Le rapport d'une mission d'information lancée après l'affaire Bétharram est rendu public mercredi, une victime témoigne à franceinfo des "déviances sexuelles" de son père, du silence et des "dépressions chroniques" qui ont suivi jusqu'à finalement réussir à en parler, à 56 ans. Publié le 15/04/2026 07:58 Mis à jour le 15/04/2026 08:02 Une victime de viol survenu dans l'enfance peut porter plainte jusqu'à l'âge de 48 ans (image d'illustration). (STEPHANE DUCLET / MAXPPP) Faut-il changer la loi sur les violences sexuelles ? Avant la publication d'un rapport parlementaire sur l'imprescriptibilité des violences commises sur mineur, lancée dans la foulée de l'affaire Bétharram, des victimes d'inceste prennent la parole pour appeler à un changement de la loi actuelle. Dans le droit français, seuls les crimes contre l'humanité sont imprescriptibles. Une victime de viol survenu dans l'enfance peut porter plainte jusqu'à l'âge de 48 ans, le délai de prescription étant de 30 ans à compter de la majorité de la victime. Mais ce délai est jugé insuffisant par les associations de protection de l'enfance. Elles mettent en avant le fait que certaines victimes ne retrouvent la mémoire ou ne sont en mesure de dénoncer les faits dans le temps imparti. L'imprescriptibilité, soulignent ces associations, garantirait aux victimes un accès à la justice et permettrait de lutter contre l'impunité des agresseurs. C'est précisément ce que défend Anne, que franceinfo a rencontré. Victime d'inceste dans son enfance, elle a accepté de nous raconter son histoire.Elle nous a donné rendez-vous dans son atelier. Sur les chevalets, des toiles griffées, craquelées... qu'elle répare avec patience. Anne est restauratrice d'art, un métier "comme une thérapie", sourit-elle, en esquissant le tableau d'une enfance suppliciée. "Mon père est un homme qui a des déviances sexuelles très fortes. Son grand truc, que ce soit sur ses épouses ou sur ses enfants, c'est le voyeurisme", pose-t-elle. "Ça ne peut pas être simplement son action à lui. Une des choses qui l'excite le plus c'est de voir les gens livrés à d'autres hommes, poursuit-elle. Ça lui permettait aussi de filmer, de le partager, de le revoir j'imagine aussi pour sa propre excitation, et, du coup, ça sous-entend de la drogue, des actes de barbarie, l'usage d'objets et beaucoup, beaucoup de violences...", témoigne-t-elle.Ces souvenirs de viols, Anne a mis des années à assembler, à les qualifier, malgré ce qu'elle appelle "les indices". "Il disait 'oui, moi j'ai des amis qui sont en couple avec leur fille, c'est tout à fait normal...' Il pouvait dire qu'il n'y avait rien de plus excitant qu'une petite fille qui avait une culotte de coton blanc... Il en parlait librement", poursuit-elle au micro de franceinfo.Calmement, Anne qui a désormais les cheveux blancs raconte comment, enfant, les cachets d'anxiolytiques, remplaçaient les bonbons. Elle confie aussi son impossible entrée dans le monde des adultes, comme un symptôme qu'il lui a fallu des dizaines années pour diagnostiquer : "J'avais des dépressions chroniques et beaucoup de mal à m'adapter à la vie. J'avais extrêmement peur de la sexualité aussi, c'était une chose très compliquée. J'avais des attaques régulièrement d'images, de souvenirs par petits morceaux"."Je pensais que j'étais folle, franchement, au début. Je savais que quelque chose s'était passé, je m'en souvenais, mais je n'allais pas jusqu'au bout de l'horreur de se souvenir."Anne, victime d'incesteà franceinfo"Et c'est parce que j'ai parlé à une thérapeute, que je lui ai dit la suite. En voyant que pour la première fois, je parlais de ce qui m'habitait comme ça, ça m'a permis de ne pas me sentir complètement folle. J'avais 55-56 ans", confie-t-elle. Les faits étaient donc prescrits : "La prescription, c'est un idéal pour les agresseurs. Eux se savent protégés par ce système de la loi", dénonce-t-elle. Aujourd'hui, Anne milite pour l'imprescriptibilité des violences sexuelles, même en ayant conscience que cela ne permettra pas forcément des condamnations, ni même des procès. "Déjà, être entendue, ne pas rester dans le tabou et le silence, c'est quand même d'avoir une preuve de courage, une preuve de force", poursuit-elle. Avant de conclure : "On a beau avoir été victime, on a cette force. Il y a une force interne qu'on déploie quand on dit qu'on ne va pas se taire jusqu'à la fin de son existence et qu'on ne va pas être enfoncé dans un puits sans fond, dans une dépression à vie. Tout doucement, on se dit qu'on n'a pas renoncé, qu'on n'est pas resté une victime à vie."Aujourd'hui, le père d'Anne a 94 ans. Il est présumé innocent. Nouvelles accusations d'agressions sexuelles et de viol visant Patrick Bruel Allemagne : un moteur de recherche pour savoir si grand-père était nazi "Nous sommes des miraculées" : une grue s'effondre sur leur pavillon Prix des carburants : des hausses bientôt limitées ? En Islande, un pilote survole son village à très basse altitude pour fêter sa retraite Jannik Sinner, un numéro un mondial aux statistiques XXL Un mouvement de foule fait au moins 30 morts en Haïti Basic-Fit victime d'une cyberattaque, 1 million de clients concernés Détroit d'Ormuz : le blocus américain, un moyen de pression sur Pékin Peter Magyar : qui est le tombeur de Viktor Orban ? 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