Un policier est assis près d'une silhouette en carton du Premier ministre indien et chef du Bharatiya Janata Party (BJP),
Narendra Modi, lors d'un rassemblement de masse à Calcutta le 14 mars 2026. - AFPL’Inde se retrouve prise dans un dilemme stratégique majeur, dépendante à la fois de l’
Iran pour ses routes énergétiques et commerciales et d’Israël pour ses partenariats sécuritaires, dans un contexte de tensions croissantes entre ces deux puissances.L’Inde est aujourd’hui en première ligne face aux tensions autour du détroit d’Ormuz. Et pour cause: elle dépend massivement de cette route pour ses approvisionnements énergétiques. Mais derrière cette vulnérabilité, il y a surtout un paradoxe stratégique de plus en plus difficile à tenir.
New Delhi entretient en effet des relations étroites… à la fois avec l’
Iran et avec Israël, deux puissances aujourd’hui frontalement opposées.Avec l’
Iran, le lien est d’abord vital. Téhéran est un partenaire énergétique clé, mais aussi un pivot logistique. L’Inde a misé depuis plus de vingt ans sur un projet structurant: le corridor Nord-Sud. Un axe de plus de 7.000 kilomètres qui relie Delhi à Moscou en passant par l’
Iran, combinant transport maritime, ferroviaire et routier via la mer Caspienne. L’intérêt pour l'Inde est de réduire les délais de transport de 35 à 20 jours, soit un gain de 40%, tout en contournant le canal de Suez et surtout le
Pakistan. Sans l’
Iran, ce corridor n’existe tout simplement pas.Avec le corridor Nord-Sud, l'Inde pourra réduire les délais de transport de 35 à 20 jours. © BFM BusinessMais dans le même temps, l’Inde a construit un partenariat stratégique extrêmement solide avec... Israël. Sur le plan militaire, technologique et sécuritaire, la relation est devenue centrale. Le Premier ministre
Narendra Modi l’assume pleinement, avec des visites régulières et une coopération renforcée. Cette proximité se traduit aussi dans les infrastructures: un second corridor commercial est en train d’émerger, reliant l’Inde à l’Europe via les pays du Golfe et le port de Haïfa en Israël. Une route pensée comme une alternative au canal de Suez et aux routes chinoises, avec à la clé des gains de temps de 40% et des coûts réduits de 30%.Une route pensée par l'Inde comme une alternative au canal de Suez et aux routes chinoises, avec à la clé des gains de temps de 40% et des coûts réduits de 30%. © BFM BusinessC’est là que le paradoxe devient explosif. D’un côté, l’Inde investit massivement dans un axe qui dépend de l’
Iran, aujourd’hui au cœur des tensions régionales. De l’autre, elle développe une route stratégique qui passe par Israël, adversaire direct de Téhéran. Deux corridors, deux alliances, deux logiques géopolitiques qui entrent en collision dans le contexte actuel.La crise au Moyen-Orient agit comme un révélateur brutal. Le corridor Nord-Sud est fragilisé par l’instabilité iranienne et les sanctions, tandis que le corridor vers Israël traverse des zones devenues hautement sensibles, où chaque infrastructure peut devenir une cible. Même le port de Haïfa, dont la gestion a été rachetée en 2022 par le groupe Adani Group, s’inscrit désormais dans un environnement sécuritaire incertain.Jusqu’ici, l’Inde excellait dans une diplomatie d’équilibre, capable de dialoguer avec tous les camps. Mais à mesure que les tensions s’intensifient, cet équilibre devient de plus en plus instable.
New Delhi se retrouve désormais face à une équation délicate: sécuriser ses routes commerciales sans avoir à choisir entre deux partenaires devenus incompatibles.