Entretien Alors que
Téhéran a confirmé la mort du commandant de la marine des
Gardiens de la Révolution,
Alireza Tangsiri, lundi 30 mars, RFI rencontre l’universitaire américain né en
Iran Mehran Kamrava. Il enseigne depuis près de 20 ans au
Qatar, d’où il observe la guerre lancée par les États-Unis et Israël et ses conséquences sur toute la région. Publié le : 30/03/2026 - 14:17Modifié le : 30/03/2026 - 16:26 3 min Temps de lecture
Mehran Kamrava, universitaire américain né en
Iran, directeur du Département des Etudes Iraniennes au Centre Arabe de Recherches et d’Etudes Politiques à Doha, au
Qatar, le 29 mars 2026. © Nicolas Falez/RFI L’entretien devait avoir lieu à l’université de Georgetown au
Qatar, mais le matin même, les
Gardiens de la Révolution iraniens ont menacé de frapper les universités américaines implantées dans le
Golfe. Portes closes donc pour l’établissement qui accueille 500 étudiants sur son campus de Doha. Et changement de lieu pour rencontrer
Mehran Kamrava, politologue américain et spécialiste de l’
Iran, installé depuis deux décennies au
Qatar : direction le Centre arabe de recherches et d’études politiques où il dirige le département des études iraniennes.L’universitaire s’inquiète pour ses étudiants dont le quotidien est perturbé, il soupire : « Les lignes rouges sont franchies. L’inimaginable devient imaginable, puis devient possible, puis devient la routine ». « Dans le
Golfe, le sentiment de sécurité a volé en éclats », poursuit
Mehran Kamrava qui reconnaît avoir été « surpris » par la résilience iranienne. « Les États-Unis et Israël veulent une victoire rapide et décisive alors que les Iraniens voient cela comme une guerre longue », analyse l’universitaire. « Les Iraniens estiment qu’ils peuvent encaisser et rendre les coups sur la durée » et qu’à terme ils peuvent infliger un coût douloureux à leurs ennemis. « À
Téhéran, on pense avoir une plus grande résistance à la souffrance que les États-Unis », explique
Mehran Kamrava.Quel compromis serait possible pour une sortie de crise ? « Les Iraniens l’ont souvent dit : si la guerre s’arrête maintenant, ils n’ont aucune garantie qu’elle ne reprendra pas (les États-Unis et Israël ayant déjà attaqué l’
Iran en juin 2025 - NDLR). Ce qu’ils veulent, c’est une sorte d’accord écrit que cela n’arrivera plus. Et pour l’instant on ne voit rien venir de tel », constate le spécialiste de l’
Iran. «
Donald Trump voit son imprévisibilité comme une source de force. Demain il pourrait dire "nous avons gagné, la guerre est finie" », ajoute-t-il.La guerre en cours fait écho au parcours personnel de
Mehran Kamrava, né en
Iran où il a passé les 16 premières années de sa vie avant de s’installer aux États-Unis avec sa famille. Il est désormais établi au
Qatar, sur l’une des rives du
Golfe Persique dont les eaux baignent aussi les côtes de son pays natal. « Je ressens de la loyauté envers l’
Iran, envers les États-Unis et envers le
Qatar », confie l’universitaire qui reconnait en vouloir à
Donald Trump et à Benyamin Netanyahu. Pessimiste,
Mehran Kamrava redoute que le pire soit encore à venir.Il ne partage pas l’opinion des Iraniens qui approuvent la guerre en cours dans l’espoir de voir chuter la République islamique. « C’est une erreur historique », assène l’universitaire américain. « Y aura-t-il un Nelson Mandela iranien ? » s’interroge
Mehran Kamrava. Il en doute et conclut : « Ceux qui ne connaissent pas leur Histoire sont condamnés à la répéter. »