Analyse L’
Iran serait-il en train de débloquer partiellement le passage du détroit d’Ormuz ? Dans une lettre transmise à l'Organisation maritime internationale (OMI), Téhéran annonce que les navires « non hostiles » peuvent désormais emprunter cette voie maritime, à condition de respecter les règles de sécurité. Mais à quel prix ? Publié le : 25/03/2026 - 19:11 3 min Temps de lecture Les navires souhaitant traverser le détroit d’Ormuz sous protections iranienne sont désormais priés de fournir des listes de membres d’équipage et de cargaison. Ici, des cargos dans le Golfe, près du détroit d'Ormuz, le 11 mars 2026. REUTERS - Stringer Le premier à le faire officiellement est le géant chinois du transport maritime
Cosco qui a annoncé une reprise partielle des réservations de fret vers le Golfe. Cette reprise avec effet immédiat par le transporteur chinois s'applique aux conteneurs de fret à destination de plusieurs pays du Golfe et de l'Irak. Le chef de la diplomatie chinoise s’était entretenu par téléphone sur ce sujet avec son homologue iranien. Les navires « non hostiles » L'annonce faite par le groupe public chinois intervient après les assurances données par Téhéran selon lesquelles les navires « non hostiles » – c'est le terme utilisé par les autorités iraniennes – pouvaient bénéficier d'un passage sûr par le détroit d'Ormuz en coordination avec les autorités iraniennes. Mais apparemment la garantie iranienne aurait un coût. Selon Lloyd's List Intelligence, une société qui fournit les données de suivi des navires, certains armateurs ont payé jusqu'à 2 millions de dollars à l'
Iran pour pouvoir emprunter en toute sécurité le passage jusque-là bloqué. Le premier sur cette liste serait un porte-conteneurs appartenant à un armateur chinois. « Selon les bases de données maritimes, le propriétaire enregistré du Newvoyager battant pavillon panaméen (OMI : 1088396) est
Bengbu Shengda Transportation, basé dans la province chinoise d'Anhui, tandis que la gestion du navire est assurée par United Pioneer Shipping, basé à Shanghai », lit-on dans cette revue spécialisée dans l'information maritime. Toujours d’après Lloyd's List Intelligence, plusieurs gouvernements, dont l'Inde, le
Pakistan, l'Irak, la Malaisie et la Chine, seraient en discussions directes avec Téhéran pour établir un plan de transit de navires via un système d'immatriculation et de contrôle mis en place par les Gardiens de la Révolution iraniens. Les navires souhaitant traverser le détroit d’Ormuz sous protection iranienne sont désormais priés de fournir des listes de membres d’équipage et de cargaison, ainsi que des détails sur le voyage afin d’obtenir l’autorisation nécessaire. Le cadre du processus reste encore flou et peut varier d’un navire à l’autre. Des navires grecs et chinois passent D'après S&P Global Market Intelligence, un autre fournisseur de données, environ 800 pétroliers sont actuellement à l'arrêt de chaque côté du détroit. Quelques navires ont toutefois pu emprunter cette voie navigable ces derniers jours. L’écrasante majorité des navires traversant le détroit sont des navires iraniens ou battant pavillon iranien, mais aussi, moins nombreux, des navires grecs ou chinois. Selon la société d’analyse Kpler, les porte-conteneurs grecs ont représenté 18% de ces traversées et les navires chinois 10%. Cela prouve que l'
Iran laisse passer certains navires contre un paiement. Il s’agirait notamment des pétroliers, des méthaniers ou d’autres navires transportant des cargaisons de grande valeur. D’autres navires n’hésitent pas à braver les menaces iraniennes en désactivant les transpondeurs AIS de suivi des bateaux dans l'espoir que ces derniers deviennent moins visibles pour l'armée iranienne, et à naviguer de nuit. Des profits pour les armateurs « Il n'y a rien d’illégal », affirme Nicolas Vernicos, armateur grec, propriétaire de la compagnie du même nom. Selon lui, traverser le détroit d'Ormuz rapporte aujourd'hui plus aux compagnies maritimes qu'avant la guerre : « Si un armateur souhaite prendre un risque, il sera payé à un taux plus élevé que la normale. Les membres de l'équipage doivent être d'accord pour entreprendre ce voyage et seront payés deux à trois fois plus que leur salaire habituel. » D'après la revue Lloyd's List, les tarifs de location des superpétroliers, déjà élevés avant la guerre, ont atteint des niveaux inédits après l'attaque menée par les États-Unis et Israël contre l'
Iran, à plus de 420 000 dollars la journée. À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: une crise énergétique à venir pire que les deux chocs pétroliers réunis Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail