Le 26 mars 2026 à 12h28 Le Parlement européen. Yves Herman / REUTERS Les eurodéputés ont approuvé la suppression des droits de douane sur la plupart des importations américaines au sein de l’UE, tout en l’assortissant de multiples garde-fous. Passer la publicité Passer la publicité L’issue du vote était incertaine. Le Parlement européen a donné jeudi son feu vert sous conditions à la mise en œuvre de l'accord commercial conclu l'été dernier entre l'Union européenne et les États-Unis. Les eurodéputés ont approuvé la suppression des droits de douane sur la plupart des importations américaines au sein de l'UE, comme la Commission européenne s'y est engagée dans cet accord, mais en l'assortissant de multiples garde-fous. L’Union européenne s’est lancée dans une frénésie d’accords de libre-échange pour réduire sa dépendance à la Chine, tout en cherchant à préserver tant bien que mal le compromis sur les droits de douane négocié l’an dernier avec
Donald Trump. Les eurodéputés ont approuvé à une très large majorité (417 voix pour, 150 contre) la suppression des droits de douane appliqués dans l’UE sur la plupart des importations américaines, comme la Commission européenne s’y est engagée, en échange d’un plafonnement à 15% des droits de douane imposés par Trump sur les produits européens. Passer la publicité Garde-fous et clause d’extinction Mais ils ont assorti ce feu vert de multiples garde-fous, conditions suspensives et même d’une clause d’extinction (fixée en mars 2028) pour dénoncer le caractère déséquilibré de cet accord, et montrer leur extrême méfiance envers le président américain, qui utilise les droits de douane comme une arme diplomatique. «Nous ne nous laisserons pas intimider, nous ne nous laisserons pas forcer à accepter un mauvais accord, et aujourd’hui, nous montrons aux citoyens que ce Parlement européen défend leurs intérêts», a souligné l’élue belge
Katleen Van Brempt (S&D, gauche). À droite, la Croate
Zeljana Zovko (PPE) a souligné que «16 millions d’emplois dépendent du commerce transatlantique», appelant à le «renforcer» par ce vote. Négocié dans la douleur par la présidente de la Commission européenne
Ursula von der Leyen, cet accord avait été accueilli sur le Vieux Continent comme une capitulation face au président américain. Incertitude juridique Son examen par le Parlement a été retardé en raison des menaces d’annexion du Groenland par les États-Unis, puis de la décision de la Cour suprême américaine. Celle-ci a créé une énorme incertitude juridique, en invalidant les droits de douane de
Donald Trump, obligeant Washington à mettre en place des taxes provisoires, en attendant un nouveau régime tarifaire en juillet. Pour s’appliquer, ces conditions devront cependant être validées par les États membres lors de négociations qui s’annoncent ardues. Malgré ces efforts du Parlement pour rééquilibrer la donne avec les Américains, les députés français du groupe centriste Renew avaient annoncé qu’ils voteraient contre le texte. «La seule valeur ajoutée politique de cet accord était d’apporter stabilité et prévisibilité, même si beaucoup disent que c’est un accord inéquitable», a expliqué à la presse l’un d’entre eux, Pascal Canfin. «S’il n’apporte même plus de prévisibilité, il n’y a aucune raison de le soutenir, même amélioré». Stratégie de diversification Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, a salué sur X (ex-Twitter) une «étape cruciale» pour l’Europe et les États-Unis, tandis que l’ambassadeur américain auprès de l’UE a salué «une bonne décision pour les citoyens de part et d’autre de l’Atlantique». Si les Européens tiennent ainsi à ménager tant bien que mal leurs relations avec les États-Unis, ils multiplient parallèlement les efforts pour réduire leur dépendance vis-à-vis à la fois de ce turbulent allié, et de la Chine. Comme le montre la multiplication ces derniers mois d’accords de libre-échange entre l’UE et des partenaires avec qui elle discutait parfois depuis des décennies : après l’Indonésie, l’Indonésie et le Mercosur, elle vient de conclure cette semaine son quatrième accord en six mois avec l’Australie. Comme le rappelle l’économiste André Sapir, membre du centre de réflexion Bruegel, cette politique de diversification commerciale n’a pas été lancée à cause de
