Le 10 avril 2026 à 13h01 Au total, 46% des sondés affirment avoir été déjà victimes d’agressions ou de discriminations à caractère raciste au cours de leur vie, soit près d’un citoyen sur deux. Jonathan Stutz / stock.adobe.com Si le rejet des «blancs» est un phénomène «réel», il est «sans commune mesure» avec ce que vivent les «noirs», les «arabes» et les «métisses», révèle l’étude de l’
Ifop. Par ailleurs, 55% des juifs victimes de racisme envisagent de quitter la
France. Passer la publicité Passer la publicité Intégrer les «blancs» dans son dernier état des lieux sur le racisme en
France est loin d’être une décision anodine pour l’
Ifop. En faisant le «pari de l’exhaustivité», l’institut de sondage «pose le principe que toute hostilité à caractère racial mérite d’être documentée», écrivent
François Kraus et
Léo Major, auteurs de l’étude rendue public jeudi 9 avril pour la
Licra. Ils entendent ainsi apporter l’«antidote» à l’«instrumentalisation» de la notion de «racisme anti-blanc», qui est «suspecte dès qu’elle est prononcée». Voici ce qui a été mesuré : 39% des personnes perçues comme «blanches» déclarent avoir été victimes d’agressions ou de discriminations à caractère raciste au cours de leur vie. Près de quatre «blancs» sur dix, donc. «Rapporté à la population majoritaire du pays, ce taux représente un nombre absolu de victimes considérable. Nous ne sommes donc pas dans le fantasme victimaire», souligne l’étude. Passer la publicité Malgré tout, il est important de noter que leur expérience «reste sans commune mesure avec celle des minorités visibles et religieuses». Les taux d’exposition aux violences et discriminations sont bien supérieurs chez les personnes «noires» (80%), «arabes» (80%) et «métisses» (60%). L’
Ifop insiste également sur le caractère «structurellement différent» de ce que vivent les minorités, le rejet des «blancs» n’ayant ni la même «systématicité institutionnelle (l’école, l’emploi, la police discriminent faiblement les “blancs”)», ni la même «épaisseur historique», ni le même «effet de cumul». Le racisme «à bas bruit» envers les Est-Asiatiques Le racisme envers les «blancs» est donc un phénomène «loin d’être marginal», mais qui ne doit pas occulter la «spécificité et la gravité» du racisme subi par les minorités. D’un point de vue politique, «ce double constat devrait être audible des deux côtés du spectre : par ceux qui nient le phénomène (de racisme anti-blanc, NDLR) au motif qu’on ne peut être raciste envers un groupe dominant, comme par ceux qui l’instrumentalisent pour relativiser le racisme subi par les minorités», avancent les auteurs. L’écart entre les populations se creuse si l’on regarde seulement les agressions. Par exemple, la part de personnes «noires» ayant subi une agression raciste dans leur vie (49%) est deux fois et demie plus élevée que celles des personnes «blanches» (19%). Pour leur part, les Est-Asiatiques en
France subissent un «racisme à bas bruit, souvent banalisé, mais profondément ancré dans les interactions ordinaires». 70% des Est-Asiatiques déclarent avoir été victimes d’agressions ou discriminations racistes au cours de leur vie. Un constat surprenant de l’enquête est que les taux de comportements racistes et d’insultes subis par les personnes «noires» et «arabes» sont quasiment identiques. «Deux populations distinctes mais que le regard majoritaire traite de la même façon. Cette convergence valide ce que Colette Guillaumin théorisait sous le terme de “racisation” : le racisme ne réagit pas à une différence réelle mais à une visibilité. Les traits physiques sont convertis en signe d’altérité, indépendamment de tout contenu culturel», expliquent les auteurs. Profond désarroi des juifs de
France La couleur de peau perçue n’est pas le seul facteur de discrimination. L’appartenance religieuse joue aussi un rôle majeur dans la surexposition aux violences : les juifs (80%) et les musulmans (79%) présentent les taux les plus élevés, devant les bouddhistes (64%) et les protestants (57%). Suivent les catholiques (43%). Passer la publicité Le cas des juifs est particulier. Non seulement le taux est parmi les plus élevés de toutes les catégories étudiées, mais phénomène est récent : un juif sur deux a fait l’objet d’un comportement raciste au cours des cinq dernières années, un niveau qui atteste d’une pression «actuelle, inscrite dans les interactions ordinaires de la vie sociale française». Le désarroi est profond : à cause du racisme subi, 41% des victimes juives ressentent un fort sentiment de défiance à l’égard des institutions publiques, 15% ont eu des pensées suicidaires. Surtout, 55% assurent avoir déjà envisagé de quitter la
France, quand la moyenne nationale est à 22%. Le sondage de l’
