Proche de la Russie de Vladimir Poutine et soutenu par les Etats-Unis de
Donald Trump, le Premier ministre d'extrême droite,
Viktor Orban, est à la traîne dans les sondages, après seize années au pouvoir. Son opposant, conservateur et proeuropéen,
Peter Magyar, fait la course en tête de ces législatives organisées dimanche. Publié le 12/04/2026 06:56 Mis à jour le 12/04/2026 12:11 Un panneau d'affichage présentant un portrait du Premier ministre hongrois
Viktor Orban (à gauche), accompagné du slogan "Unissons-nous contre la guerre", ainsi qu'une affiche endommagée montrant les visages du président ukrainien Volodymyr Zelensky et du chef de l'opposition hongroise
Peter Magyar, avec le texte "Ils sont dangereux", à Budapest, le 27 mars 2026. (ATTILA KISBENEDEK / AFP) Quel camp va remporter les élections législatives, dimanche 12 avril, en Hongrie ? Celui du Premier ministre,
Viktor Orban, au pouvoir depuis 2010, ou celui du chef de l'opposition,
Peter Magyar ? L'extrême droite, populiste et eurosceptique, ou le centre droit, conservateur et proeuropéen ? Dans les sondages, le chef du gouvernement sortant, âgé de 62 ans, est nettement devancé par son rival, eurodéputé de 45 ans.
Viktor Orban, en difficulté à cause notamment d'une économie en berne et d'accusations de corruption qui s'amoncellent, a fait campagne en ciblant l'
Ukraine de Volodymyr Zelensky, voisine, et l'Union européenne, accusées de tous les maux. Il a aussi dû faire face à des révélations sur ses liens étroits avec la Russie de Vladimir Poutine, des accusations exploitées par son concurrent,
Peter Magyar. Dans la dernière ligne droite d'une campagne intense et virulente, le populiste a reçu le soutien de
Donald Trump et de son vice-président J.D. Vance, qui a même fait le déplacement à Budapest. C'est peu dire que ce scrutin est suivi de près à Bruxelles, mais aussi Moscou et Washington. Franceinfo vous en livre les principaux enjeux.
Viktor Orban espère réussir à se maintenir au pouvoir"
Viktor Orban est en danger", résume à franceinfo Zsuzsanna Végh, chercheuse au
German Marshall Fund of the United States de Berlin (Allemagne). C'est la première fois en seize ans qu'il est donné perdant par la plupart des sondages indépendants. Son principal concurrent
Peter Magyar est donné en tête avec 49% des voix contre 39%, selon l'agrégateur de sondages de Politico. Le dirigeant d'extrême droite est desservi par un bilan économique mauvais, avec une croissance atone, un chômage qui progresse et des prix en hausse de 50% depuis 2020. "Il y a beaucoup de frustrations à ce sujet, très présent dans la tête des électeurs", confirme l'experte. Pour rattraper leur retard, le nationaliste et son parti Fidesz ont mené une campagne tournée vers l'international, attaquant à la fois l'
Ukraine, accusée de ne pas vouloir réparer un oléoduc passant par son territoire et acheminant du pétrole russe, et les institutions européennes. Fidesz "est la seule garantie pour que notre argent n'aille pas à Kiev ou aux multinationales et que nos fils ne partent pas à la guerre", disait
Viktor Orban lors d'un meeting à Osca, le 31 mars. "C'est toujours la même stratégie : créer une impression de danger imminent et mettre en insécurité la société, pour ensuite se poser en seul défenseur du pays", décrypte Zsuzsanna Végh.
Viktor Orban dispose pourtant d'un système acquis à sa cause. Depuis son retour au pouvoir en 2010, le Premier ministre a remanié le système électoral à son avantage, mis les médias sous son influence (80% sont contrôlés par des hommes d'affaires liés au pouvoir, selon Reporters sans frontières) et détricoté les contre-pouvoirs. Son parti pourrait ainsi conserver une majorité, même s'il perd le vote populaire. Les ressources de l'Etat ont été mises à contribution : le gouvernement a par exemple mené une vaste campagne médiatique pour promouvoir ses positions anti-ukrainiennes. La victoire semble à portée de main pour
Peter Magyar, mais ses marges de manœuvre sont incertainesPeter Magyar, haut fonctionnaire et ancien membre de Fidesz, a réussi à s'imposer comme une alternative crédible au Premier ministre sortant. Le conservateur a multiplié les meetings à travers la Hongrie. Il a surtout centré sa campagne sur la nécessité d'ouvrir un nouveau chapitre dans un pays classé par Transparency International comme le plus corrompu de l'UE, promettant de remettre l'économie dans le vert. "
Peter Magyar et son parti Tisza ont appris de la méthode Fidesz et ont labouré le pays", détaille Zsuzsanna Végh. Communicant habile, très présent sur les réseaux sociaux,
Peter Magyar se définit comme un conservateur et mène une campagne prudente. Il propose notamment d'améliorer les services publics, comme la santé et l'éducation, en piteux état, et dessine une politique étrangère pro-occidentale. Il défend également des positions très strictes sur l'immigration, tandis que sur les droits LGBT+, attaqués par
Viktor Orban, il s'est montré vague.Ses promesses électorales pourraient cependant être compliquées à mettre en œuvre, même en cas de large victoire. "La mainmise de
Viktor Orban sur l'Etat est très importante, prévient Zsuzsanna Végh. Tisza se heurtera à l'opposition des médias et du pouvoir judiciaire, tandis que le budget doit être approuvé par un organe dans lequel siègent des fidèles de Fidesz." Changer le système, et donc la Constitution, demandera une majorité des deux tiers au Parlement, un scénario "peu probable", estime l'experte, prédisant que le prochain gouvernement "aura peu de marge de manœuvre pour agir".L'Union européenne espère la levée des blocages hongroisPeu de larmes seraient versées par les dirigeants de l'UE si