Donald Trump, mais ce dernier lui a donné un sérieux coup d’accélérateur. Passer la publicité «Trump a généré du désordre : alors que les États-Unis étaient le centre du système économique et commercial international, ils sont devenus désormais un élément destructif de ce système», fait-il valoir. Face aux mesures de «coercition» de M. Trump ou de la Chine, nouer de nouvelles alliances revêt pour lui une dimension «défensive» évidente. «Ces accords font partie de notre arsenal. Ce sont nos porte-avions, nos armes stratégiques dans l’ordre international», dit-il. Il y voit ainsi une réalisation des vœux du Premier ministre canadien Mark Carney, qui avait appelé à Davos les «puissances moyennes» à s’unir face aux «puissances hégémoniques» qui dominent l’ordre international. Accord commercial UE–États-Unis : le Parlement européen donne son feu vert sous conditions S'ABONNER Guerre au Moyen-Orient : où et comment le gaz est-il stocké en France ? Sur fond de conflit entre l’Iran, les États-Unis et Israël, l’Union européenne recommande à ses États membres de réduire le niveau de leurs stocks en vue de l’hiver prochain, afin de limiter la pression sur les prix de l’énergie. Libre-échange : les éleveurs français se méfient de l’accord en vue entre l’Europe et l’Australie RÉCIT -
Ursula von der Leyen est à Canberra pour conclure un traité de libre-échange en discussion depuis six ans. L’agressivité commerciale de Trump a rapproché les deux partenaires. «Vu d’Ailleurs» N°182 - Pourquoi la guerre en Iran est aussi la nôtre LETTRE EXCLUSIVE ABONNÉS - La revue de presse européenne, par Édouard de Mareschal. «Le Français n’a jamais compté autant de locuteurs, et pourtant son influence recule» FIGAROVOX/TRIBUNE - Le rapport 2026 de l’OIF* dresse un bilan contrasté de l’usage du français : elle est la quatrième langue mondiale et la deuxième la plus enseignée, mais elle perd de son influence dans les institutions internationales, note Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de la Francophonie. « On va passer du rêve à la réalité » : Bruxelles dégaine « EU Inc », ce passeport européen tant attendu par les start-up DÉCRYPTAGE - Ce nouveau statut permettra de lancer une activité dans n’importe quel pays européen en une poignée de jours et avec un minimum de contraintes. Il doit permettre aux start-up de gagner en agilité et donc en attractivité auprès des investisseurs. « Nous l’appelons EU Inc. » : Bruxelles lance un 28e régime pour faire émerger des champions européens DÉCRYPTAGE - Un nouveau statut authentiquement paneuropéen permettra aux sociétés, en particulier les plus jeunes, d’avoir plus facilement accès à l’ensemble du marché intérieur. Nicolas Baverez : «La France et l’Europe face au “Germany first”» CHRONIQUE - Si le réarmement de l’Allemagne est indispensable à la sécurité de l’Europe, les nouvelles orientations de Berlin soulèvent de sérieuses questions. La Pologne, ce « Phoenix européen » en plein boom qui fait revenir sa diaspora au pays RÉCIT - Ils étaient partis à l’Ouest, souvent pour effectuer des petits boulots ou poursuivre leurs études. Aujourd’hui, ils sont plus nombreux à quitter le Royaume-Uni, l’Allemagne ou les Pays-Bas pour revenir sur leur terre d’origine que leurs compatriotes effectuant le chemin inverse. «Vu d’Ailleurs» N°181 - Sur le nucléaire, von der Leyen fait son mea culpa LETTRE EXCLUSIVE ABONNÉS - La revue de presse européenne, par Édouard de Mareschal. L’éditorial du Figaro Magazine : « Quand toutes les droites s’unissent, la stratégie gagnante du Parlement européen » Même ce monstre technocratique qu’est devenue l’Union européenne est donc capable de changer de cap, quand les peuples et leurs gouvernements en décident ainsi.