BFM-EconomiePublié aujourd'hui à 16h37 Lire dans l'appLe président américain
Donald Trump remet au secrétaire au Trésor
Scott Bessent une maquette d'une nouvelle version du bombardier furtif B-2 alors qu'il s'exprime dans le Bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, DC, le 6 août 2025. - Photo par BRENDAN SMIALOWSKI / AFPL’
Iran peut il devenir le "nouveau
Vietnam"?
Donald Trump tente de rassurer les Américains, mais certains experts n’hesitent pas à faire le parallèle. L’escalade du conflit suit la même mécanique sur les 6 premières semaines, et les prochains jours seront determinants. Une guerre prolongée et terrestre impliquerait des centaines de milliers d’hommes sur un terrain iranien dont la topographie montagneuse en fait un "paradis des défenseurs".Cinq semaines de guerre, des milliers de
Marines déployés, des bases américaines frappées au Golfe, et
Donald Trump qui tente de rassurer l'opinion en disant que ce conflit n'a rien à voir avec la Corée ou le
Vietnam. Pourtant, la comparaison revient chez les experts, notamment chez
Robert Pape, spécialiste des notions d’escalade dans les conflits.Le chercheur rappelle que la guerre du
Vietnam n'a pas commencé avec les premières bombes, mais avec l’infiltration en amont et des tentatives de déstabilisation de l'intérieur.
Vietnam/
Iran: des opérations clandestines en amont de la guerreAu début 1964, 16.000 conseillers américains étaient déjà imbriqués dans les forces sud‑vietnamiennes, tout comme aujourd'hui les services de renseignement israéliens et dans une moindre mesure américains, ont été très actifs dans la société iranienne avant le conflit, avec l’objectif vain d’obtenir par l'intérieur un changement de régime. Dans les deux cas, les États‑Unis n'étaient pas encore officiellement en guerre, mais ils étaient déjà actifs sur le terrain.Le
Vietnam et l'
Iran en dates. © BFM BusinessLa deuxième étape suit toujours la même logique: une campagne aérienne s'installe, expose les bases et entraîne des réponses immédiates. Le 2 mars 1965, l’opération
Rolling Thunder est déclenchée. Quelques jours plus tard, le 8 mars, 3.500
Marines débarquent à
Da Nang avec une mission officiellement défensive. En avril, leurs missions évoluent vers des opérations offensives. 4 mois plus tard, en juillet 65, le conflit va radicalement changer de nature, le président
Lyndon Johnson s’adresse à la Nation:"J’ai donné l’ordre d’envoyer au
Vietnam la division aéroportée mobile, ainsi que d’autres forces, ce qui fera passer notre effectif de combat de 75.000 à 125.000 hommes presque immédiatement. D’autres renforts seront nécessaires plus tard, et ils seront dépêchés en fonction des besoins."Les escalades militaires suivent la même mécaniqueRobert Pape a théorisé cette logique d’escalade qui suit un mécanisme structurel: la puissance aérienne permet de créer des positions avancées, ces positions deviennent des cibles, leur protection nécessite des forces supplémentaires et ces forces finissent par s’inscrire dans une logique terrestre durable.Le mécanisme de l'escalade d'un conflit. © BFM BusinessDans ce schéma, ce qui est important de surveiller, c'est la mise en place de toute l’infrastructure de soutien pour une eventuelle guerre longue: au
Vietnam, ça s’est vu à travers l’intensification du transport aérien, l’extension des pistes, l’accumulation de carburant et de munitions, ainsi que le déploiement d’unités du génie pour créer un réseau logistique sur le terrain.Ce sont aujourd’hui ce type de signaux qu’il faut guetter dans la région du Golfe."Les prochains jours seront décisifs"Depuis les frappes du 28 février 2026 menées conjointement par Washington et Tel Aviv, les représailles iraniennes ont été immédiates, visant à la fois Israël et les bases américaines dans le Golfe. Plusieurs centaines de militaires américains ont été blessés et au moins une dizaine tués. Parallèlement, environ 5.000
Marines ont été déployés, tandis que des éléments de la 82e division aéroportée sont en cours d’acheminement.Pour le chercheur, la question centrale n’est plus de savoir si les États-Unis peuvent projeter des forces dans la région, mais s’ils mettent en place les moyens logistiques nécessaires pour les maintenir:"Les dix prochains jours permettront de déterminer si les États-Unis franchissent le même seuil qu’en mars 1965."Le blocage du Detroit d’Ormuz est bel et bien le noeud du problème. Bien qu’il ait dit que ça ne le concernait pas,
Donald Trump sait très bien qu’un blocage sur le long terme aura des répercussions devastatrices sur l’économie mondiale, et donc sur le portefeuille des américains.Le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné le résumait sur une television chinoise le 22 mars:"Toute la question, c’est le temps. Si le conflit dure quelques semaines ou quelques mois, ça reste gérable. Mais au-delà de trois à six mois, là, les conséquences deviennent très sérieuses. Et si ça s’installe, c’est toute l’économie mondiale qui sera touchée. Donc il y a un enjeu majeur à trouver rapidement une issue à ce conflit."Debloquer Ormuz, mais à quel prix?Debloquer Ormuz devient donc une necessité. Mais à quel prix. Joseph Webster, chercheur à l'Atlantic Council, rappelle que contrôler le détroit d'Ormuz, n’est pas une mince affaire.Pour l'ouvrir et le maintenir ouvert, il faut controler le littoral iranien, qui s'étend sur 1.700 km et établir une présence suffisante à l'intérieur du pays pour empêcher les attaques de drones et de missiles."Le contrôle du littoral et d’une grande partie de l’intérieur iranien nécessiterait une présence militaire massive et soutenue, probablement plusieurs centaines de milliers d’hommes pendant au moins cinq ans", estime Jospeh Webster.Soit une force bien plus importante que celle déployée en Irak où l'effectif américain a atteint 157.800 soldats au plus fort des combats.L’
Iran, ça n’est pas l’Irak… La topographie iranienne est d’une grande complexité pour celui qui tente de s’y installer et de progresser. L'
Iran, quatre fois plus grand que l'Irak, avec 92 millions d'habitants, n'est pas un désert plat, mais un territoire vallonné, parsemé de montagnes du Zagros et de l'Alborz, ce qui en fait une "forteresse naturelle" et un "paradis pour les défenseurs" selon Joseph Webster. Une guerre terrestre de grande ampleur coûterait des milliers de vies américaines, des centaines voire des milliers de milliards de dollars et une redirection massive de l'effort militaire vers le Moyen-Orient.Webster souligne également que cette escalade profiterait stratégiquement à la Chine. Une guerre longue et coûteuse en
Iran épuiserait les capacités militaires et financières des États-Unis. La Chine pourrait alors profiter de la situation pour en cas de confrontation avec Taïwan. D’ailleurs, début mars, juste aprés le déclenchement du conflit en
Iran, la Chine a fait une pause d’une semaine inhabituelle et inexpliquée sur ses exercices militaires autour de Taiwan.