Ifop met également en lumière que plus d’un Français sur deux (52%) victimes de discriminations a adopté une stratégie d’évitement des situations à risques. Ainsi, 39% ont évité de fréquenter certaines rues ou certaines zones, 19% «d’afficher une apparence susceptible de révéler leurs origines» et 19% ont volontairement dissimulé leurs origines sur internet ou les réseaux sociaux. Cette stratégie d’évitement a concerné 81% des Français juifs, 58% des musulmans et 54% des catholiques. Au total, 46% des sondés affirment avoir été déjà victimes d’agressions ou de discriminations à caractère raciste au cours de leur vie, soit près d’un citoyen sur deux. «Si la
France ne peut être qualifiée de société systémiquement raciste, force est néanmoins de constater que le racisme est loin d’être un phénomène marginal ou résiduel», affirme l’
Ifop, qui souligne la taille «exceptionnelle» de son échantillon. L’étude a été réalisée par téléphone du 8 août au 2 septembre 2025 auprès d’un échantillon de 14.025 personnes représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus. Quant à la nature de ces discriminations en raison de leurs origines, religion ou couleur de peau, 25% ont affirmé avoir fait l’objet de moqueries désobligeantes ou de propos vexants, 24% d’insultes ou d’injures, 14% de menaces et 9% d’actes de violences physiques. Selon un bilan communiqué en mars par le ministère de l'Intérieur, les services de police et de gendarmerie nationales ont enregistré en 2025 plus de 9700 crimes ou délits à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux, soit une augmentation de 5 % par rapport à 2024. Sur la décennie 2016-2025, ces faits sont en hausse de 7% en moyenne par an. 46% des Français, 39% des «blancs»... Ce sondage pour la
Licra qui révèle l’universalité du racisme en
France S'ABONNER «En parlant de “racisés”, la gauche assigne l’individu à son appartenance ethnique» FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a récemment déclaré rejeter le qualificatif de «racisé», l’essayiste et consultante Naïma M’Faddel dénonce la généralisation dans le débat politique d’un terme qui ne fait que perpétuer le racisme. À Paris, des soutiens du régime des mollahs s’incrustent à la manifestation contre le racisme REPORTAGE - L’actualité géopolitique du Moyen-Orient s’est invitée ce samedi dans le cortège parisien. Où un petit groupe remarqué s’est fait l’écho du discours du régime iranien. Au Royaume-Uni, la chaotique marche vers la vérité dans le scandale des viols de masse des « Grooming gangs » RÉCIT - Après que des milliers de jeunes Anglaises ont été abusées durant une décennie, le gouvernement a fini par accepter une enquête nationale sur l’inaction des autorités et de la police, par crainte d’accusations de « préjugés raciaux » «Un député LFI qui tient des propos sexistes ou quand l’intersectionnalité dévore ses enfants» FIGAROVOX/TRIBUNE - Les propos sexistes tenus par le député LFI Carlos Martens Bilongo et visant Rachida Dati sont une énième illustration des contradictions internes de l’idéologie intersectionnelle chère à La
France Insoumise, analyse la philosophe Renée Fregosi. Des chansons « racistes », générées par IA, dominent les classements Spotify aux Pays-Bas Un «artiste-robot» du nom de JW Broken Veteran s’est hissé au même rang que Taylor Swift dans le top 100 hebdomadaire de la plateforme ces derniers jours. Ses morceaux à vocation politique prônent notamment la « suppression des centres d’accueil de migrants ». Pierre-André Taguieff : «Pour les néoantiracistes, la blanchité est un péché originel» ENTRETIEN - Dans Du racisme en général et du racisme anti-Blancs en particulier (H & O éditions), l’historien décrypte les limites et les effets pervers d’un antiracisme dévoyé. Derrière celui-ci se cache une forme masquée de racisme anti-Blancs, alerte-t-il. Tuerie de la rue d’Enghien : l’unique rescapé menacé d’expulsion INFO LE FIGARO - Près de trois ans après l’assassinat de trois Kurdes par un tueur d’extrême droite dans le 10e arrondissement de Paris, un témoin clé pourrait être renvoyé en Turquie. «Je veux jouer au foot avec sa tête» : le néonazi Alexis Issaurat jugé pour des menaces de mort sur l’ancien procureur de Nice COMPTE RENDU D’AUDIENCE - Fin juin 2023, alors en cavale dans les pays de l’Est et soupçonné de vouloir commettre une tuerie de masse, Alexis Issaurat avait mis à prix la tête de Xavier Bonhomme qui avait délivré à son encontre un mandat d’arrêt européen. FIGAROVOX/TRIBUNE - Le terme « afrodescendant » est de plus en plus employé par les personnalités d’origine africaine. Le réalisateur Mahamat-Saleh Haroun explique en quoi cette expression, qui consacre la primauté du sang sur le sol, est une régression. Attentat raciste de Puget-sur-Argens : «moment de folie» ou crime prémédité ? RÉCIT - Le 31 mai, Christophe Belgembe tuait son voisin tunisien, Hichem Miraoui, et blessait un homme de nationalité turque. Poursuivi pour assassinat et tentative d’assassinat terroriste en raison de l’origine, il a été entendu le 22 juillet sur son passé et sa personnalité.