Le président américain menace "d'anéantir" l'île de Kharg, un noeud central pour l'industrie pétrolière iranienne, si les discussions avec
Téhéran n'aboutissent pas "rapidement". Mais des experts soulignent les risques importants que devraient prendre les soldats américains pour maintenir cette position et doutent qu'une capture fasse rapidement plier
Téhéran.Les marchés pétroliers continuent à fluctuer au gré des hésitations affichées par
Donald Trump. Dimanche, le président américain a affirmé au
Financial Times que les États-Unis pourraient "s'emparer du pétrole iranien", faisant grimper le cours du baril de Brent autour de 115 dollars ce lundi 30 mars (+65% depuis le début de la guerre). "Pour être honnête, ce que je préfère, c'est prendre le pétrole iranien", a-t-il lancé au quotidien britannique.
Donald Trump envisage une opération contre la petite île de Kharg, le principal point d'exportation du pétrole iranien dans le golfe Persique, à une vingtaine de kilomètres des côtes iraniennes. Lundi, le président américain a même menacé l'
Iran d'anéantir l'île, si le détroit d'Ormuz n'est pas rouvert et si les discussions avec
Téhéran, qu'il qualifie de "sérieuses", n'aboutissent pas "rapidement".Des bombardements y ont déjà visé des installations militaires le 13 mars. "On prendra peut-être l’île de Kharg, peut-être pas. On a plusieurs options", a glissé celui qui imagine y trouver le moyen de pression ultime contre l'
Iran depuis les années 1980. À ce stade, aucune décision ne semble avoir été prise. Dans la même interview, où il apparaît très confus,
Donald Trump assure que les négociations avec l'
Iran "se déroulent très bien".
Donald Trump annonce des frappes américaines en
Iran, le 28 février 2026. © HANDOUT / TRUTH SOCIAL @REALDONALDTRUMP / AFPLe Pentagone se prépare toutefois à des opérations au sol, selon plusieurs médias américains et des troupes arrivent au Moyen-Orient. L'île de Kharg, d'où part 90% du pétrole exporté par l'
Iran, fait partie des cibles envisagées par la Maison Blanche. Dans l'esprit des décideurs, la capture de cette zone stratégique serait une arme pour contraindre
Téhéran à cesser ses menaces contre le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, et ainsi revendiquer la victoire.Une opération risquée"Nous pourrions la prendre très facilement" mais "cela voudrait dire qu'on devrait rester là-bas pendant un certain temps", constate toutefois
Donald Trump, dans le
Financial Times. Si la plupart des spécialistes militaires sont optimistes quant à la capacité de l'armée américaine à s'emparer de l'île, ils sont plus réservés sur la possibilité de s'y maintenir sans essuyer des pertes potentiellement importantes."Je ne voudrais tout simplement pas me trouver dans ce petit endroit où l'
Iran est capable de faire pleuvoir des drones et peut-être de l'artillerie", confie Michael Eisenstadt, un vétéran américain, au Washington Post.Le défi "n’est pas seulement de conquérir l’île mais de la conserver sous une pression constante", confirme Karen Gibson, ancienne directrice du renseignement du Centcom, le commandement de l'armée américaine chargé du Moyen-Orient, dans le
Financial Times.Un navire américain d'assaut amphibie, l'USS Tripoli, est arrivé dans la région vendredi. Il pourrait servir de point de départ à l'opération. Le bâtiment est accompagné par un groupe naval comprenant "quelque 3.500" marins et soldats du corps des Marines. Plusieurs milliers d'hommes de la 82e division aéroportée, une unité de l'armée de terre, sont aussi prêts à être déployées.Le terminal pétrolier de l'île de Kharg, au large de l'
Iran dans le golfe Persique, le 12 mars 2017 (photo d'illustration). © FATEMEH BAHRAMI / ANADOLU AGENCY / ANADOLU VIA AFPDans le
Financial Times, l'ancien chef d'état-major des opérations spéciales du Centcom imagine un raid dont l'objectif serait de "s'emparer du terrain aussi vite que possible". Les Marines, potentiellement appuyés par des éléments de la 82e division aéroportée, des Rangers de l'armée de terre ou des commandos de l'armée de l'air, pourraient débarquer à Kharg par les airs ou par la mer. Cette deuxième option semble plus risquée, puisque cela suppose de faire transiter des bateaux dans le golfe Persique et éventuellement par le détroit d'Ormuz contesté par les forces iraniennes.Une issue incertaineToutefois, certains spécialistes doutent que la prise de Kharg fasse nécessairement plier les dirigeants iraniens. Ces derniers disposent d'autres terminaux d'exportations, situés plus au sud, qui pourraient permettre d'acheminer une partie du pétrole habituellement exporté depuis Kharg. La perte des volumes pourrait être partiellement compensée par l'augmentation des prix de l'or noir, donnant un peu de temps à
Téhéran. Ses revenus pétroliers n'ont d'ailleurs pas fléchi depuis le début de la guerre, au contraire. Ils ont nettement augmenté en raison de la flambée des cours, selon The Economist. En outre, le régime a tenu par le passé avec des revenus énergétiques faibles.Qu’est-ce que l’île de Kharg, le talon faible du régime iranien?3:07D'autres opérations sont à l'étude, comme la capture d'autres îles situées au niveau du détroit d'Ormuz ou une périlleuse mission destinée à aller chercher l'uranium enfoui dans les décombres des sites nucléaires visés en juin dernier. Pour le moment,
Donald Trump ne semble pas savoir lui-même comment mettre fin à cette guerre. Selon le New York Times, il reçoit la plupart de ses conseils de la part de deux personnes: son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, et le chef d'état-major des Armées, Dan Caine. Ses décisions sont éclairées par plusieurs briefings quotidiens. Certains sont très courts et se résument à des montages vidéos d'environ une minute compilant des images de frappes aériennes.DIRECT. Guerre au Moyen-Orient:
Donald Trump affirme que l'
Iran sera frappé "extrêmement durement" pendant encore deux à trois semainesGuerre au Moyen-Orient: le président iranien assure que son pays n'a "jamais choisi la voie de l'agression""Il se fait maltraiter par sa femme":
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