Viktor Orban venait à perdre les élections dimanche. Plus proche allié de la Russie au sein de l'UE, le dirigeant s'est très souvent opposé aux 26 autres Etats membres, particulièrement sur le dossier de la guerre en
Ukraine. Chaque nouvelle sanction contre Moscou a été l'objet d'âpres négociations. Dans le même temps, Budapest a bloqué, étape après étape, l'octroi d'un prêt de 90 milliards d'euros à l'
Ukraine, auquel la Hongrie a pourtant donné son accord fin 2025. Durant la campagne, l'UE a été l'une des cibles favorites du leader nationaliste, qui a ciblé "Bruxelles" et ses "eurocrates", accusés de vouloir détruire l'âme hongroise, dont lui s'est érigé en défenseur.En cas de victoire du sortant, les Européens espèrent que
Viktor Orban lèvera ses réserves. En 2023, le chef de gouvernement était ainsi sorti de salle du Conseil européen à Bruxelles pour permettre la validation de l'adhésion de l'
Ukraine à l'UE, après des semaines de refus. Du jamais-vu. "
Viktor Orban instrumentalise la question ukrainienne pour gagner des points en interne, analyse Zsuzsanna Végh. Mais c'est aussi une monnaie d'échange pour obtenir des concessions au niveau européen." La spécialiste s'attend à ce que la Hongrie, si
Viktor Orban parvient à se faire réélire, reste une source de "prise de tête" pour les institutions européennes. "Il trouvera toujours un nouveau bouc émissaire. On peut s'attendre à ce qu'il bloque l'UE pour obtenir ce qu'il veut", anticipe-t-elle. A l'inverse, Le reste de l'Europe verrait la victoire de
Peter Magyar d'un bon œil. Budapest pourrait "passer d'un blocage systématique à un rôle de partenaire plus coopératif", jugeait ainsi Andreas Bock, du Conseil européen des relations internationales, auprès de l'AFP. Le candidat de l'opposition a promis d'obtenir le déblocage des dizaines de milliards d'euros d'aides suspendues par la Commission européenne, en réponse au délitement de l'Etat de droit en Hongrie. Encore faut-il qu'il parvienne à déverrouiller le système politique, judiciaire et médiatique mis en place sous l'ère Orban. Les diplomates européens s'attendent aussi à ce que les crispations perdurent sur l'
Ukraine : le conservateur n'est pas non plus fan de Kiev, et s'oppose à son entrée dans l'UE. Un nouveau blocage pourrait relancer le débat sur le mode de décision de l'UE et limiter le droit de veto des Etats.Le résultat du scrutin observé de très près par Washington et MoscouL'administration Trump, à l'inverse de l'UE, s'est largement investie dans la campagne en faveur de
Viktor Orban. Il faut dire que le modèle de "démocratie illibérale" mis en place par le Hongrois a grandement influencé les conservateurs au pouvoir aux Etats-Unis.
Viktor Orban s'est rendu à plusieurs reprises dans la résidence de
Donald Trump de Mar-a-Lago, en Floride. Le vice-président américain, J.D. Vance, s'est ainsi rendu mardi à Budapest, vantant les mérites de
Viktor Orban lors d'un meeting. "Je ne dirai pas aux Hongrois comment voter. J'encourage les bureaucrates de Bruxelles à faire exactement la même chose", a-t-il lancé, s'attirant les foudres de la Commission européenne.Le scrutin intéresse également Moscou.
Viktor Orban est un proche du président russe Vladimir Poutine, duquel il s'est rapproché depuis le début de la guerre en
Ukraine. Selon les observateurs, il bénéficie même du soutien de la Russie, qui propage notamment des contenus sur les réseaux sociaux réalisés avec l'aide de l'intelligence artificielle. Plusieurs conversations téléphoniques entre le ministre hongrois des Affaires étrangères Peter Szijjarto et son homologue russe Sergueï Lavrov ont également été rendues publiques ces dernières semaines par des médias d'investigation. On peut y entendre le Hongrois informer le Russe des décisions prises par le Conseil européen, mais aussi promettre de défendre les intérêts de Moscou au niveau européen. De quoi provoquer un scandale à Bruxelles.Plus largement, l'avenir de
Viktor Orban est scruté par les partis d'extrême droite européens. Marine Le Pen, accompagnée de représentants italiens et espagnols, s'est ainsi rendue fin mars en Hongrie pour soutenir
Viktor Orban. Une victoire de
Peter Magyar viendrait mettre à mal une partie du récit construit par l'extrême droite, qui progresse un peu partout au sein de l'UE. Paris-Roubaix : dans les pas d'Axel Huens, le local de l'épreuve Moins et mieux, comment les Français ont changé leur rapport à la viande C’est quoi cette silhouette qui flotte dans l’atmosphère ? Un adolescent de 13 ans tué par balle à Villefranche-sur-Saône, deux mineurs placés en garde à vue Le soulagement de la mère d'Evaëlle après la condamnation de son enseignante La "non-réponse" du pape Léon XIV aux propos de D. Trump Enfant séquestré dans une camionnette, le père mis en examen Défaite de Viktor Orbán : un coup dur pour le RN ? Visite du Pape Léon XIV en Algérie, un espoir pour Christophe Gleizes ? Bagarre entre un prof et des lycéens, ce que l’on sait Rebecca, travailleuse du sexe à Toulouse, témoigne de la difficulté à exercer son activité Le géopolitologue Bruno Tertrais commente les allégations de "troubles mentaux significatifs" chez
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