Eclairage Le très fragile cessez-le-feu entre les États-Unis et l'
Iran doit se concrétiser par des négociations à
Islamabad prévues ce vendredi 10 avril. Le
Pakistan, qui accueille des discussions, a un rôle clé. Mais plusieurs autres pays se sont joints à cet effort, notamment la Chine. Pékin, premier partenaire commercial de l'
Iran, a joué un rôle discret mais concret dans l'élaboration de cette trêve. Publié le : 09/04/2026 - 15:26Modifié le : 09/04/2026 - 15:39 4 min Temps de lecture
Mao Ning, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. (image d'illustration) AFP - PEDRO PARDO La Chine a maintenu la communication entre toutes les parties, continuera ses efforts pour apaiser les tensions et mettre fin au combat. Entre les lignes,
Mao Ning, la porte-parole de la diplomatie chinoise, a reconnu ce jeudi le rôle discret joué par Pékin pour obtenir un cessez-le-feu. « Les Chinois se tiennent en arrière, mais poussent d'autres acteurs à agir et s'appuient aussi sur le travail des autres », résume
Didier Chaudet, géopolitologue associé à l'Observatoire de la Nouvelle Eurasie, interrogé par Nicolas Rocca, journaliste au service international de RFI. Et dans ce cas précis, il s’agit d’
Islamabad. « Ils se sont appuyés sur le
Pakistan qui s'est coordonné avec l'Arabie saoudite, la Turquie, l'Égypte. De fait, le visage de tout ça, c’était le
Pakistan. Mais après avoir rencontré les ministres des Affaires étrangères de ces trois pays musulmans, le
Pakistan a immédiatement rendu des comptes à Pékin. Cela permettait d'avoir une petite coalition de pays qui poussait au dialogue et que les Iraniens pouvaient écouter », d’une part. À lire aussiPourquoi la Chine et le
Pakistan s’activent ensemble face à la guerre au Moyen-Orient Et que « les États-Unis devaient écouter », d’autre part. Car si « les Américains peuvent se brouiller avec un pays », pointe le chercheur, « se brouiller avec une petite coalition de ce type » est une autre affaire. « En termes de légitimité internationale, là, ça touche à certaines limites ». Les Chinois « se sont engagés, mais sans être au premier rang, comme ça si ça ne marche pas, ça ne les affecte pas diplomatiquement. Si ça marche, tout le monde saura dans les cercles autorisés que la Chine a de nouveau poussé à la paix quand les Américains, eux, ont joué de nouveau à la guerre et aux apprentis sorciers. » Un pari tout sauf risqué donc pour la Chine, suffisamment à distance en cas d'échec mais suffisamment impliquée pour se satisfaire d'un éventuel succès. Mais Pékin a aussi agi pour protéger son partenaire iranien avant le début de la guerre. « Ce sont les Chinois qui ont aidé les Iraniens à reconstruire la protection au moins minimale de leur ciel par la reconstitution de leurs missiles sol-air. On a des preuves, mais ce sont des choses qui ne sont pas strictement touchées par des sanctions onusiennes. » Soutien discret Un jeu ambigu à en croire des informations principalement américaines. Depuis fin février, une entreprise chinoise, MizarVision, publie sur les réseaux avec une grande précision des images satellites des positions militaires des États-Unis Fondée en 2021 à Hangzhou, cette société s’est imposée comme un acteur clé de l’analyse d’images satellitaires, en agrégeant des images de constellations commerciales et des données publiques qu’elle traite ensuite avec des algorithmes d’intelligence artificielle. Ses outils permettent d’identifier avec une précision impressionnante les avions, navires, systèmes de défense antiaérienne, dépôts de carburant ou concentrations de troupes sur des bases stratégiques. Elle produit ainsi des cartes annotées et enrichies de métadonnées géospatiales, intégrables directement dans des outils de planification militaire. MizarVision a documenté en quasi temps réel le déploiement américain au Moyen‑Orient : composition des groupes aéronavals USS Gerald R. Ford et USS Abraham Lincoln, inventaires d’aéronefs à Ovda (Israël), Prince Sultan (Arabie saoudite) ou Al‑Udeid (Qatar), et même les schémas de ravitaillement des porte‑avions. À lire aussiChine-
Iran: les leviers d’une relation stratégique à l’épreuve de la guerre Ce qui fait basculer cette activité d’un simple service d’imagerie à un enjeu stratégique, c’est la façon dont MizarVision diffuse ses productions. Elles sont publiées librement sur les réseaux sociaux, en Chine comme à l’international, offrant à tout acteur — y compris l’
Iran et ses alliés — une visibilité fine sur les mouvements et la concentration des forces américaines. Opex News souligne que l'agence du renseignement de la Défense (DIA) soupçonne l’
Iran d’utiliser ces informations pour affiner son ciblage, tandis que le Washington Post relève que MizarVision revendique aussi le suivi d’opérations américaines en Amérique latine et en Asie‑Pacifique. Officiellement, l’entreprise reste privée et affirme ne faire que de l’analyse open source ; dans les faits, elle détient une certification aux normes militaires chinoises et l’État y aurait une participation minoritaire. Pour les experts cités par les médias, dont nos confrères de France 24, le fait que ces contenus sensibles restent en ligne et deviennent viraux illustre la stratégie de fusion civilo‑militaire de Pékin : laisser des acteurs « privés » produire des effets stratégiques majeurs, tout en permettant à la Chine de nier toute implication directe. À lire aussiLa Chine est-elle la grande gagnante de la guerre au Moyen-Orient? Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail