Le détroit d'Ormuz reste quasiment paralysé. Dans la nuit du 7 au 8 avril,
Donald Trump a annoncé le début d'un cessez-le-feu de deux semaines avec l'
Iran, comprenant la réouverture du bras de mer où transite habituellement un cinquième du pétrole brut mondial. Téhéran aurait ainsi accepté l'ouverture "totale, immédiate et sécurisée" de ce passage stratégique, comme s'en est vanté le président américain sur son réseau Truth Social. De leur côté, les autorités iraniennes ont averti que les passages seraient limités et se feraient "en coordination avec les forces armées iraniennes". Et pour cause : depuis le 28 février et le début du conflit avec Israël et les Etats-Unis, l'
Iran contrôle étroitement les allées et venues des navires dans ce corridor stratégique.En moyenne, 120 navires franchissaient chaque jour ce passage avant la guerre, selon le site d'information maritime Lloyd's List. Le 8 avril, seulement cinq bateaux ont traversé l'étroit bras de mer, selon les données de l'entreprise
Kpler, spécialisée dans l'analyse des flux maritimes. Un chiffre loin des espoirs de reprise du trafic.La semaine précédant l'annonce du cessez-le-feu, dix navires ont emprunté chaque jour le détroit en moyenne, soit 76 bateaux au total, contre 58 la semaine précédente. Une très légère reprise, alors que
Donald Trump avait annoncé le 30 mars avoir négocié le passage de 20 cargos pétroliers.Parmi les navires qui ont transité dans le détroit la semaine du 30 mars, un peu plus de la moitié sont des pétroliers. Hormis deux cargos omanais et un turc, la plupart sont opérés par l'
Iran, la Chine ou l'Inde, et permettent notamment de continuer à exporter le pétrole iranien. "Pour l'essentiel, ces bateaux servent, dans l'état actuel des choses, à acheminer du pétrole iranien et du pétrole qui va vers la Chine", précise Patrice Geoffron, professeur d'économie et directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières, interrogé par France 2. Depuis le début de la guerre, 44 navires ont effectué un aller-retour dans le détroit, ce qui suggère qu'ils continuent de charger de la marchandise dans le Golfe en profitant d'une autorisation iranienne.Par ailleurs, la moitié des bateaux qui ont transité par le détroit d'Ormuz la semaine du 30 mars étaient visés par des sanctions provenant de pays occidentaux. Cette proportion est encore plus importante pour les navires pétroliers ou transportant du gaz : deux sur trois étaient la cible de telles mesures.L'origine des navires est parfois opaque et volontairement camouflée. Plusieurs stratégies permettent à leurs propriétaires d'entretenir leur discrétion. Les sociétés qui opèrent sur certains bateaux sont tout simplement non renseignées, ou bien dissimulées derrière des sociétés écrans enregistrées dans des juridictions à la réglementation souple, comme le Panama, les îles Marshall, Hong Kong ou les Emirats arabes unis.De telles pratiques sont typiques de la "flotte fantôme" iranienne, qui opère en dehors des circuits traditionnels pour écouler son pétrole en contournant les restrictions internationales. "Les navires de la 'flotte fantôme' changent souvent de nom, de pavillon ou de structure de propriété, parfois même en cours de voyage, afin de dissimuler davantage leur origine", expose Ana Subasic, analyste pour la société
Kpler, interrogée par France 2. Ainsi, le Tower Rise, cargo butanier sous sanction battant pavillon des îles Cook, est passé une première fois à vide par le détroit le 18 mars, puis de nouveau le 28 mars, chargé et sous le nouveau nom du Salute.Pour passer, les bateaux doivent montrer patte blanche auprès de l'
Iran. Le régime en a frappé plusieurs au cours du conflit et a affirmé que le détroit était fermé aux navires venant ou allant vers des ports liés à "l'ennemi". Lors des dernières semaines, plusieurs bateaux ont emprunté un nouvel itinéraire approuvé par l'
Iran à travers le détroit d'Ormuz. Les données de suivi du trafic maritime montrent qu'ils ont contourné l'île de Larak, surnommée le "péage de Téhéran" par Lloyd's List. Habituellement, ils transitent au milieu du détroit. Le 2 avril, une telle route a été employée par un porte-conteneurs de l'armateur français CMA-CGM qui est parvenu à quitter le détroit d'Ormuz. Avec ce nouveau chemin, les navires pénètrent dans les eaux territoriales iraniennes, ce qui les rend plus faciles à contrôler et identifier par les autorités du pays.L’exemple du Sun Rise 1, qui a modifié son itinéraire dans le détroit d’Ormuz depuis le début de la guerreCe navire sous pavillon chinois a traversé une première fois le détroit le 1er mars, au début de la guerre, par l'itinéraire habituel. Le 1er avril, il a emprunté un nouveau chemin qui passe au plus près des côtes iraniennes.Source : MarineTraffic Certains bateaux ont aussi affiché des messages complaisants vis-à-vis de l'
Iran dans leur système de traçage AIS au moment de leur traversée du détroit, espérant ainsi réduire le risque d'attaque. "Au lieu d'indiquer une destination, ils affichent parfois des mentions telles que 'all Muslim crew' ['équipage entièrement musulman'] ou 'Chinese-owned' ['propriétaire chinois']", signale Ana Subasic. Le navire français de CMA-CGM avait de son côté diffusé "propriétaire français" avant de franchir les eaux territoriales iraniennes.Ce verrouillage du passage maritime pourrait aussi être l'occasion pour Téhéran de tirer profit de la situation. Selon des sources citées par le média Bloomberg, l'
Iran ferait payer un droit de passage à des navires souhaitant traverser le détroit, en leur précisant le nouveau chemin à suivre. Pour les pétroliers, le prix d'entrée serait d'un dollar par baril, ce qui porterait le péage à 2 millions de dollars (1,71 million d'euros) pour un cargo avec une importante capacité.Ce droit de passage pourrait se prolonger dans l'optique du cessez-le-feu. Interrogé à ce sujet par la chaîne américaine ABC,
Donald Trump a créé la surprise en se disant en accord avec un tel dispositif. Il a même déclaré imaginer créer un "joint-venture" (une coentreprise) pour percevoir des dividendes aux côtés de l'lran. Le géopolitologue Bruno Tertrais commente les allégations de "troubles mentaux significatifs" chez
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