multiplicité des candidatures. Et pourquoi pas aussi l'actuel Premier ministre, Sébastien Lecornu, qui a réussi l'exploit de survivre à l'épreuve budgétaire ? "Je n'ai pas d'ambition présidentielle", a pourtant réaffirmé l'Eurois début mars. "Il gère son temps. A mon avis, ça ne sera pas pour 2027 mais pour après", croit savoir une figure du bloc central.Face à cette litanie de noms, sans compter les prétentions des candidats de droite comme Bruno Retailleau, David Lisnard, Xavier Bertrand, ou ceux qui y pensent très fort comme Laurent Wauquiez, le chef de l'Etat plaidera-t-il au moins pour un candidat unique, à défaut de désigner un successeur ? Le risque d'un duel entre le RN et LFI au second tour préoccupe grandement dans les rangs du socle commun."Il fera tout son possible pour qu'il y ait un candidat unique afin de battre l'extrême droite", croit savoir François Patriat. "Le président ne pourra pas faire l'économie, s'il y a un vrai danger des extrêmes, d'appeler les candidats à la responsabilité, mais je ne sais pas quelle forme cela prendra", appuie Sabrina Roubache. "Il a été pour le dépassement. Tout ce qui va dans le sens de l'unité est bien pour lui, mais le président ne se prononcera pas avant très longtemps", glisse un proche du chef de l'Etat.Quand il quittera le palais de l'Elysée, Emmanuel Macron n'aura que 49 ans. Que fera-t-il alors ? "Je pense qu'il créera quelque chose, une boîte à lui", imagine François Patriat. "Il va nous surprendre et ne pas faire un truc classique d'ancien président", par exemple "monter une asso ou devenir prof", conjecture Pierre Cazeneuve. Si l'avenir professionnel d'Emmanuel Macron reste flou, beaucoup en sont persuadés : il n'abandonnera pas la politique."Toute personne qui pense qu'Emmanuel Macron va arrêter sa carrière politique dans un an se trompe lourdement."Pierre Cazeneuve, député EPRà franceinfoAlors, forcément, les macronistes pur jus ne peuvent s'empêcher de rêver à un come-back pour la présidentielle suivante. "J'y pense tous les jours à 2032. Quand on sera en 2027, cinq ans, c'est demain matin", sourit une figure de la macronie. C'est même devenu une boutade chez François Patriat. "Dès qu'il quittera l'Elysée, je mettrai un hashtag #Macron2032." Son collaborateur en rit à ses côtés : "J'ai cette mission depuis un bout de temps." "Quoi qu'il arrive, il y aura une pression sur lui, observe Benjamin Morel. Les prédécesseurs d'Emmanuel Macron, sauf s'ils étaient malades ou mourants, ont tenté un retour en politique, que ce soit Valéry Giscard d'Estaing, Nicolas Sarkozy ou François Hollande, en ce moment." Et le politologue d'ajouter : "Si vous n'y pensez pas, d'autres y penseront pour vous." Au moins 16 morts dans des frappes russes en Ukraine Un homme d'affaires assassiné en pleine rue à Neuilly-sur-Seine Une fusillade dans une école fait au moins neuf morts en Turquie Patrick Bruel : elle l'accuse d'agression sexuelle Billets, retards : ce qui pourrait changer pour vous "Un public minable, indigne"... 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